Peace Operations : An Old Wine
Peace operations
An Old Wine In A New Bottle
Le maintien de la paix du XXIe siècle ne peut pas fonctionner avec les instruments du XXe siècle. C’est la conviction de l’ambassadeur émérite Mankeur Ndiaye du haut de son expérience de trois ans en République centrafricaine, dans le cadre de la Minusca : l’environnement dans lequel les forces de maintien de la paix interviennent a profondément changé.
Le terrain le conforte dans l’idée qu’il faut repenser le maintien de la paix autour de quatre priorités.


Xiong’an (Chine) 25 Octobre 2026
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,
Je voudrais aborder ce sujet à partir d’une expérience personnelle.
De 2019 à 2022, j’ai eu l’honneur de servir comme Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République centrafricaine et Chef de la MINUSCA, une opération de maintien de la paix déployée dans un environnement particulièrement complexe.
Cette expérience m’a permis de mesurer, au quotidien, ce que les opérations de paix peuvent accomplir, mais également leurs contraintes, leurs limites et la nécessité permanente de les adapter à l’évolution des conflits.
J’en ai notamment tiré une conviction : le maintien de la paix du XXIe siècle ne peut pas fonctionner avec les instruments du XXe siècle.
Les opérations de maintien de la paix ont rendu des services considérables à la communauté internationale. Elles ont contribué à stabiliser des pays, protéger des populations civiles, accompagner des transitions politiques et soutenir la mise en œuvre d’accords de paix. Mais l’environnement dans lequel elles interviennent a profondément changé.
Les conflits sont plus fragmentés.
Les groupes armés se multiplient.
Le terrorisme, la criminalité transnationale, les trafics, la désinformation et les nouvelles technologies modifient la nature des menaces.
Les drones et les moyens numériques transforment également les champs de bataille.
Et surtout, dans certaines situations, il n’existe plus véritablement de paix à maintenir.
Mon expérience en République centrafricaine m’a conforté dans l’idée que nous devons repenser le maintien de la paix autour de quatre priorités.
Premièrement : remettre la politique au centre.
Lorsque je dirigeais la MINUSCA, une réalité s’imposait constamment : la force peut créer un espace politique, mais elle ne peut pas se substituer à la politique.
Une opération de paix peut protéger les populations, sécuriser des zones sensibles et contribuer à créer les conditions du dialogue mais aucune présence militaire internationale ne peut, à elle seule, régler les causes profondes d’un conflit.
C’est pourquoi chaque opération doit être adossée à une stratégie politique claire, à une diplomatie active, à la médiation et aux bons offices.
Le maintien de la paix doit toujours rester au service d’une solution politique.
Deuxièmement : mieux articuler les mandats et les moyens.
J’ai également constaté combien il peut être difficile de répondre simultanément à des attentes considérables lorsque les ressources disponibles ne sont pas toujours à la hauteur des responsabilités confiées à une mission. Nous devons donc rechercher une meilleure adéquation entre le mandat, les moyens et les réalités du terrain. Un mandat doit être ambitieux, mais il doit également être réaliste, hiérarchisé et exécutable. Et lorsqu’une situation évolue, le mandat doit pouvoir évoluer avec elle.
Troisièmement : moderniser les capacités des opérations de paix.
Les missions doivent disposer d’une meilleure connaissance de leur environnement opérationnel.
Cela suppose des capacités renforcées de renseignement et d’alerte précoce, des communications sécurisées, des moyens logistiques adaptés ainsi qu’une utilisation responsable des nouvelles technologies, notamment les drones et, demain davantage encore, l’intelligence artificielle.
Mais cette modernisation doit poursuivre un objectif fondamental : mieux protéger les populations civiles et mieux protéger les personnels que nous envoyons sur le terrain.
Quatrièmement : approfondir le partenariat entre les Nations Unies et l’Union africaine.
Mon expérience en Afrique centrale m’a également convaincu qu’il ne peut y avoir de réponse internationale
durable aux crises africaines sans une implication forte des acteurs africains. L’Afrique ne doit pas seulement être considérée comme un théâtre d’opérations. Elle doit être pleinement associée à la conception des solutions.
Nous devons donc renforcer la complémentarité entre les Nations Unies, l’Union africaine et les organisations sous-régionales : dans la prévention, la médiation, la planification, les opérations de soutien à la paix et la consolidation de la paix.
Cela suppose également de disposer de mécanismes de financement suffisamment prévisibles et durables pour les opérations africaines autorisées dans le cadre approprié par le Conseil de sécurité.
Mesdames et Messieurs,
Il est une autre leçon que je retiens de mon expérience à la tête de la MINUSCA : une opération de paix ne peut réussir durablement contre le pays dans lequel elle est déployée, ni sans la confiance de sa population. Le consentement du pays hôte est indispensable, mais il ne suffit pas. Il faut également gagner la confiance des populations. Et cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la présence sur le terrain, par le dialogue, par le respect des populations et, surtout, par les résultats.
Nous devons aussi accepter une évidence : le maintien de la paix n’est qu’un instrument parmi d’autres. La prévention doit rester notre première ligne de défense.
La médiation doit intervenir avant que les positions ne deviennent irréconciliables. Les bons offices doivent être mobilisés avant que la violence ne rende le dialogue presque impossible. Car le meilleur succès des Nations Unies n’est pas toujours la mission de paix qu’elles déploient. C’est parfois la mission qu’elles n’ont pas eu besoin de déployer parce que la diplomatie a fonctionné à temps.
Mesdames et Messieurs,
Après trois années passées à la tête d’une opération de maintien de la paix, je reste convaincu de l’utilité fondamentale de cet instrument. Mais je suis tout aussi convaincu que le défendre aujourd’hui, c’est accepter de le transformer.
Des mandats plus réalistes.
Une primauté renouvelée de la politique.
Des capacités adaptées aux nouvelles menaces.
Une meilleure protection des populations et des personnels.
Un partenariat plus fort avec les organisations régionales.
Et des stratégies de transition pensées suffisamment tôt.
La question n’est donc plus simplement : Comment maintenir la paix ?
Elle est désormais : Comment adapter nos instruments de paix à la transformation des conflits ?
C’est à cette condition que les opérations de paix pourront demeurer l’un des instruments essentiels de la sécurité collective et que les Nations Unies pourront continuer à remplir la mission première que leur confère la Charte : préserver les générations futures du fléau de la guerre.
Je vous remercie.
M. Mankeur NDIAYE,
Xiong’an (Chine), 25 Octobre 2026
