Parrainage-Concept mortel …à saluer quand même Le tamisage a du bon
Parrainage
Concept à saluer….
Tamiser, c’est bien
De notre correspondant en France
À l’aube de chaque élection, l’arène politique sénégalaise est traversée par un vent du désert avec de multiples rebondissements : transhumances, coalitions hasardeuses, manifestations répétitives de l’opposition, … La gestion gabegique du régime mackyste a accéléré l’inflation des partis politiques ces dernières années.
Afin d’organiser au mieux une élection, il s’avère nécessaire de limiter le nombre de candidats lors d’une phase préliminaire de tamisage appelée parrainage. On sait pertinemment que beaucoup de candidats n’iront pas jusqu’au bout. Ceux-là constituent donc un bruit blanc et le parrainage en est une filtration dans le sens où un candidat incapable de franchir le seuil de parrains ne peut être élu. Concept à saluer !
Au Sénégal, le système de parrainage a été instauré par l’Etat lors de la présidentielle de février 2019. La Cour de justice de la CEDEAO considère que c’est une violation du droit libre de participation aux élections. Pour cette raison, la Cour en avait ordonné la suppression dans un délai de 6 mois.
La CEDEAO a une vision erronée du filtrage pré-électoral dont le concept ne pose aucun problème : la réflexion doit être orientée sur sa faisabilité et la maîtrise du processus ; malheureusement, c’est un véritable fiasco au Sénégal, une honte pour la démocratie et une fierté pour la démONcratie.
En effet, le parrainage sénégalais est une stratégie du régime pour éliminer les potentiels candidats bien ciblés. Cela mène non pas à une élection mais plutôt une sélection. Pour un processus transparent et juste, tous les acteurs politiques devraient se réunir pour discuter des modalités sous-jacentes (collecte de parrains, dépôt de listes, traitement et validation) et des ressources (normage des fiches de parrainage, logiciel avec démo). Le régime joue sur ces paramètres pour piéger ses opposants qui finissent toujours par trébucher. C’est le comble du ridicule. La posture « régime-opposition » en période électorale est semblable au jeu du lancer d’un dé : le pouvoir truque le dé, l’opposition joue quand même et espère une équiprobabilité. Une opposition très naïve !
Le parrainage, l’arithmétique à l’agonie
Ce système controversé impose aux candidats de recueillir au moins 34.580 parrains, soit 0,5% du fichier électoral, et au plus 55.327 parrains, soit 0,8% des inscrits. La parité homme-femme imposée dans les listes implique celle du nombre total de parrains : un candidat ou coalition ne peut déposer un nombre impair de parrains sous peine de rejet. La coalition BBY a bien compris cela en ajoutant un parrain au maximum de 55. 327.
Citons Aminata Touré : « …La loi très clairement dit que le maximum c’est 55.327. Nous en avons ajouté 1 au cas où, au cas où, au cas où… ». Pourquoi ajouter 1 et non pas 2 ou 100 ou 1.000 ? Tout simplement pour avoir un nombre pair de parrains et pouvoir constituer des listes paritaires ; d’où le « au cas où ». Une histoire sui pénalise BBY : il fallait juste déposer 55.326 parrains au lieu de 55.328, dépassant le maximum autorisé et entraînant ainsi une invalidation des listes de BBY. De plus, en 2019, le dépôt des listes avait suscité des bousculades et altercations devant le siège du Conseil constitutionnel ; ce n’était pas une surprise car l’ordre de dépôt est fortement corrélé à l’exposition aux doublons externes. Pour les législatives 2022, la DGE a procédé à un tirage au sort de l’ordre de passage de dépôt des listes de candidatures. Cette démarche de la DGE évite les tensions certes mais on pouvait faire mieux; l’ordre de dépôt ne doit pas être pénalisant pour les candidats. Pour ce faire, un traitement rotatif des fiches est plus juste et uniformise les doublons. Ce point a déjà été expliqué au CC en 2019 quand ils ont voulu procéder en FIFO (premier arrivé, premier servi) qui est discriminatoire. À rappeler que les lois n’ont pas eu le consentement de chaque citoyen. Il faut donc être juste.
Lors de la conférence de presse de Bougane Guèye Dani suite au rejet de ses listes, nous avons appris que la « taille » du parrain est utilisée comme discriminant. Cela révèle un manque de sérieux dans le choix des variables significatives pour un traitement informatique des fiches : une discussion entre le pouvoir et l’opposition aurait fixé les idées là-dessus.
L’opposition a-t-elle assisté une fois à une séance de démo du logiciel ? Il faut s’étonner qu’elle réponde par l’affirmatif.
En effet, le Conseil constitutionnel se charge de traiter les fiches de parrainage. Au vu d’une évolution des modalités du parrainage, le logiciel est-il mis à jour ? Par exemple, lors des élections locales de janvier 2022, l’arrêté stipula un effectif de parrains représentant 2% de l’électorat de chaque ville dont au moins 1% dans chacune des 50% des communes composant la ville. Même si le parrainage a été supprimé pour les locales, est-ce que les acteurs politiques étaient convaincus que cette condition imposée a bien été implémentée dans le logiciel ? La condition « 2% de l’électorat de chaque ville dont au moins 1% dans chacune des 50% des communes composant la ville » est très simple à lire textuellement mais beaucoup plus complexe à intégrer dans un logiciel. En outre, les fiches de parrainage comportent des champs inscrivant l’identité du parrain. L’orthographe va jouer un rôle capital sur le rejet ou non du parrain. Les acteurs politiques doivent dès lors disposer de l’information sur le formatage de ces champs en rapport avec la sensibilité du logiciel à la casse : par exemple, le logiciel considère-t-il « SENEGAL – Sénégal – senegal – sénégal» comme un seul même mot ou 4 expressions différentes ?
Le questionnement sur les fonctionnalités du logiciel est loin d’être exhaustif. Tout ceci pour dire qu’il est impératif d’avoir une démo du logiciel afin d’avoir plus de visibilité sur le processus de traitement des fiches. Il ne s’agit pas pour l’opposition de rouscailler mais un travail rigoureux doit être fait en amont. Si vous n’avez pas de réponse aux questions ci-haut, alors pourquoi vous étonnerez-vous du rejet de vos listes car vous vous êtes engagés d’emblée dans un processus opaque ?
Il est grand temps qu’on s’interroge sur la représentativité de l’Assemblée nationale. Un député est élu pour représenter la Nation et participe à l’exercice de la souveraineté nationale. Il vote des lois et contrôle l’action du gouvernement. Chaque député agit et parle au nom de l’intérêt général et non pas au nom d’un parti politique ou d’un groupe d’intérêt. Malheureusement, ce rôle de député est biaisé par la partisannerie existante à l’Assemblée nationale sénégalaise où les députés du régime sont généralement qualifiés de « majorité mécanique ».
Pour pallier cette influence des partis politiques qui corrompt les attentes du peuple, nous ferions mieux d’organiser des élections législatives avec un découpage départemental. Après une classification des 45 départements du Sénégal selon le nombre d’habitants, on affecte à chaque catégorie un nombre défini de députés. Lors des législatives, chaque département choisira donc son ou ses représentants à l’Assemblée nationale. Cette uniformisation départementale du parlement serait plus représentative pour le peuple et limiterait le nombre de députés à au plus 100 :

Séga Fall MBODJI,
Paris
