Panorama politique : Wade, enfin !
Crises & trucages
Crises et combines ont accompagné la vie politique de ces 75 dernières années au Sénégal.
Dossier réalisé par
Cheikh Tidiane DIACK
V-Wade, la passe de 3
Wade devient le 3ème président de la République, le premier qui y accède par la voie démocratique à travers l’expression du peuple souverain. Il prête serment au stade de l’Amitié devant le peuple et les hôtes, des présidents des pays amis avec qui le Sénégal partage les organisations régionales et sous-régionales, devant le Conseil constitutionnel. Une cérémonie grandiose, à l’image de l’homme dont le parcours élogieux est en train d’être consacré. Ainsi, le rêve qui meurt à travers les ans, comme disait Mariama Bâ, devient réalité.
Un grand discours après l’hymne national et l’hymne de l’Afrique où le panafricanisme, une vieille revendication de l’homme, occupe une place de choix. Il insiste sur le travail qui doit être le credo de tout homme imbu de dignité et de liberté. Son grand slogan : “Il faut travailler, beaucoup travailler, toujours travailler” alimente les débats et devient une chanson au quotidien. La passation de service avec son prédécesseur se fait dans un climat empreint de cordialité : les valeurs et vertus sénégalaises que sont le pardon, la tolérance sont invitées dans ce moment de transition du pouvoir. Ainsi, il envoie son prédécesseur le représenter dans un sommet international. Quelle grandeur ! Deux hommes, une histoire pleine d’enseignements, l’adversité politique n’est pas une animosité. Des leçons pour la génération actuelle : il se rend à son Kébémer natal et passe saluer la mère de son prédécesseur à Louga tout en sollicitant ses prières. Adja Coumba Dème l’accueille comme son fils tout en lui souhaitant réussite dans sa nouvelle mission. En bon disciple mouride, il est passé par Touba se recueillir sur la tombe de ses marabouts (wassila) dont Serigne Abdou Khadre, père de l’actuel porte-parole Serigne Bass Abdou Khadre.
De retour à Dakar, il nomme Moustapha Niasse Premier ministre, lui qui connaît les rouages de l’administration pour l’avoir été sous le régime socialiste. Il forme son premier gouvernement composé des ténors de l’opposition dont le PIT, la LD et Aj.
Le plan d’ajustement structurel instauré par Diouf a permis d’assainir les finances publiques, de relever le produit intérieur brut malgré l’austérité pour stabiliser l’économie et maitriser l’inflation. Wade trouve une situation rose et déclare qu’il n’aura plus de problème de finances en s’adressant à son directeur de cabinet, le ministre d’Etat Idrissa Seck qui devient l’homme fort du régime. Un gouvernement hétéroclite composé des liberaux majoritaires, des communistes (PIT et LD) Danskho, Magatte Thiam, Abdoulaye Bathily et Yoro Deh, des maoïstes (AJ) Landing Savane et Mamadou Diop Decroix, des socialistes ( AFP) Madieyna Diouf, Elhadj Malick Gakou et Mata Sy Diallo, des nationalistes (RND) Madior Diouf, des troskystes Abdou Aziz Sow et Doudou Sarr. Des partis d’obédience doctrinale et idéologique différentes dans un gouvernement à orientation libérale (capitaliste).
Le Sénégal devient un pays ouvert, attractif de par sa stabilité politique, les investisseurs se bousculent. Après un diagnostic exhaustif de la situation, un programme axé sur le développement du secteur primaire et des infrastructures a été élaboré. Avant l’exécution de ce programme, une crise intervient dans l’attelage gouvernemental avec des attaques d’un ministre contre le Premier ministre : lors d’un rassemblement politique du PDS, Lamine Bâ, ministre de l’Environnement, attaque ouvertement le premier ministre dans un meeting du PDS;, créant une situation inconfortable dans l’attelage.
Wade emprunte la voie de développement capitaliste en ouvrant le marché financier aux nationaux. Ainsi se développe une bourgeoisie nationale à côté de la bourgeoisie étrangère détentrice des moyens de production. Ils deviennent des propriétaires terriens en s’accaparant des terres cultivables au détriment des paysans réduits à l’état d’ouvriers agricoles, à l’image des moujiks. Le parti au pouvoir devient attractif, des mouvements de soutien se multiplient; beaucoup de dignitaires de l’ancien régime rejoignent le PDS.
Au niveau de l’Administration, la bourgeoisie bureaucratique se développe à travers la création d’entreprises parallèles bénéficiant de marchés d’Etat. Des opportunistes affairistes envahissent le champ politique qui devient une proie, un moyen pour s’enrichir. L’Administration longtemps composée de fonctionnaires formés dans des écoles d’élite est ouverte à des sans emplois n’ayant aucune qualification, avec des recrutements massifs pour satisfaire un clientélisme politique.
Cette alliance de circonstance dont l’objectif était de renverser le régime néocolonial entre dans le cadre du programme minimum des partis communistes (Révolution nationale démocratique pour le PIT, Révolution démocratique nationale pour la LD, Révolution nationale démocratique populaire pour And Jef) ; cette alliance ne pouvait pas durer pour des raisons d’intérêt de classes, de ligne politique. Ainsi, Amath Dansokho attaqua ouvertement le président soucieux de l’élargissement des bases de son parti en se dotant des moyens de l’Etat pour y parvenir (vente de licences de pêche, octroi de marchés ne respectant pas les procédures, des pratiques contraires aux engagements). Amath finit par être évincé du
gouvernement suivi par Moustapha Niasse. Le président nomme une magistrate Premier ministre, une première dans l’histoire du Sénégal, une dame, Mame Madior Boye, soeur du Recteur Abdou kader Boye. “Les partis communistes qui luttent contre l’imperialisme ne pouvaient pas rester dans ce gouvernement : la lutte contre l’impérialisme, si elle n’est pas liée à la lutte contre l’opportunisme, est une phrase creuse et mensongère” (Vladimir Lénine : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme). Wade avait négocié avec Tanor pour ne pas dissoudre le parlement majoritairement socialiste, il lui a fallu du temps pour s’assurer qu’il aura la majorité avec le ralliement des Socialistes et des autres forces vers le camp du pouvoir.
Mame Madior forme son gouvernement qui n’a pas duré, coïncidant avec la préparation des élections législatives. Idrissa Seck dirige la liste de la coalition Sopi et obtient la majorité à l’Assemblée Nationale. Il fut nommé Premier ministre au sortir des élections. Il forme un gouvernement composé des libéraux et de And jef qui est resté avec Landing, ministre d’Etat, et Decroix. Ainsi le jeu politique retrouve un nouveau visage, la Gauche composée des communistes et des Socialistes face aux Libéraux.
A suivre
Demain : Idrissa Seck, la dévolution monarchique
