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Sénégal : Les consulats du Moyen-âge

SÉNÉGAL

L’émergence dans les discours,        le Moyen-âge dans les consulats

En novembre 2021, Déthié Fall avait déjà fustigé le calvaire à l’Assemblée nationale. Cinq ans plus tard, l’immobilisme de l’État est une insulte à cette alerte; l’administration sénégalaise doit cesser de voir la Diaspora comme une simple manne financière.  Il est temps que le « Sénégal Numérique» quitte les PowerPoints pour entrer enfin dans vos consulats.

De notre correspondant en France

Alors que le Sénégal affiche ses ambitions de « hub technologique » et de « Sénégal Numérique 2025», une frange essentielle de sa population, les 3 millions de Sénégalais de la Diaspora, se heurte quotidiennement à une gestion administrative archaïque, digne d’un autre siècle : en 2026, une démarche administrative, notamment le renouvellement d’un passeport, est devenue un parcours du combattant qui humilie le citoyen et met en péril sa survie professionnelle ; l’administration consulaire sénégalaise reste une machine à broyer le temps et l’énergie de ses citoyens. C’est un anachronisme institutionnel insupportable.

La « Biométrie de façade » : une escroquerie technique. Le terme « biométrique » est devenu un slogan creux. Le décalage entre la technologie biométrique promise et la réalité bureaucratique est frustrant. Si un passeport est réellement biométrique, l’État possède déjà l’identité numérique du citoyen. Exiger un extrait de naissance papier en complément est la preuve d’une incapacité chronique à interconnecter les services de l’État. L’administration demande à l’usager de servir de « pont humain » entre des serveurs qui ne se parlent pas.

Le « Coursier de la Diaspora » : la honte d’un système failli-L’inefficacité de l’État a créé une économie parallèle de la débrouille : mi-janvier 2026, lors d’un séjour à Dakar, j’ai vécu cette réalité révoltante ; j’ai dû passer mes derniers jours de vacances à récupérer trois extraits de naissance pour des amis à Paris et un pour ma nièce vivant à Rouen. Passer par un service de livraison (GP) coûte environ 15 € (10.000 FCFA). L’État transfère ainsi le coût de son incompétence numérique sur le portefeuille des émigrés et gâche le repos de ceux qui rentrent au pays. C’est un spectacle indigne d’une nation moderne.

Une urgence vitale : le passeport, clé de la survie professionnelle-Ce blocage n’est pas qu’un inconfort, c’est un sabordage social. Pour renouveler un titre de séjour dans un pays d’accueil, le passeport valide est obligatoire. Sans lui, pas de récépissé. Sans titre valide, l’employeur est légalement obligé de suspendre immédiatement le contrat de travail (CDI, CDD, alternance, stage). Des milliers de compatriotes se retrouvent ainsi « sans-papiers » par la faute exclusive de leur propre administration, perdant revenus et stabilité du jour au lendemain.
Il est impératif de rappeler au ministre son rôle régalien : il n’est pas un spectateur, mais le premier bouclier des Sénégalais de l’extérieur. Garantir la continuité du service public est une obligation, pas une option. Laisser des consulats fonctionner avec des méthodes de 1960 alors que la diaspora porte 10% du PIB (plus de 1.600 milliards de FCFA par an) témoigne d’un mépris caractérisé ou d’une méconnaissance totale des réalités du terrain.

Le pilier de la réforme : L’interopérabilité totale-Pour sortir de ce chaos, nous exigeons une réforme de rupture :
– L’interconnexion DAF-ANEC : Il faut briser les silos. Les serveurs de la Direction de l’Automatisation des Fichiers et ceux de l’Agence nationale de l’Étativil doivent être interconnectés. Les données doivent être centralisées pour permettre aux agents consulaires d’extraire instantanément un acte de naissance par simple scan biométrique. L’empreinte digitale doit devenir la clé d’accès universelle.
– L’expédition sécurisée : Contrairement au Sénégal, le courrier postal est une institution fiable dans les pays d’accueil. Les consulats doivent expédier les passeports par recommandé à domicile, supprimant ainsi le second voyage et les frais de transport.
– La « Consular-Tech » : Les consulats souffrent d’une image de lenteur et d’opacité. La réforme doit passer par des outils de gestion de flux modernes. Des bornes d’auto-enrôlement comme dans les aéroports modernes au sein des consulats pour scanner soi-même ses documents et prendre ses empreintes, réduisant le temps de passage devant l’agent à moins de 2 minutes. Le suivi en temps réel via un système de notification (SMS, WhatsApp) qui informe l’usager de chaque étape : « Dossier validé », « Passeport en impression », « Passeport disponible au consulat ».
– L’IA : On pourrait imaginer un assistant virtuel consulaire capable de vérifier la conformité d’une photo ou d’un justificatif de domicile avant même que l’usager ne se déplace, évitant ainsi les rejets de dossiers au guichet.