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Passé-présent: Paul Panda Farnana, le Congolais qui bouleversa Senghor

Après sa mort en 1930, les Belges interdirent à tout autre colonisé de venir étudier en Belgique… Un acte fort qui témoigne de l’intensité historique de ce pionnier, mais qui l’enterra en même temps dans un profond oubli : il se battait pour la dignité de l’homme noir.

Bien avant la rencontre des intellectuels de 1956 en France, un militant panafricain actif s’attela à l’organisation du deuxième congrès panafricain à Bruxelles, en collaboration avec Otlet, DuBois et Blaise Diagne. Il s’agit de Paul Panda Fernana, premier militant congolais des droits de la personne noire. A sa rencontre, Senghor bouleversé a parodié Shakespeare : « Qui suis-je ? ».

Paul Panda Farnana (de son nom complet Paul Panda Farnana M’fumu, né en 1888 à Nzemba, près de Banana, mort dans cette même localité le 12 mai 1930) est un agronome et un nationaliste congolais.

Le nom de Paul Panda Farnana a marqué l’histoire de la République démocratique du Congo à plusieurs titres : il fut le premier congolais à avoir fait des études supérieures en Belgique. Il a été surtout le premier nationaliste congolais dénonçant avec virulence les méthodes coloniales mises en place par les belges. Il réclamait par exemple, la généralisation de l’enseignement laïc ainsi que l’accès des Congolais aux universités de la Métropole. Il plaidait également pour la participation de ses compatriotes au sein des instances décisionnelles de la colonie ainsi que pour l’africanisation des cadres.

Il fut, par ailleurs, militant actif du panafricanisme et collabora avec Paul Otlet (un des pères de l’internet), Henri La Fontaine (collaborateur de Otlet et prix Nobel de la Paix en 1913), W.E.B. DuBois et Blaise Diagne à l’organisation du deuxième Congrès panafricain, au Palais Mondial, à Bruxelles en septembre 1921. Il s’imprégna des idéaux internationalistes et pacifistes qui étaient ceux de Paul Otlet et Henri La Fontaine.

Il se voulait le porte-parole du Congo belge à Bruxelles et multipliait les articles dans la presse de son temps. Il fonda en 1919 l’Union congolaise (Société de secours mutuel et de développement moral de la race congolaise), la plus ancienne association sans but lucratif initiée par des Congolais sur le sol belge. Un des buts de cette organisation dont il fut tour à tour le Secrétaire général et le président d’Honneur était de défendre les droits des vétérans congolais de la première Guerre mondiale dont il était. Cette association exigea à plusieurs reprises l’érection d’un monument au « soldat inconnu congolais » afin de marquer la dette de la Belgique à l’égard des soldats congolais qui s’étaient battus sous son drapeau en Afrique (entre autres à Tabora, au Cameroun) et en métropole. Un monument en hommage aux combattants congolais de la Force publique sera finalement édifié à Schaerbeek, square François Riga, et inauguré en 1970, soit 40 ans après la mort de Panda.

Françoise Levie lui a consacré un documentaire, « Panda Farnana, un Congolais qui dérange », où elle parle d’un pionnier congolais oublié par l’Histoire.

« Quelque temps après son arrivée dans la métropole française, Léopold Sédar Senghor, bouleversé dans son identité, se demandait tout à coup : qui suis-je ?

Pour le jeune Panda Farnana, né en 1888 dans un Congo colonisé, le déchirement identitaire fut encore plus brutal et engloutit toute sa personne en condamnant sa postérité à se demander : mais qui est donc ce Panda Farnana ?

Ce film documentaire releva le défi de faire sortir de l’oubli ce personnage littéralement extraordinaire : premier Congolais Belge diplômé d’agronomie, retourné au pays avec l’espoir de mener une carrière digne de son savoir, frappé de plein fouet par le racisme colonial et convaincu forcené que seule l’éducation pouvait mener à la libération. Peu importe que ce fut une éducation coloniale. Pour Panda Farnana, les colons n’allaient tout simplement pas au bout de leurs promesses civilisatrices ; lui croyait encore dans les vertus de la mission civilisatrice si seulement elle était véritablement dispensée à tous.

Mais Panda fut rattrapé par les ambiguïtés de son propre parcours, d’une éducation qu’il avait acquise au prix d’un exil, qui le rapprocha d’une bourgeoisie métropolitaine éduquée et le coupa de ses pairs prisonniers de la dure réalité coloniale ; qui lui donnait le droit d’appartenir à une élite coloniale qui ne voulait pas d’un Noir éduqué.

Panda Farnana fut un individu hors-norme, et presque hors-monde. Il fit la guerre de 14-18, se rapprocha des tirailleurs sénégalais, participa au premier congrès mondial panafricain à Paris… Il se voulait le défenseur d’une éducation pour les Noirs et fonda pour se faire une Union Congolaise qui survécut difficilement.

Agronome, il retourne au Congo en tant que premier fonctionnaire belge à la peau noire.

Les colons belges ne virent en lui qu’un indigène bâtardisé semant trouble et danger. Ses compatriotes ne comprirent pas son discours d’avant-garde : il restait au mieux un intendant lettré, au pire un étranger.

Pris dans cet étau, Panda défendit son existence et ses opinions à la pointe de sa plume, laissant derrière lui une immense correspondance pleine d’ironie, d’amertume, de tendresse et d’espoir.

Mais Panda dérangeait. Après sa mort en 1930, les Belges interdirent à tout autre colonisé de venir étudier en Belgique… Un acte fort qui témoigne de l’intensité historique de ce pionnier, mais qui l’enterra en même temps dans un profond oubli.

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Sources :

Wikipédia

https://www.africavivre.com

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