Panorama : Une départementale nationale
Sénégal-Panorama politique
Crises & trucages
Crises et combines ont accompagné la vie politique de ces 75 dernières années au Sénégal.
Dossier réalisé par
Cheikh Tidiane DIACK
XIII-Une Nationale Départementale
Les élections législatives se préparent. Les ténors de l’opposition se concertent pour faire une liste unique, ils sont confiants du fait de leur présence permanente sur le terrain politique qu’ils occupent à travers les manifestations drainant dimmenses foules avec une jeunesse déterminée au changement. L’objectif est d’être majoritaire à l’Assemblée nationale. Ils parviennent à se retrouver sur une large coalition composée de Takhawou Senegal, de PASTEF, du PDS et des petites formations politiques, dénommée Taku walu.
Dethié Fall et Saliou Sarr furent désignés comme mandataires ; ils réussirent difficilement à établir une liste avec le compromis et la compréhension de certains leaders qui ont accepté de sacrifier leurs intérêts partisans au profit de la coalition. Malheureusement la liste nationale fut rejetée, les ténors sont écartés de la compétition excepté ceux qui étaient investis sur les listes départementales. Seuls les suppléants vont compétir. Benno perd la liste majoritaire titulaire à Dakar. Des frustrés comme Bougane Guèye Dani quittent la coalition mais certains sont recalés par le parrainage. Aminata Touré est tête de liste de la coalition Benno et dirige la campagne, une campagne difficile au regard des rapports de force équilibrés. Le discours de l’opposition tournait autour de la recherche de la majorité pour mieux controler les politiques publiques.
Une première dans l’histoire politique du Sénégal : le pouvoir n’est pas parvenu à avoir la majorité. Ill a fallu que le président reçoive Pape Diop de Bokk Guiss pour le convaincre de rejoindre le groupe de Benno pour lui permettre d’avoir la majorité. Cette situation inédite rend la cohabitation difficile.
Le jour historique de l’installation du bureau est marquée par des contestations sur la répartition des postes : jusqu à 13 h, il n’y avait pas d’entente. La déception vient du choix de Amadou Mame Diop à la place de Aminata Touré qui avait dirigé la liste. Cette dernière boude la salle en laissant une procuration à Farba Senghor. Ainsi le bureau est installé avec beaucoup de difficultés liées aux nombreuses contestations. Ainsi démarre la quinzaime legislatufe avec 2 groupes parlementaires, le Benno et le Taku Walu.
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Aminata Touré sort de la coalition Benno Bok Yakar et fait face à Macky Sall, se prétextant de son opposition contre le 3ème mandat : elle en fait une arme pour radicaliser sa position, n’ayant pas d’argument, parce que étant comptable du bilan de Macky Sall pour avoir cheminé pendant 10 ans avec lui avec des positions de privilège ministre de la Justice, Premier ministre, envoyée spéciale du président, présidente du Conseil économique social et environnemental, 2 fois directrice de campagne). Elle rallie l’opposition à côté de celui qu’elle a traité de tous les noms d’oiseau, M. Ousmane Sonko qui l’accueille en la dédouanant d’une accusation de détournement au Conseil économique suite à un rapport de l’IGE. En politique les alliances de circonstances sont permises quand on a le même adversaire et les mêmes intérêts.
L’acharnement sur Ousmane Sonko lui a permis d’avoir le soutien de la jeunesse qui multiplie les manifestations et les actes de saccages des bienspublics. La période 2022-2024 a été marquée par des troubles jamais connus dans l’histoire. Il est vrai que nous avions assisté à des manifestations mais moins violentes. La violence physique et verbale a atteint une dimension franchissant les frontières de la morale et l’éthique. Les institutions sont attaquées, allant jusqu’à vouloir déloger le président du palais. La magistrature, un corps d’élite, les guides religieux malmenés verbalement dans les réseaux sociaux. Personne n’osait lever le ton. Ainsi une véritable crise d’autorité morale s’installe dans le pays.

Le leader du PASTEF et ses lieutenants arrêtés emprisonnés au Cap Manuel et à Rebeus, certains mis sous bracelet électronique ou contrôle judiciaire. Le pays était sous haute tension, les casses se poursuivirent, atteignant l’Université Cheikh Anta Diop, l’utilisation de cocktails Molotov occasionnant la mort de 2 personne dans un véhicule de transport public, les maisons des dignitaires de l’ancien régime dont le ministre Matar Bâ et Maître Elhadj Diouf ne sont mas épargnés. La campagne contre le 3ème mandat se poursuit de l’autre côté des spécialistes comme Ismaïla Madior Fall tente de le justifier à travers la non-réactivité de la loi réduisant le mandat.
Au mois de Juillet 2023, le président Macky Sall, face à la Nation, libère le peuple à travers un discours historique où il decline sa candidature malgré que la Constitution lui ouvre la voie. Ainsi il rentre dans l’histoire. Pour la première fois au Sénégal, un président sortant ne se présente pas. Quelle grandeur !
Macky Sall renonce au 3ème mandat et décide de choisir un candidat pour la grande coalition Benno Bokk Yakar. Il entame une concertation avec ses alliés avec qui il décide de cheminer jusqu’en 2035, année à laquelle le plan
Sénégal Émergent devrait arriver à terme. Il consulte les candidats déclarés un par un et finit par designer son Premier ministre Amadou Bâ. Il y eut quelques contestations des apéristes authentiques mais très vite maîtrisée. Amadou Bâ quitte la station primatoriale remplacé par Sidiki Kaba suite à un réaménagement du gouvernement où l’on voit le retour de Mankeur Ndiaye aux Affaires étrangères. Le département stratégique qui devrait organiser les élections, le ministère de l’intérieur confié à Makhtar Cissé.
Les troubles et manifestations de l’opposition réclamant la libération des détenus politiques continuèrent, obligeant le président à introduire un projet de loi pour amnistier tous les faits et actes ayant un caractère politique. Il décide de renvoyer les élections pour permettre aux principaux candidats de l’opposition privés de leurs droits civiques de participer dont Karim Wade et Ousmane Sonko. Le Conseil constitutionnel rejette le décret de report et propose la date du 24 mars 2024 pour la tenue de l’élection présidentielle, réduisant la durée de la campagne électorale.
Le camp de Ousmane Sonko aligne 3 candidats : Habib Sy, Cheikh Tidiane Dièye et Bassirou Diomaye Diakhar Faye, candidat légitime de Pastef Selon des sources non officielles, une rencontre a eu lieu entre le président Macky Sall et Ousmane Sonko et son staff ; ce qui ressort de cette rencontre reste à leur discrétion. Un différend survint entre le président Macky Sall et son candidat, entrainant une abstention du président à apporter son soutien à Amadou Bâ, une bonne partie des responsables de l’APR dont Mame Mbaye Niang n’a pas battu campagne.
La campagne démarre, le candidat Bassirou Diomaye Faye est toujours en prison ainsi que son mentor. C’est en milieu de campagne qu’ils ont rejoint leur état-major. Les démonstrations de force se manifestent à travers les nombreuses foules. A regarder les caravanes de la coalition Diomaye Président, il n’y avait plus de doute qu’il allait passer au premier tour. Ce qui fut le cas avec 54 pour cent. Malgré la tension, les élections ont été bien organisées. Aucune contestation, les perdants félicitent le vainqueur. Chapeau au ministre de l’Intérieur qui a encadré le processus, assurant une bonne organisation du scrutin. Ainsi s’ouvre une nouvelle ère, les néo-souverainistes arrivent au pouvoir après tant de sacrifices et de privations.
A suivre
