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Tradition orale: A moi, conte, deux mots ! Par Khadidiatou GUEYE Fall

Quand la version numérique prend le pas sur la narration

L’Afrique est un continent qui se démarque avec ses traditions. De génération en génération, le patrimoine culturel se transmet, c’est le cas de la tradition orale. La tradition orale se considère un héritage. Cette tradition constitue un moyen de préserver l’histoire, outre la locomotive de transmission de nos valeurs. Quand les autres peuples conservent l’histoire par l’écriture, l’Afrique inclut toute sa littérature dans l’oralité. Dans cette tradition orale, le conte s’y démarque. Dans la littérature, le conte est défini comme un genre littéraire. Il désigne un récit de faits ou un récit imaginaire. Avec ses multiples fonctions, le conte était utilisé pour éduquer les enfants autour du feu pendant la nuit afin d’en tirer un enseignement.  A l’ère 2.0, …

Existant depuis longtemps, le conte fait partie de notre tradition orale, la plus précieuse ;  mais il est devenu désuet pour certains jeunes ignorant son origine. La nuit, le grand-père réunissait ses petits-enfants autour du feu pour leur raconter une belle histoire. Cette dernière est souvent instructive ou ludique. Nécessitant une interaction, le conte impose un émetteur et des récepteurs. Ces derniers sont encore appelés public supposé manifester sa présence par sa complicité avec l’orateur. Le conte était très populaire. Les grands-parents étaient les personnes habiles à conter pour leurs petits-enfants.

Ndèye Bineta est une femme dans la quarantaine. Elle se rappelle les nuits où son grand-père lui racontait l’histoire de Coumba l’orpheline qui se faisait maltraiter par sa marâtre. Ndèye Bineta avait l’occasion de renforcer ses valeurs : « Mon grand-père nous a raconté beaucoup d’histoires, toutes aussi instructives qu’amusantes. A la fin de chaque histoire, une leçon de vie nous était destinée. J’ai toujours tenu compte des enseignements véhiculés par ces contes, surtout l’histoire de ‘’Coumba am nday et Coumba amoul nday’’. Cette histoire pleine d’émotions m’a appris que, dans la vie, seules les bonnes actions nous offrent une vie apaisée. C’est pourquoi je me suis toujours évertuée à faire de bonnes choses et à soutenir des personnes dans le besoin ».

Ndèye Bineta ne trouve malheureusement pas le moyen de faire découvrir à ses enfants ces écoles de valeurs que sont les contes. « Avec les nouvelles technologies, nos enfants n’ont plus le temps de discuter avec leurs parents, encore moins d’écouter des histoires racontées par leur grand-père. Leur téléphone portable leur donne un résumé des histoires mais la lecture trahit l’émotion et le suspense qui faisaient l’essence de l’interaction du conte », ajoute Mère Ndèye Bineta.

Dans un contexte où les nouvelles techniques de l’information et de la communication connaissent une utilisation contagieuse, raconter une histoire se fait rare. Les délestages sont une occasion précieuse pour se rappeler le beau temps des contes. Massamba Ndiaye n’en disconvient pas. Pour lui, le temps est précieux mais une trente minutes de coupure d’électricité pourrait permettre à ses enfants de bénéficier de quelques histoires instructives.

« Mes enfants ne connaissent pas les contes mais je me donne le temps de leur raconter quelques histoires populaires. Ils sont peut-être trop petits pour en tirer des leçons morales mais si les histoires se figent dans leur mémoire elles leur serviront plus tard », affirme Massamba, un père de trois petits bois de Dieu.

Agée de 29 ans, Sima Sadio est cette jeune fille très cultivée. Elle lit tous les livres qui lui passent sous les yeux. Son amour pour la lecture lui a permis de rencontrer pas mal de contes. Elle se réjouit de la chance et de la curiosité qu’elle a pour fouiller tout sur les réseaux. « Je suis du genre curieuse, c’est pourquoi rien ne m’échappe. Notre époque ne nous accorde pas le temps de nous réunir avec la famille pour bénéficier des histoires éducatives. Mais j’ai eu l’occasion de lire à travers les œuvres écrites et les réseaux sociaux des contes les uns plus instructifs et amusants que les autres. Par exemple, l’histoire de Fary Mbam m’a beaucoup marquée. Quand le Maure racontait tout ce qu’il voyait au roi, c’est en fait une manière de montrer qu’une personne doit toujours tenir sa langue. L’histoire du roi qui ne mange pas une viande de plus 24 heures a montré que dans la vie un service offert ne se refuse pas. Dans l’histoire de Tony aussi où la mère traitait ses trois enfants différemment, la leçon de morale à retenir est qu’une mère doit traiter ses enfants sue le même pied d’égaloté», raconte Sima Sadio.

Quand il s’agissait du conte, il était de son essence de se réunir autour du feu, le chef de famille assis d’un côté et ses petits-enfants de l’autre, tout en face. Débutant par un dialogue populaire qui signale la présence de l’assistance, la fin des histoires dévoile souvent une leçon de morale. Pour certains de nos interlocuteurs, ces leçons de vie servent tout au long de l’existence du bénéficiaire. Des principes et des valeurs englobent ces contes africains.

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