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Unesco-Ifan : Le passé au futur

« Héros Africains »

Retour vers le futur

Cérémonie de signature de la convention de partenariat entre l’UNESCO et le musée Théodore Monod d’Art africain,  ce jeudi 16 avril.

Cette signature marque une étape clé dans le lancement du projet « Héros Africains », une initiative innovante visant à créer, au sein du musée, un espace digital immersif dédié à la valorisation des grandes figures historiques africaines. À travers un dispositif interactif mêlant gaming, réalité virtuelle et contenus éducatifs inspirés de l’Histoire générale de l’Afrique, ce projet ambitionne de reconnecter la jeunesse africaine à son héritage culturel tout en stimulant son intérêt pour les industries créatives et numériques.
Cet événement intervient dans un contexte marqué par la publication récente des trois derniers volumes de l’Histoire générale de l’Afrique au siège de l’UNESCO, au cours de laquelle le projet a été présenté aux États membres ainsi qu’aux différents partenaires de l’organisation.
Ce projet s’inscrit également dans la perspective des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 et de la campagne « Carton rouge », en contribuant à la promotion des valeurs de jeunesse, de citoyenneté et de cohésion sociale.
La convention est signée entre le directeur de l’IFAN Cheikh Anta Diop et le directeur régional de l’UNESCO à Dakar.

À Dakar, l’UNESCO et l’IFAN scellent un partenariat pour réinventer l’histoire africaine à l’ère numérique

Quand l’Afrique raconte enfin ses héros avec les codes du futur

Signée ce jeudi 16 avril 2026 à Dakar, la convention entre l’UNESCO et le Musée Théodore Monod d’Art africain (IFAN Cheikh Anta Diop) marque le lancement d’un projet ambitieux : « Héros Africains ». Entre transmission historique, innovation numérique et formation de talents, les responsables des deux institutions, aux côtés du porteur du projet Tabue Nguma, détaillent une initiative qui entend transformer durablement l’accès des jeunes Africains à leur histoire.

Entretien dirigé par Chérifa Sadany Ibou Daba SOW,

Cheffe du Desk Culture

Monsieur le Directeur, à travers cette convention, le musée entre dans une nouvelle dynamique plus immersive et numérique. Qu’est-ce que ce partenariat change concrètement dans la manière dont vous allez accueillir et engager le public ?

Le Musée Théodore Monod d’Art africain a une grande expérience par rapport à toutes les activités qu’il mène depuis des années. Je peux dire, c’est un tournant avec ce type de partenariat qu’on va nouer. Bien sûr que c’était une, ce n’est fait que capitaliser et concrétiser ce qui existait déjà au musée. Donc cela ne fait qu’élargir le champ du musée, donner beaucoup plus de support à un public un peu spécial qui est un public jeune. L’objectif principal par rapport à ce projet numérique, c’est d’atteindre aussi la sensibilité des jeunes qui se trouvent être aujourd’hui sur des plateformes à la fois des réseaux sociaux tels que Instagram, Facebook, internet, etc. Donc comme on l’a dit tout à l’heure, le Musée va capitaliser tout ça, essayer de le transformer et de le rendre beaucoup plus digeste afin que les jeunes puissent à travers ce projet s’approprier de l’histoire de l’Afrique construite par les Africains, produit par les Africains et proposer une version africaine qui est la nôtre et qui est en plus compte avec notre culture et notre manière de voir l’histoire telle qu’elle a été promue par les Occidentaux, essayer de donner une autre version mais cette fois-ci une version beaucoup plus visuelle, pas une version un peu plus livresque, intellectuelle à un niveau beaucoup plus élevé et ça apparaît tout simplement sous forme de dessins animés ou bien sur d’autres supports beaucoup plus simples que les garçons pourront comprendre et les jeunes filles à travers un monde qui est en parfaite mutation. Je pense que ce projet ne fera que renforcer une autre version de l’éducation que l’on propose au mode classique. Aujourd’hui on va aller vers une autre dimension de l’éducation qui est une dimension de l’éducation numérique, une version beaucoup plus simpliste, beaucoup plus pédagogique et beaucoup plus didactique.

Et vous Monsieur le Directeur régional UNESCO, cette convention marque une collaboration forte avec une institution culturelle locale. En quoi ce partenariat avec l’IFAN représente-t-il un modèle pour repenser la transmission de l’histoire africaine à l’échelle du continent ?

Je voudrais commencer par dire d’abord que la collaboration avec l’IFAN et le Musée Théodore Monod ne commence pas aujourd’hui. L’UNESCO a toujours collaboré avec ces deux institutions : L‘histoire générale de l’Afrique ? Une initiative assez importante où l’UNESCO s’est dit qu’il faut que les Africains puissent écrire leur histoire, puissent la transmettre aux générations futures. Un produit, aujourd’hui, on parle de 11 volumes sur l’histoire générale de l’Afrique qui sont évidemment volumineux et qui sont très peu digestes pour certains segments de la population. Alors, en plus du travail que nous faisons déjà pour nous assurer que les curricula dans les différents pays puissent intégrer cette histoire générale de l’Afrique, nous nous sommes dit qu’il faut que nous puissions aussi atteindre ces jeunes qui sont… peut-être pas dans le système éducatif. Et aujourd’hui, avec l’évolution des technologies de l’information, nos jeunes sont de plus en plus dans des espaces qui sont numériques. Voilà pourquoi on a commencé cette première étape où nous avons travaillé sur un certain nombre de héros africains qui représentent pour l’instant les cinq régions et qui, sous forme de jeu, jeu qui permet à ces jeunes gens-là, à partir de leur téléphone, à partir de leurs espaces numériques, de pouvoir jouer et en même temps apprendre de ces héros-là, apprendre et considérer certains comportements de ces héros comme des modèles. Et aujourd’hui, en travaillant avec le musée Théodore Monod d’Art africain, nous offrons cet espace physique où ils peuvent venir pour pouvoir jouer à ce jeu-là, mais qui peuvent continuer à le faire à la maison à travers les espaces numériques. Il s’agit là tout simplement d’une étape, une première étape qui pourrait voir, qui pourrait ouvrir d’autres horizons dans le futur. Voilà le genre de collaboration que nous avons avec l’IFAN et le musée Théodore Monod d’Art africain.

Monsieur Tabue Nguma, vous êtes le responsable du projet “Héros Africains”. Qu’est-ce qui fait la singularité de Héros Africains par rapport aux autres initiatives de valorisation de l’histoire ?

Ce qui fait la singularité de “Héros Africains”, je pense que c’est la conjonction entre deux éléments. Il y a des projets qui sont très intéressants, qui ciblent la jeunesse africaine, mais qui n’appartiennent pas à la culture digitale. Il y a des projets dont la substance dans le contenu, je dirais, est un peu moins intéressante, un peu moins exigeante. Donc “Héros Africains” mixe un petit peu les deux, puisque le jeu est construit sur la base de la prestigieuse collection d’histoire générale de l’Afrique de l’UNESCO. On a travaillé avec des jeunes historiens de l’Université Cheikh Anta Diop, pour pouvoir en extraire les éléments les plus intéressants pour pouvoir en faire un jeu. Et les éléments qu’on avait choisis, les éléments des termes de référence de l’histoire, c’était qu’il fallait d’abord dégager des moments clés dans l’histoire du continent. Alors il y a un personnage historique qui arrive dans un moment clé, un moment très important pour l’histoire du continent. Ce personnage est porteur d’une solution qui marque une contribution de l’Afrique à l’histoire de l’humanité. Et ce personnage aussi évidemment un héritage, donc c’est quelque chose qu’il faut toujours parler à la jeunesse. Donc je crois que c’est ces deux éléments-là, à la fois un contenu qui soit exigeant, parce que c’est la généalogie de l’histoire générale de l’Afrique, mais aussi qui soit moderne, parce qu’il est dans le monde digital et ce monde qui parle à la jeunesse.

Vous parlez d’expérience immersive avec le gaming et de la réalité virtuelle. Concrètement, à quoi ressemblerait l’expérience d’un jeune qui est entre dans l’espace ?

Alors le jeu est très simple, je crois que pour les amateurs de théâtre, je crois que c’est un peu le rôle de l’adjuvant. C’est celui qui est censé aider le héros dans sa quête. Voilà donc par exemple : Soundiata Keita doit retrouver le fameux bâton qui va lui permettre de l’aider à se relever. Donc il y a une série d’indices qui vous est donné pour aider Soundiata à retrouver ce bâton. Pour prendre un autre exemple, par exemple, il y a un moment où Zénab, la reine qui a construit la ville de Marrakech, a besoin de faire des projections dans l’espace géométrique. Et donc on l’aide à structurer l’espace géométriquement afin que les plans de Marrakech puissent émerger. Donc on accompagne le personnage dans certaines quêtes. On aide les héros à réaliser ce qu’ils ont pu construire dans l’histoire.

Est-ce que ce projet vise à transmettre l’histoire ou à créer une nouvelle génération de créateurs africains ?

Les deux. Ce sur quoi on attend l’UNESCO, c’est souvent sur la question des valeurs. Effectivement, l’enjeu, le premier enjeu, travailler sur les stigmes des jeunes Africains. On a beau avoir tous les potentiels du monde, comme c’est le cas pour notre continent, si on n’y croit pas, on ne pourra pas en faire grand-chose à la fin. Et les jeunes africains ont besoin de reprendre confiance sur leur histoire et de connaître qu’à différents moments de notre histoire, il y a des personnages très importants qui ont amené des contributions très, très importantes à l’histoire de l’humanité. On a cette fameuse charte du Mandé qui était rédigée sous Soundiata, qui est l’une des premières déclarations des droits de l’homme. Donc l’Afrique était partie de cette histoire. Il y a toute une série de révolutions technologiques, techniques qui ont eu lieu sur le continent, mais qui sont toujours un peu marginalisées. On a l’impression qu’on a été un petit peu mis de côté suite à une histoire qui a été très, très largement altérée, manipulée sciemment. Il est important maintenant que l’histoire des jeunes africains y accède leur véritable histoire. Ça, c’est donc le premier point.

Le second point, qui est tout aussi important, l’enjeu pour le développement du continent, c’est sa jeunesse. Mais c’est à la fois une opportunité et un danger. Cette jeunesse, si elle n’est pas formée, si elle n’est pas accompagnée, si elle n’a pas les opportunités dont elle dispose, il y a très peu de choix qui lui restent. Il y a malheureusement, comme on le voit trop souvent, nos jeunes qui vont mourir à la Méditerranée. Il y a aussi, on peut quand même le voir ici à Dakar, on peut le voir à Kinshasa, on peut le voir dans en Afrique du Sud, une explosion quand même de la violence urbaine particulièrement. Il y a aussi les cas d’extrémisme violent qui sont toujours liés, en fait, à des jeunes qui sont désœuvrés, qui n’ont pas d’activité.

Donc il nous semblait nécessaire de travailler sur le marché de l’emploi du gaming, parce que c’est un marché qui est considéré comme énorme. Les Africains consomment, mais encore une fois, on ne compte qu’à peine pour un pourcent du marché.
Donc il y a des opportunités absolument incroyables pour ça. On a des jeunes Africains qui sont doués, qui sont remplis de talents. Ils ont juste besoin d’être formés, accompagnés pour qu’ils puissent… Donc la deuxième partie, enfin, ça, ce n’est pas la deuxième partie, c’est que le projet est articulé avec aussi une architecture, qui est une architecture qui fait de la formation. On identifie des talents sur les continents, on les forme, on les aide à travailler ensemble sur des héros africains pour qu’ils grandissent la galerie des personnages. D’autres héros viennent agrandir la galerie des personnages. Et ensuite, ils ont un financement pour pouvoir développer leurs propres structures ou leurs propres projets dans le monde du gaming. C’est ça en fait les deux axes du projet.

Est-ce que ce partenariat pourrait être répliqué dans d’autres pays d’Afrique ?

Justement, c’est tout à fait le but. Normalement. Le projet correspond bien à un slogan qu’on avait à un moment, c’était l’histoire générale de l’Afrique, de l’école à la maison, et là ce serait de l’école au musée à la maison, parce que je pense que c’est un espace de médiation qui est aussi très important pour les jeunes, surtout là on a la chance de travailler avec le Musée Monod d’Art africain, qui est un musée vraiment extraordinaire, parce qu’il est vivant. J’ai passé beaucoup de temps à Paris et j’ai pu observer aussi quand même qu’il y avait une sorte de…on ne peut pas parler de la mort des musées, mais les musées sont un peu en train de flétrir, il y a de moins en moins de public. Et quand on va au Musée de Monod d’Art africain, ce qui est choqué, c’est qu’il y a toujours une horde de jeunes qui sont là, qui courent, donc c’est vraiment un espace vivant. Moi, c’est ce qui m’a intéressé. Et l’idée donc, c’est de développer ce projet là qui est comme une sorte de projet pilote. Et si ça fonctionne bien, on est on peut vraiment le répliquer ailleurs, au Sénégal dans d’autres institutions évidemment, mais dans d’autres pays aussi, en Afrique de l’Ouest et dans d’autres pays. Voilà, ce serait ça le projet.