Sénégal : Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?
Coalition “Diomaye Président”
May Day, May Day
Attention, Mimi : dernier combat !
Par Habib KA,
Chef du bureau régional de Matam
Thilogne-Le Sénégal est désormais au seuil d’entrée d’une zone de turbulences, à moins qu’un coup de revers spectaculaire ou qu’un coup de génie politique ne l’en dévie. Tout dépend, cependant, du chef de l’Exécutif, fort des prérogatives que lui confère la Constitution, pour fixer la conduite à tenir et, quand c’est nécessaire, pour dicter sa loi, comme dans un régime véritablement monarchique.
La discorde Diomaye-Sonko, si elle n’est pas éteinte, engendrera inévitablement de lourdes conséquences, regrettables non seulement pour le Pastef au pouvoir, mais aussi pour l’Alliance pour la République (APR) déchue, ainsi que pour les petites formations organisées autour de jeunes figures qui commençaient à respirer le renouveau générationnel.
DIOMAYE PRÉSIDENT 2029_________________________________
Le pari risqué
Marginaliser son propre parti, en pleine puissance, frayer sa propre route, prôner la transhumance tous azimuts autour de sa propre personne comme s’il confisquait les choix des électeurs et faisait un détournement d’objectif de leurs votes.
La coalition “Diomaye Président” est en téléchargement libre vers “Diomaye Président 2029”
Le programme de l'”Alliance Diomaye Président“, comme celui de la coalition “Alliance patriotique pour le Travail et l’Éthique” (Apte) est un programme séquencé de Pastef dans sa “Vision horizon 2050” sur un quinquennat. Rien ne saura justifier les tensions aiguës cristallisées autour. Elles ne devaient même pas focaliser l’attention si tant est que toutes les deux œuvrent pour les mêmes objectifs. Elles masquent, en réalité, une divergence fondamentale sur le candidat naturel ou légitime de Pastef aux prochaines élections présidentielles, pourtant systématiquement réglée par les statuts du Parti (Chapitre 5, article 31.
Ce qui se passe est sans précédent dans les annales politiques de l’histoire du Sénégal : marginaliser son propre parti, en pleine puissance, frayer sa propre route, prôner la transhumance tous azimuts autour de sa propre personne comme s’il confisquait les choix des électeurs et faisait un détournement d’objectif de leurs votes. Un chef charismatique de parti qui contrôle tous ses échelons, ses instances et ses hommes d’influence pouvait s’en sortir ; mais c’est un pari risqué pour un président par procuration, candidat de rechange de dernière minute.
Aminata Touré est dans son rôle de politicienne qui sait exploiter les failles et les opportunités qu’elles lui offrent ; elles lui assurent une plus grande écoute et une infiltration au cœur du système des Patriotes qui avait tout verrouillé, décourageant toute migration de la classe politique.
La coalition “Diomaye Président” est en téléchargement libre vers “Diomaye Président 2029”. Elle est une arme brandie pour aviver la tension du dualisme, étant certaine que le dernier mot reviendra au chef de l’Exécutif.
Pour s’être rapprochée du Mouvement des Socialistes unifiés (MSU) du Maodo, le président Mamadou Dia, victime des subterfuges du pouvoir et des subtilités du Droit, elle est certainement bien placée pour savoir que Ousmane Sonko et ses hommes ne sortiront pas indemnes du bras de fer avec Diomaye Faye. C’est pourquoi elle fait de “Diomaye Président” le réceptacle d’une transhumance à grande échelle au nez et à la barbe du Pastef. Elle est déjà dans les costumes de Directrice de Cabinet politique du président de la République et de Directrice de campagne.
Femme du sérail, d’influence, de réseaux, virtuose dans la réplique aux piques acerbes, à la rhétorique facile, très à l’aise dans les débats contradictoires, elle se caractérise par une femme battante, d’un sang-froid
extraordinaire. Jeune fille issue d’une famille aisée, elle s’est très tôt illustrée et engagée dans le combat anti-impérialiste et anti-capitaliste, sous l’idéologie du maoïsme d’abord, du trotskisme ensuite avec des aînés comme Bamba Ndiaye-photo-, Mahmoud Saleh, Oumar Sarr.
Directrice de campagne du candidat Landing Savané de la coalition
MSU et AJ/MRDN en 1993, puis du candidat Macky Sall et des listes législatives de Benno Bokk Yaakaar (BBY), la voilà à nouveau, par entrisme, au cœur du système après quelques petites contorsions. Elle est la toute pressentie Directrice de campagne, sinon Directrice du Cabinet politique du président Bassirou Diomaye Faye. Toutes ces qualités n’ont pas infléchi la militante révolutionnaire qu’elle était, même aux temps forts où elle était ministre de la Justice, puis Première ministre, à se départir de ce caractère distant qui l’empêche de fusionner avec les militants, les populations et de prendre encrage dans le Sénégal des profondeurs.
Aminata Touré a de sérieux défis à relever. La coalition “Diomaye Président”, en termes de représentativité politique et de poids électoral, est nettement en deçà pour défier le Pastef, l’APR et tous ces jeunes loups qui se cherchent encore.
MIMI FACE A L’OPPOSITION–Comment est-ce possible d’imaginer la famille PDS apporter une quelconque onction à cette coalition dirigée par celle qui était le bras armé et ferme de la traque des biens mal acquis, version soft de la reddition des comptes ? Ou des fractions socialistes et des individualités politiques tels que Thierno Alassane Sall, Thierno Bocoum, Barthélémy Dias, Bougane Guèye Dany, derrière Mimi Touré et autour de Bassirou Diomaye Faye ?
Macky Sall, compte tenu des antécédents politiques, ne lui laissera pas avoir les coudées franches pour déstabiliser l’APR, éprouvée par le syndrome du parti déchu du pouvoir et qui se voit naturellement s’effriter par le réalisme et le bon sens des militants qui n’envisagent d’existence possible que dans les landes de l’État.
CONCLUSION SUR MIMI TOURÉ–Il lui sera très difficile de jouer ce rôle de rassembleur populaire. Son tempérament et son caractère, malgré ses 63 ans pour être cette sage grand-mère. Mais, elle est restée fougueuse, celle qui n’a pas froid aux yeux, celle qui, quand il faut agir, rien ni personne ne peut la retenir, une dure à cuire, en somme, capable de faire mal, très mal.
Elle ne mobilise pas. Elle ne pèse pas. On ne lui connaît, durant toute sa carrière politique, ni une assise populaire, ni une attache à un fief, ni un mandat électif, sauf celui qui n’a duré que le temps de ses désillusions du perchoir de l’Assemblée nationale. Mais elle compte, beaucoup même, comme Mahmoud Saleh, ex-directeur de cabinet politique de Macky Sall, inspirés tous les deux, par Alain Krivine-photo- de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), théoricien de l’entrisme politique.
La posture de l’opposition doit être dictée par une clairvoyance, une prudence et une objectivité qui la fondent dans sa mission de reconquête du pouvoir ; elle ne doit aucunement se laisser guider par des sentiments têtus, de rendre coup par coup ou forger sa stratégie sur une tautologie pas évidente que tout ce qui affaiblit Diomaye ou Sonko, renforce automatiquement l’opposition
La désunion des “frères siamois” ne profite pas forcément à l’opposition ; elle peut même la desservir en l’éclipsant par exemple du champ politique, centrant l’actualité sur les deux. Le plus grave serait de reprendre pour son compte un sentiment de la rue que tel est désormais fréquentable et que c’est l’autre le malheur.
Cette stratégie risque de se retourner contre elle, surtout soutenir le président Bassirou Diomaye Faye, c’est ouvrir un grand boulevard pour ses militants et sympathisants d’aller répondre à l’appel de Aminata Touré, particulièrement les maires de BBY qu’elle annonce avoir démarchés.
Un véritable chamboulement est en perspective dont personne ne peut prévoir son impact sur la vie des partis et la nouvelle configuration politique qu’elle engendrerait.
