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Sénégal-Maroc : Le géant et le nain

 Reportage : MAROC–SÉNÉGAL

Le choc des modèles

Le Maroc a réussi à l’échelle d’un géant là où le Sénégal reste bloqué à l’échelle d’un nain logistique.

Le Maroc avance parce qu’il a un projet. Le Sénégal recule parce qu’il n’a que des candidats. Triste conclusion de l’envoyé spécial du Devoir qui a sillonné le royaume chérifien pendant trois semaines, de Casa la blanche à Agadir, en passant par Marrakech, et dont les observations croisées sont sans concession.

De notre envoyé spécial
Séga Fall MBODJI,
Correspondant en France

Mosquée Hassan II sur la corniche

Mosquée Hassan II sur la corniche

Gare Casa Port

Vallée du Paradis

Au désert d’Agafay

D’un côté, une capitale dakaroise asphyxiée par la spéculation foncière et les inondations. De l’autre, un royaume qui a su bâtir des villes respirantes et techniquement maîtrisées. Après une immersion de 20 jours entre Casablanca, Marrakech et Agadir, nous livrons une analyse sans concession sur ce qui sépare encore le Lion de l’Atlas de la Teranga.

L’échelle du défi : Quand la volonté politique dompte l’immensité

Pour comprendre l’ampleur du succès marocain, il faut regarder les chiffres : avec une superficie de 710.850 km², le Maroc est plus de 3,5 fois plus vaste que le Sénégal (196.722 km²). Sa population, dépassant les 37 millions d’habitants, est plus du double de la nôtre.
Pourtant, malgré ce territoire immense, le Maroc a réussi à construire son pays de bout en bout. Là où le Sénégal échoue à organiser une presqu’île de quelques kilomètres carrés, le Royaume a déployé des infrastructures de classe mondiale. Ce constat met à nu un véritable fiasco de la volonté politique chez nous : si eux ont réussi à l’échelle d’un géant, pourquoi restons-nous bloqués à l’échelle d’un nain logistique ?

L’aménagement : Le Maroc bâtisseur vs le Sénégal « Tout-Dakar»

Le Maroc a su bâtir des pôles d’excellence autonomes : Casablanca n’écrase pas Marrakech, et Agadir n’est pas le parent pauvre de Rabat. Chaque cité dispose d’infrastructures qui surpassent individuellement ce que Dakar propose de mieux. Ce polycentrisme offre une dignité territoriale qui fait cruellement défaut au modèle sénégalais, où le développement semble s’arrêter aux portes de la capitale.

Maîtrise technique : Le défi de l’eau et du relief

L’exemple d’Agadir est une leçon d’ingénierie (ci-dessous : La Marina. La Kasbah derrière (236 m d’altitude), accès téléphérique). Dans cette ville au relief montagneux, le Maroc a bâti des quartiers entiers à flanc de colline tout en maîtrisant parfaitement l’évacuation des eaux pluviales. Malgré la pente, les inondations y sont contenues par des systèmes de drainage efficaces. Le contraste est saisissant avec le Sénégal : alors que nous évoluons sur un terrain majoritairement plat, nos villes sombrent sous les eaux à chaque hivernage. Là où le Maroc dompte la montagne, le Sénégal capitule devant la plaine.

Espace public : Épanouissement citoyen contre prédation foncière

Un point crucial marque la maturité du modèle marocain: la sanctuarisation du bien commun. Dans chaque ville, l’État a réservé des hectares pour construire des aires de jeux, des bases de loisirs et des parcs verdoyants. À Dakar, les espaces qui auraient dû servir de poumons verts sont trop souvent morcelés entre élites politiques pour bâtir des patrimoines immobiliers privés. Là où le Maroc investit dans l’épanouissement de sa jeunesse, le système sénégalais semble privilégier l’enrichissement foncier individuel.

Une géométrie sacrée et une salubrité de fer

L’œil est frappé par une discipline visuelle quasi-mathématique. Les minarets s’élèvent comme une superposition parfaite de parallélépipèdes rectangles et de courbes paraboliques, alliant histoire et géométrie. Cette rigueur se prolonge dans la rue : les avenues sont entretenues, les poubelles gérées et chaque ville respecte son identité chromatique (rouge pour Casa, ocre pour Marrakech, jaune pour Agadir). Une harmonie qui souligne, par contraste, l’insalubrité persistante de nos artères dakaroises.

Le sacre du vendredi : La tradition comme ciment national-Le génie marocain réside dans sa capacité à ne pas sacrifier son identité. Le vendredi, après la prière, le Maroc entier, des villas huppées aux souks les plus reculés, s’arrête pour le couscous royal. Ce rituel n’est pas qu’une affaire de quartier historique ; c’est un moment de communion nationale qui soude la nation autour d’un plat accessible à tous.

Le paradoxe du ventre : L’excellence pour tous

Au Maroc, la gastronomie est un droit. Des pâtisseries fines aux viandes cuites à la vapeur dans les abattoirs, tout est abordable. Nos recherches de 2022 le confirmaient : avec 1 471,4 millions de dollars de recettes touristiques, le Maroc est le 4e géant du continent. Ce succès repose sur une réalité simple : on y mange mieux et pour moins cher qu’au Sénégal, où le plaisir de la table est devenu un marqueur de classe sociale sélectif (Brunch à 10.000 fcfa/ personne. À Dakar, pas moins de 25.000 fcfa). 

Le mirage de 2029 face au mur des réalités

Mais le plus écœurant reste l’agenda de ceux qui nous dirigent : alors que ces défis colossaux nous regardent en face, nos politiques sont déjà obsédés par la course à la Présidentielle de 2029. Dans les médias, on nous sature de débats politiciens stériles à longueur de journée, là où l’on devrait parler de développement, d’assainissement et de conditions de vie.
La déception est d’autant plus terrible que l’espoir placé dans le duo Diomaye-Sonko semble s’évaporer. Ce qui devait être une synergie pour le salut du pays se transforme sous nos yeux en un duel d’ambitions personnelles. Pendant qu’ils se mesurent, les inondations montent, les espaces verts disparaissent et le Sénégal stagne. Le Maroc avance parce qu’il a un projet ; le Sénégal recule parce qu’il n’a que des candidats.

Pr Séga Fall MBODJI

Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque

Citoyen sénégalais engagé

Contact : segafall.mbodji@gmail.com

Téléphone : +33650547275, Paris