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Sénégal-Fmi : L’après Ousmane Sonko

Finances publiques 

Quand Sonko a plongé le Sénégal dans le piège financier

Sonko parti, l’amateurisme communicationnel de 2024 maintient les difficultés du Sénégalais lambda. Les perspectives ouvertes par la récente visite d’une équipe du Fonds monétaire international sont bonnes mais s’étaleront sur le temps, ajoutant aux incertitudes.

La dette cachée de l’ancienne administration
est une amatrice gestion de la communication d’État. La confusion entre bilan et « hors bilan » va encore coûter.
La mission actuelle conduite par Mercedes Vera Martin elle-même à Dakar vise précisément à démêler le vrai du faux, ce qui semble fait.
De notre correspondant en France,
Chef du Desk Economie

Mission du FMI (19 août-Premier septembre) :

Ce que l’institution fait… et ne fait pas

Il convient de lever un malentendu fondamental : le FMI n’a pas pour mission de développer un pays. Ce n’est ni une agence d’aide au développement, ni une banque de projets pour construire des écoles, des routes ou des hôpitaux.

Un accord est aujourd’hui proche, car les vérifications touchent à leur fin. Mais ce tampon de garantie a un coût social.

Le rôle du FMI est avant tout celui d’un garant financier et d’un auditeur macroéconomique :

  • Un label de crédibilité : L’accord que négocie le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô n’est pas un chèque magique pour enrichir le pays, mais un « brevet de bonne santé financière ».
  • Rassurer les créanciers : En donnant son feu vert, le FMI signale aux banques internationales, aux marchés financiers et aux bailleurs de fonds que le budget du Sénégal est désormais sincère et sous contrôle. C’est ce label qui permet d’emprunter à nouveau à des taux raisonnables et sur des durées plus longues.

Un accord est aujourd’hui proche, car les vérifications touchent à leur fin. Mais ce tampon de garantie a un coût social. En échange de sa caution, le FMI exige une consolidation budgétaire stricte (réduction des subventions, hausse des recettes fiscales) que le citoyen lambda ressentira directement dans son pouvoir d’achat. L’« opération vérité » de septembre 2024 aura coûté cher.

 

Alors qu’une mission du Fonds monétaire international (FMI) séjourne à Dakar du 19 août au 1ᵉʳ septembre pour négocier un nouvel accord, le Sénégal paie encore les conséquences du déballage financier de septembre 2024. En dénonçant à grand fracas une « dette cachée », l’ancienne équipe gouvernementale a déclenché une crise de confiance sur les marchés sans en anticiper les effets collatéraux. Analyse d’une amatrice gestion de la communication d’Etat.

En septembre 2024, le Premier ministre de l’époque, Ousmane Sonko, convoquait la presse pour annoncer que la dette réelle du pays frôlait les 100 % du PIB (contre 70 % annoncés sous Macky Sall). Si la recherche de la vérité budgétaire est un devoir de transparence, la méthode employée a immédiatement braqué les bailleurs de fonds.

La confusion entre bilan et « hors bilan »

Au lieu d’isoler juridiquement ces engagements (factures impayées aux fournisseurs, garanties contestées, contrats hors budget) sous forme de hors bilan sous audit, l’équipe de Sonko a publiquement projeté ces chiffres bruts comme une dette souveraine consommée.

Une erreur de méthode lourde de conséquences :

  • Panique sur les marchés : En ne faisant pas la distinction technique entre créance certifiée et engagement litigieux, le message envoyé au monde a été celui d’un Etat au bord de la faillite.
  • Suspension immédiate du FMI : Face à ces déclarations non étayées à l’époque par des audits internationaux certifiés, le FMI a gelé son programme de soutien (1,8 milliard de dollars, soit environ 1.100 milliards de FCFA).
  • Dégradation des notes : Les agences de notation ont abaissé la note du Sénégal, entraînant une hausse brutale des taux d’intérêt (dépassant parfois 8 à 9 %) et restreignant l’accès aux financements à long terme.

Pour se financer au quotidien, l’Etat s’est vu contraint de souscrire des emprunts à très court terme (1 à 3 ans) à des taux exorbitants, s’enfermant dans un cycle où il faut réemprunter cher chaque année pour rembourser les échéances de la veille.

Comprendre en un exemple simple : La métaphore de la maison

Imaginez un chef de famille qui gère le budget du foyer avec sa banque. Il affirme : « Je dois juste 7 millions de FCFA pour mon prêt immobilier. » En réalité, dans un tiroir, il y a 2 millions de FCFA d’achats à crédit non déclarés et 1 million de FCFA de factures impayées chez le boutiquier du quartier, le garagiste et l’électricien.

Tant que ces papiers restent dans le tiroir, c’est du « hors bilan ». Quand le fils prend la gestion et ouvre le tiroir devant le banquier, il s’écrie devant tout le monde : « En fait, nous devons 10 millions de FCFA ! »

  • Le problème de la méthode : Au lieu de vérifier facture par facture en privé, cette annonce publique fait paniquer le banquier, qui bloque immédiatement tout nouveau crédit.
  • L’effet concret : Les créanciers réclament leur argent. Pour réintégrer ces 3 millions de FCFA dans les remboursements mensuels, l’échéance passe de 100.000 FCFA à 180.000 FCFA par mois. Pour trouver cette différence, il faut réduire le budget dépense quotidienne, couper dans la facture d’électricité et supprimer les dépenses non essentielles.

À l’échelle du Sénégal, réintégrer ces dettes dans le budget officiel oblige l’Etat à consacrer plus de recettes au remboursement de la dette, au détriment des hôpitaux, des écoles et des subventions sur les denrées de première nécessité.

Réintégration comptable vs Audit : Ne pas signer de chèque en blanc

Cette légèreté dans la gestion du dossier a contraint le FMI à exiger des preuves matérielles indiscutables. La mission actuelle conduite par Mercedes Vera Martin à Dakar vise précisément à démêler le vrai du faux.

Une nuance essentielle doit aujourd’hui être rappelée :

  • La position du FMI : L’institution financière exige que toutes les dettes engagées au nom de la République figurent dans le tableau de bord macroéconomique afin d’établir un budget réaliste.
  • La position de l’Etat : Inscrire ces sommes au bilan pour négocier avec les bailleurs ne signifie pas que le Sénégal accepte aveuglément de tout payer. Le gouvernement et la Cour des comptes poursuivent l’examen des preuves : tout contrat issu de surfacturations ou d’anomalies juridiques pourra faire l’objet de contestations et de poursuites.

Séga Fall MBODJE

Pr Séga Fall MBODJI
Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque
Citoyen sénégalais engagé
Contact : segafall.mbodji@gmail.com
Téléphone : +33650547275, Paris