Panorama politique : Le Pit sauve le Sénégal
Sénégal-Panorama politique
Crises & trucages
Crises et combines ont accompagné la vie politique de ces 75 dernières années au Sénégal.
Dossier réalisé par
Cheikh Tidiane DIACK
IV-Le Pit, la clef
Debout, de gauche à droite : Samba Diouldé Thiam, Makhtar Mbaye, Samba Ndongo Cheikh Diop, Ismaila Diagne, Ousmane Diawara, Bouna Gaye, Magatte Thiam, Amath Dansokho, Abass Kane,ELHadji Diouf, Mary Teuw Niane, Djibril Diop, Malick Fall, Cheikh Tidiane Faye, Mohamed Laye, Sémou Pathé Gujèye.
Assis de gauche à droite : Salif Diop, Khalipha Oumar Niang, Raphael Sarr Mady, Danfakha, Seydou Cissokho, Sadio Camara, Boubou Dieng, Mandiaye Gaye, Pape Mody Sow, Idrissa Sylla. Quelle saga historique !
Face à toutes ces menaces, il fallait une opposition responsable, républicaine, patriotique, mue par le souci de stabiliser le pays, de pacifier l’espace. Le Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT), ce grand parti par l’analyse, la démarche, l’orientation et les stratégies, par résolution du Comitê central, après rencontre avec les leaders de l’opposition et du pouvoir sous léégide du khalife général des Tidianes Elhadj Abdou Aziz Sy, décide d’entrer dans un gouvernement élargi à l’opposition significative dont Abdoulaye Wade, Abdoulaye Bathily.
Le PIT avait l’habitude d’anticiper ; ses décisions ont toujours été considérées comme impopulaires mais finissent toujours par prendre le dessus. Le soutien à Abdoulaye Wade en 83 a été fortement critiqué (comment des communistes peuvent-ils soutenir des libéraux capitalistes, alliance contre-nature ?) par nos camarades de la LD et de AJ qui ont fini par nous rejoindre en 88. Le PDS était la première force politique de l’opposition qui regroupait toutes les couches victimes de la politique néocoloniale ; comment peut on conduire les changements souhaités sans s’allier avec ce parti de masse bien implanté ?
Diouf forme son gouvernement de majorité présidentielle élargie à ces trois forces politiques et Abdoulaye Wade, ministre d’Etat avec 4 portefeuilles confiés à Ousmane Ngom, Idrissa Seck, Massokhna Kane et Aminata Tall, le PIT 2: Amath à l’Urbanisme et à l’Habitat, Magatte Thiam au Plan et à la Coopération internationale (Mankeur Ndiaye fut son directeur de cabinet), la LD 2 ; Abdoulaye Bathily à l’Environnement et Mamadou Ndoye à l’Alphabétisation et à la Promotion des langues nationales. Ainsi le pays devient stable et retrouve son cours normal de fonctionnement. Le président nomme le juge Kéba Mbaye chargé de modifier le code électoral qui était taillé sur mesure. Avec la participation des forces politiques et des forces vives, un code consensuel a été adopté en 1992.
Ce code a permis d’organiser des élections libres et transparentes en 1993. Election remportée par Abdoulaye Wade mais, avec l’histoire qui bégaie, nous avons assisté à une situation inédite dans l’histoire du processus électoral sénégalais. Plus de 15 jours d’attente qui ont abouti à la démission du président du Conseil constitutionnel, le président Kéba Mbaye, après avoir consulté son marabout Elhadj Abdou Aziz Sy. S’en est suivie une catastrophe jamais connue au Sénégal : l’assassinat du vice-président du Conseil constitutionnel, Maître Babacar Sèye (ci-contre). Le pouvoir pointe du doigt Maître Abdoulaye Wade et procède immédiatement à son arrestation, ce qui plongea le pays dans une situation de troubles. Les manifestations reprennent suivies d arrestation des leaders.
Bien qu’on ait un code électoral consensuel, issu de larges concertations, les résultats des élections de 98 ne reflètent pas la réalité des urnes : dû à un double fichier, une bonne partie des électeurs n’avait pas voté, leur nom n’y figurant pas. Il y avait des inscriptions frauduleuses, une personne pouvait voter dans plusieurs centres de vote, surtout dans la campagne où les partis n’étaient pas bien représentés. Après la publication des résultats, il y a eu quelques manifestations sporadiques très vite maîtrisées par les forces de l’ordre. Le président Abdou Diouf nomme Mamadou Lamine Loum Premier ministre qui forma son gouvernement. Maitre Wade décide de quitter la scène politique après 24 années d’opposition, il élit domicile en France et laisse le parti avec Idrissa Seck en rivalité avec Ousmane Ngom qui abandonne en restant dans le gouvernement de Diouf et crée le Parti libéral sénégalais (PLS). Il avait coopté votre serviteur dans son directoire où j’ai assisté à une réunion avant de quitter pour une raison d’incohérence par rapport à ma ligne politique.
Les forces de Gauche se retrouvent dans une large coalition (La CA2000) ; elles tentent de convaincre Wade pour faire de lui leur candidat à l’élection présidentielle de 2000. Une délégation conduite par Dansokho s’est rendue en France pour lui tordre le bras, il finit par accepter. Sous la pression de l’opposition, une concertation a eu lieu pour la refonte du fichier électoral, la nomination d’un ministre de l’Intérieur apolitique, la création d’un organe de contrôle et de supervision des élections et l’accès des représentants de partis à toutes les étapes du processus jusqu”à la proclamation des résultats provisoires par la Cour d’appel. Toutes ces propositions ont été acceptées. Ainsi, le général Lamine Cissé–photo– est nommé ministre de l’Interieur. L’opposition occupe le terrain politique et réunit toutes les conditions de la tenue d’une élection libre et transparente. Diouf est mis au ballotage au premier tour. Les autres candidats rejoignent Wade dont Moustapha Niasse arrivé 3ème et crée le Front pour l’Alternance (FAL) excepté Djibo Leyti Kâ qui, après quelques jours d’hésitation, finit par rejoindre Diouf. Cap vers le second tour.
La campagne électorale entre les 2 tours se tient dans un climat tendu : Abdou Diouf est esseulé ; il est obligé de faire du porte à porte, des rencontres avec les groupes socioprofessionnels, des dignitaires et de s’approcher de la population pour connaître la réalité du vécu quotidien des Sénégalais. Il disait qu’il n’avait jamais su qu’il y’avait des sachets de lait qui se vendaient à 25 frs l’un. De grands responsables lui tournaient le dos, s’abstenaient de battre campagne avec lui. Que de trahisons dans cette période sombre qui annonce la fin d’un régime vieux de plus de 50 ans. Le vent du changement soufflait dans l’ensemble du territoire avec une opposition déterminée à prendre le pouvoir qui, dépourvue de moyens, avait inventé le concept de “marches bleues” pour occuper le terrain avec des caravanes qui drainaient d’immenses foules.
Au regard de la situation, la victoire était acquise. Le jour du scrutin, l’opposition avait mis des garde fous empêchant toute possibilité de fraude. Les premiers résultats donnent une large avance à Maître Wade. Pour parer à toute éventualle confiscation des résultats, le président Abdou Diouf appelle Wade pour le féliciter sur conseil du général Lamine Cissé, ministre de l’Intereur. C’est l’euphorie dans le camp du Sopi, la désolation dans l’autre partie. La première alternance démocratique vient de se réaliser au Sénégal et en Afrique sans effusion de sang, Wade accède au pouvoir sans marcher sur des cadavres.
Quelle belle aventure ! La grandeur de deux grands hommes qui font l’actualité dans le monde, l’un quitte le pouvoir la tête haute, l’autre accède au pouvoir empruntant le chemin de l’honneur, de l’endurance, de la patience, de la persévérance. Quelle classe politique mâture et responsable ! Ainsi le Sénégal, ce petit pays de Seydi Hadj Malik, de Cheikh Ahmadou Bamba, de Limamoulaye, de Cheikh Oumar Foutiyou Tall, de Lat Dior, de Alboury Ndiaye, de Njembet Mbodj, de Aline Sitoe Diatta, entre dans l’histoire apres tant de siècles de domination et de servitude marqués par différentes étapes de l’esclavage à la néocolonisation en passant par la colonisation. Une nouvelle ère s’ouvre, celle de la démocratie où la voie du peuple s’exprime en toute liberté.
(A suivre)
Lundi : Wade devient le 3ème président de la République
