Sénégal-Fmi : Au début était le Verbe
Sénégal-Fmi
Notes basses
Le FMI disposé à lâcher du lest devant la détermination technique du Sénégal. Il n’empêche : plus le verbe politique est haut, plus la note est basse. Au début était donc le verbe, puis les notes basses. Puis les voix basses. Puis quelque os à rogner. Parce que Dakar n’est pas que…
Les relations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international semblent évoluer en dents de scie en fonction des déclarations publiques depuis un an. Où elles s’exposent publiquement…et se durcissent apparemment, dans un jeu de yoyo plus proche d’humeurs de l’instance internationale devant les Africains et ceux du Tiers-monde.
La dernière cérémonie du 8 novembre dernier laissait déjà deviner une restructuration de la dette publique que l’institution financière internationale se fendait d’un commentaire revoyant à l’ouvrage de Magatte Lô et invitant à l’heure du choix. C’est presque à croire que les missions et les difficiles négociations techniques servent à amuser la galerie : derrière les rideaux se joue un vaudeville sous forme de piques et de répliques au-dessus des populations. Avant une forme de détente quand on dira son fait à l’autre. On en rirait n’eût été la survie de peuples entiers voués à une mort lente par inanition.
Ce jeu cache l’essentiel : la dignité de populations soumises aux humeurs des uns et des autres.
Les difficultés actuelles traduisent moins un mal-vivre supporté avec hauteur que le défaut souligné de quelques adultes mettant en péril la vie des autres pour satisfaire quelque ego. Et une logique de subordonnés qui notent que le Sénégal n’ pas encore d’accord avec le Fmi. Pauvre standard !
Sénégal-Fmi
Dakar n’est pas que…
Peu importe si la dette cachée existe ou non. Ce que les investisseurs sanctionnent, ce n’est pas le fardeau du passé, c’est l’incertitude et l’instabilité causées par la communication publique actuelle
Dossier réalisé par nitre correspondant en France
Séga Fall MBODJI,
MOA Pôle ALM DFINF/Trésorerie chez Groupe Caisse des Dépôts
Ingénieur Statisticien – Mathématicien du risque & Actuariat, aide à la décision
06 50 54 72 75 Segafall.mbodji@gmail., Paris

Article Seneweb du 13 novembre 2025 : « Le Sénégal déclaré au bord de la faillite : Que s’est-il vraiment passé ces dernières 48 heures ? ».
La crise signalée par cet article se résume à une chose : le Sénégal a perdu la confiance de ses prêteurs internationaux. La confiance s’est érodée suite à deux événements majeurs :
– Le Doute sur la dette : L’arrivée de la nouvelle équipe gouvernementale qui a remis en cause et accusé l’ancien régime de n’avoir pas dit la vérité sur le véritable niveau de l’endettement ;
– Le Refus du FMI : Le Sénégal n’a pas réussi à se mettre d’accord avec le FMI pour un nouveau programme, ce qui est généralement un signal rassurant pour les marchés.
Le Sénégal est passé, aux yeux des investisseurs mondiaux, du statut d’emprunteur fiable à celui d’emprunteur très risqué. Pour prêter de l’argent au Sénégal, les banques et fonds d’investissement exigent désormais un taux d’intérêt énorme pour se protéger en cas de faillite du pays. Ce taux d’intérêt a grimpé si haut qu’il place le Sénégal sur la même liste que des pays en grande difficulté (comme le Gabon et le Mozambique).
En effet, les obligations en dollars du Sénégal ont chuté fortement après la mission de deux semaines du FMI à Dakar qui s’est conclu sans accord sur un nouveau programme. La prime de risque souverain des obligations du Sénégal par rapport aux bons du Trésor américain s’est creusée à 1.077 points de base, c’est-à-dire les investisseurs exigent un rendement supplémentaire de 10,77% pour détenir de la dette sénégalaise par rapport à la dette américaine.
Exemple : Les obligations du Trésor américain (taux ‘sans risque’) offrent un rendement de, disons, 4% par an (valeur hypothétique). Le surplus exigé par les investisseurs est de 10,77%. Le taux final que le Sénégal doit payer est la somme du taux de base US et de la prime de risque, soit 4% + 10,77% = 14,77%. Le coût d’emprunt a explosé de près de 15%, signalant aux marchés que le Sénégal est au bord de l’insolvabilité.
Un écart supérieur à 1.000 points de base est considéré comme un seuil critique, synonyme d’exclusion des marchés financiers mondiaux. La situation s’est aggravée après que le Premier ministre Ousmane Sonko a exclu toute restructuration de la dette, limitant ainsi les options du pays pour alléger ses difficultés budgétaires.
La prime de risque souverain affecte principalement la dette extérieure qui représente 68% de la dette totale. Les marchés et banques constituent 49% de cette dette extérieure. La prime de risque élevé fait exploser le coût du refinancement (proche de 15% dans notre exemple), au lieu d’un taux avantageux, ce qui alourdit considérablement la charge future de la dette. Cette situation peut exacerber le risque de change (USD/EUR), car la perte de confiance met la pression sur la monnaie locale. Cela rend le scénario d’une future dévaluation politique plus plausible, qui pourrait devenir l’une des rares options restantes pour alléger le fardeau de la dette extérieure. Nous rappelons que le FCFA ne peut pas «chuter » ou se dévaluer automatiquement sous la pression des marchés (contrairement à une monnaie librement flottante) car il est arrimé à l’Euro selon une parité fixe et garantie par la France.
Exemple parlant : Imaginez que l’Etat du Sénégal est un ami qui cherche à emprunter de l’argent auprès de son cercle de connaissances (les marchés financiers).
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Le problème qui se pose : l’ami doit maintenant trouver les 15 supplémentaires, ce qui le ruine. Il ne peut plus se permettre d’emprunter, et il a encore plus de mal à payer les anciennes dettes qui arrivent à échéance.
La véritable tragédie de cette « chute » financière n’est pas tant le montant de la dette que le prix de la confiance perdue. En insistant de manière flagrante et répétée que l’existence supposée d’une dette cachée, dont la révélation politique immédiate n’apporte aucun gain financier concret au Sénégal, le Premier ministre Ousmane Sonko a envoyé le pire signal possible aux marchés. Peu importe si la dette cachée existe ou non. Ce que les investisseurs sanctionnent, ce n’est pas le fardeau du passé, c’est l’incertitude et l’instabilité causées par la communication publique actuelle. L’obsession de dénoncer une dette soupçonnée a coûté aux finances publiques sénégalaises bien plus cher que la dette elle-même. Le pays se retrouve désormais dans une position plus vulnérable que jamais, prouvant qu’en finance internationale, la transparence sans stratégie coûte plus cher que le silence.
ENCADRE
Un rapport du Comité national de la Dette publique -CNDP-, intéressant mais très technique. Nous avons essayé de synthétiser pour en faciliter la compréhension
Dette publique du Sénégal (SDMT 2026–2028)
Version pédagogique pour tous les citoyens – d’après le rapport du CNDP (oct. 2025, données arrêtées fin déc. 2024).
À retenir en 1 minute
• Encours fin 2024 : environ 23.700 milliards FCFA (119% du PIB).
• Répartition : 68% en devises (USD/EUR), 32% en FCFA.
• La dette en devises est généralement moins chère mais dépend du dollar/euro ; la dette en FCFA n’a pas de risque de change mais est plus courte et un peu plus coûteuse.
• Pic de remboursements entre 2025 et 2028 : il faudra refinancer au bon moment et au meilleur coût. • En moyenne, pour 100.000 FCFA de dette, l’État paie 4.300 FCFA d’intérêts par an.
Cette note vulgarise la « Stratégie de Gestion de la Dette à Moyen Terme 2026 – 2028 » publiée par le Comité national de la Dette publique (CNDP) en octobre 2025. Elle ne remplace pas le document officiel : elle en facilite la compréhension, avec des mots simples.
Dette intérieure vs dette extérieure
• Dette intérieure (FCFA) : emprunts réalisés au Sénégal, remboursés en FCFA. Pas de risque de change, mais des durées plus courtes et des taux souvent un peu plus élevés.
• Dette extérieure (devises) : emprunts en USD/EUR auprès d’institutions et sur les marchés internationaux. Souvent moins chers au départ, mais sensibles au « prix » du dollar/euro.
• Analogie simple : emprunter en devise, c’est comme prendre un prêt en dollars pour être payé en FCFA : si le dollar monte, la mensualité grimpe même si rien d’autre ne change.
Chiffres clés fin 2024
• Encours total : 23.666,8 Mds FCFA (119% du PIB).
• Extérieure : 16.160,5 Mds FCFA (81,2% du PIB). • Intérieure : 7 506,3 Mds FCFA (37,7% du PIB). • Paiements d’intérêts 2024 : 4,7% du PIB (ext 2,7%, int 2,0%).
Dette extérieure (en devises) – 68% du total
• Montant : 16.160,5 Mds FCFA. Devises : USD 9 373,1 Mds ; EUR 6 787,4 Mds. • Qui prête ? – Institutions publiques (51% de la dette extérieure) :
▸ Prêts à conditions très avantageuses (« concessionnels ») : 6.625,805 Mds.
▸ Prêts à conditions modérément avantageuses (« semi‑concessionnels ») : 1.616,05 Mds.
– Marchés et banques (49%) : plus coûteux et plus sensibles aux conditions de marché.
▸ Eurobonds 2 957,37 Mds ; crédits à l’export 1.809,98 Mds ; autres 3 151,3 Mds.
• Durée moyenne avant remboursement complet : 8,4 ans. • Taux : part à taux variable notable (surtout en EUR, 77% de la dette à taux variable). • Principaux risques : – Change (USD/EUR) : si 1 USD passe de 600 à 660 FCFA (+10%), un paiement d’1 Md USD coûte 60 Mds FCFA de plus. – Pics 2026–2028 (Eurobond 2018) : besoin de refinancer à temps et au meilleur coût.
Dette intérieure (en FCFA) – 32% du total
• Montant : 7.506,3 Mds FCFA. • Instruments : OT 3–5 ans 34,5% ; emprunts bancaires locaux 28,7% ; BT 6,8% ; OT 7 ans 14,1% ; OT 10+ ans 8,1% ; FMI/BOAD 5,8%. • Durée moyenne avant remboursement complet : 3,2 ans (plutôt court). • À rembourser dans 1 an : 2.056,7 Mds FCFA (27,4% du stock intérieur). • Coût : taux moyen en stock 4,7% ; nouvelles émissions 2025 7% (maturité moyenne 3,7 ans). • Lecture simple : pas de risque de change, mais pression de remboursement plus fréquente.
Portefeuille total : coûts et risques clés
• Devises : 68,3% du total ; USD 39,8% ; EUR 28,5%. • Taux variable : 20% du stock (sensibilité aux hausses de taux). • Échéances dans 1 an : 14,7% du total (17,5% du PIB). • Durée de vie moyenne du capital : 6,7 ans. • Durée moyenne avant que les taux puissent changer (refixing) : 5,9 ans.
Comment limiter les risques ?
• Allonger progressivement les maturités en FCFA pour lisser les remboursements. • Diversifier les devises et privilégier les prêts à conditions avantageuses. • Éviter une trop forte part à taux variable ; basculer vers du fixe quand possible. • Préparer tôt le refinancement des gros pics (2026–2028) et étudier le reprofilage. • Développer le marché domestique (investisseurs locaux, maturités plus longues). • Utiliser, au besoin, des outils de couverture (change/taux) à coût maîtrisé.
Mini glossaire
• Prêt à conditions avantageuses (concessionnel) : taux bas, longue durée, délai avant remboursement. • Prêt à conditions modérées (semi‑concessionnel) : meilleures que le marché, mais moins avantageuses que le concessionnel.
• Taux variable : le taux peut monter ou baisser durant la vie du prêt. • Eurobond : grand emprunt international.
• Durée moyenne de remboursement : temps moyen avant d’avoir tout remboursé. • Refinancement : emprunter pour rembourser un emprunt qui arrive à échéance.
