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Portrait : Nini La Sage à l’épreuve du feu

Portrait : Nini La Sage 

L’épreuve du feu

Une femme enceinte de six mois a subi des brûlures au second degré. Elle a survécu grâce à Nini Thierno Seydou Dia. L’enfant est né sain et sauf. C’était l’épreuve du feu.

De notre correspondant Habib KA,

Chef du bureau régional de Matam

Thilogne-A son actif, son principal trésor de la guerre du feu, cette généreuse chaîne de solidarité qu’elle a su créer autour d’Oumou Sow, une mère de Taabé Dow, un hameau à 3 kilomètres de Thilogne, brûlée gravement alors qu’elle était enceinte de 6 mois. Des partenaires, dont Thilogne Association Développement (TAD), ont vite répondu à son appel.
Aujourd’hui, la femme est complètement prise en charge. Elle continue son traitement. Le bébé se porte bien et bénéficie d’un régime adéquat puisque la maman ne peut pas l’allaiter.

Teint clair, habillée avec finesse, soin et goût. Vous la croisez dans un couloir du Centre sanitaire où elle vous reçoit dans son bureau, elle vous fascine par son regard. Ses yeux éclatants suffisent pour un premier diagnostic de votre état et de vos soucis aussi. Car Nini Thierno Saydou Dia, forte d’une solide expérience depuis sa première affectation à Agnam Civol, maîtrise son milieu, sa psychologie, ses codes et ses traditions.
Affectueusement surnommée “Nini la Mulâtresse” par ses camarades de classe et ses amies d’enfance, en référence à l’héroïne du roman de l’écrivain Abdoulaye Sadji : “Nini Mulâtresse du Sénégal”.

Elle a fait son cycle primaire et moyen à Thilogne, son secondaire à Matam.
Après le baccalauréat, orientée à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH), elle réussit en 2008 le concours d’entrée à l’École nationale de Développement sanitaire (ENDS) puis est orientée au Centre régional de Formation de Saint-Louis, elle décroche 3 ans après
son diplôme de Sage-femme d’État.
Elle fera un stage de 9 mois à Matam puis signera un contrat avec l’ONG
Action Contre la Faim, comme superviseur technique du département de Kanel.
12 Octobre 2012, elle est affectée au poste de santé de Agnam Civol où elle servira 10 ans avant de rejoindre sa ville natale.
Depuis, elle exerce au District sanitaire de Thilogne où elle renouvelle au quotidien, comme un rituel, son engagement sacerdotal avec ses collègues sages-femmes, partagées entre consultations prénatales et postnatales. Un travail endurant qui demande résilience, sacrifice et une disponibilité à toute heure de la journée ou de la nuit.
Pour cela, elle ne se fixe aucune limite dans son travail et ́ne se plaint jamais des lourdeurs que ces efforts entraînent sur son corps et qui fragilisent son état de santé. Elle s’oublie pour les autres. Un cœur de samaritain dit-on. Pour elle, ” Le métier de sage-femme est avant tout une vocation, c’est un sacerdoce”. Et si l’occasion se présente, donner à la patiente “tout ce dont elle a droit et besoin”. Surtout dans ces coins reculés du pays où le pouvoir d’achat des populations est généralement très faible et où se soigner convenablement est un luxe.
Descendante des premiers habitants de Thilogne, la “Jaagaaraf debbo” comme elle se surnomme elle-même, au delà du métier, s’est ajoutée de nouvelles responsabilités : celles d’une vraie “badiéne” de la communauté des femmes âgées, des mères de famille et des jeunes filles.
Elle a une écoute attentionnée, un sens aigu de l’observation, ce qui fait d’elle une conseillère, une éducatrice et une assistante sociale à part entière.
Tout se confond chez cette femme douce, qui maîtrise le Pular qu’elle manie avec dextérité pour décliner un message sensibilisateur sur l’hygiène des femmes et de leurs nourrissons, le respect strict des visites médicales et les recommandations des infirmières.

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