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Sénégal : Faits d’hivernage nuageux

Ousmane Sonko en mode alerte

La solution est politique

À la fois Icare et Prométhée, Ousmane Sonko est aujourd’hui l’objet d’attaques impensables naguère, au plus fort de sa puissance. La chute du haut de l’Olympe du piédestal primatorial semble ouvrir la voie à la rigueur de la roche tarpéienne, avec le supplice de Prométhée. Celui qui se voulait lanceur d’alertes en est une en lui-même aujourd’hui : il faut sauver le soldat Sénégal, lui avec. La solution paraît plus politique que juridique.

Ousmane Sonko a été le premier à y mettre le curseur, rendant superfétatoire la convocation de Me Moussa Diop en mars dernier qui parlait d’un environnement Lgbt ; depuis mars 2024, le phénomène vicie l’atmosphère politique, sociale et, religieuse du Sénégal. Sans une réflexion approfondie sur un phénomène de régulation sociale il y a près d’une cinquantaine d’années.
Avec cette capacité d’anticiper les crises devant lesquelles il se présente toujours en victime expiatoire, Ousmane Sonko désormais objet de quolibets avance des enregistrements créés de toute pièce uniquement pour nuire. Brodant autour, il se lance dans une course effrénée pour se couvrir : alerter et menacer, comme à l’accoutumée.

L’annonce de poursuites dans un dossier s’étoffant chaque jour un peu plus après la Tabaski a accentué les tensions politiques au Sénégal. La destitution du Premier ministre Ousmane Sonko le 22 mai a fini de susciter des inquiétudes chez ceux qui vivent de complotisme virant à la paranoïa. Sonko nous met sur la piste d’un report des élections locales et celle d’un ordre qui bouleverserait la face du Sénégal si le président de la République ordonnait une activité contraire à certaines convictions intimes, sans obligatoirement être en contradiction avec la loi fondamentale. Au demeurant, les reniements et les renversements d’alliances renforcent ce sentiment diffus d’une société veule, qui a vécu jusqu’ici dans la tromperie sous couvert d’une moralisme sans base. La réalité du pouvoir est passée par là, faisant chuter des géants aux pieds d’argile.
Depuis, comme toujours depuis 2021, Ousmane Sonko multiplie les signaux d’appel pour aider à trouver une solution au problème qu’il constitue : après l’impossible immixtion de ses conseils avec un prétendu élément nouveau dans le dossier Mbaye Niang, il accentué son isolement avec cet hypothétique dôme de fer qu’est l’Assemblée ; de là, il se lance moins à une dyarchie qu’à l’expression d’une souffrance et d’un appel au secours : à date, toutes les activités prévues par le bureau de l’Assemblée nationale sont déjà régulées ailleurs.

Le Sénégal est aujourd’hui divisé entre la reddition et le pardon. Des bulles remontent à la surface après deux années du nouveau pouvoir ; dame Justice aidera à les crever sans pour autant emporter la conviction d’une majorité de jeunes : depuis dix ans, le Sénégal reste admiratif devant un phénomène mi-ange mi-démon. Les populations reviennent de loin et préfèrent l’illusion d’une solution probable à une promesse sans lendemain.
Avec l’accélération de la crise depuis le 22 mai, nous sommes au fond du gouffre. La justice ne réglera jamais les profondes divergences qui traversent la société sénégalaise. Même pas une opération de vérité-réconciliation, chacun ayant sans part de vérité et refusant toute réconciliation avec l’autre.
La solution, entre autres, ne réside pas non plus à la réalité d’un discours à tenir moins aux formations qu’aux militants de Pastef.
Le président de la République a fait preuve d’autorité le 22 mai dernier. Il est aujourd’hui meurtri par la tournure dramatique des choses, plus pour l’autre que pour lui-même. Il a la solution à proposer, au nom de leur amitié et de la stabilité du pays : Sonko et sa mère dorment chez Diomaye, ce qui laisse ouverte une affection réelle entre les deux, quoi qu’on en puisse penser…et les suspicions d’irréductibles compagnons qui pensent à un “combine bëré” entre deux scorpions associés. Travailler à une solution politique évitera l’accumulation de nuages sur la tête des Sénégalais. Il faut accepter l’appel au secours de Sonko depuis 2021.

Pathé MBODJE