Panorama politique : 1978 et après
Sénégal-Panorama politique
Crises & trucages
Crises et combines ont accompagné la vie politique de ces 75 dernières années au Sénégal.
II-1978 : élections couplées, élections truquées
Les élections couplées (Présidentielle et législatives) de 1978 ont été truquées : le vote n’était pas secret, il n’y avait pas d’isoloir, le code électoral était taillé sur mesure. Senghor réélu avec une écrasante majorité à l’Assemblée nationale. L’opposition fait son entrée avec la présence des députés du PDS.
Deux années après, Senghor modifie la Constitution d’une manière illégale, démissionne et proclame Abdou Diouf président de la République. Il instaure le multipartisme illimité et reconnaît le Parti africain de l’Indépendance–PAI-Sénégal qui change de sigle et devient Parti de l’Indépendance et du Travail–PIT-Sénégal, la Ligue démocratique/Mouvement pour le Travail–LD/ MPT–, AndJëf/Mouvement révolutionnaire pour la Démocratie nouvelle–AJ/ MRDN, le MDP, le RND. La vie politique devient plus mouvementée, les élections de 1983 se préparent activement, le combat tournait autour de la liberté de la presse où il y avait beaucoup de restrictions, de la modification du code électoral , de l’accès de l’opposition aux médias d’Etat. Le front social s échauffe avec les revendications des syndicats malgré le jeu de dupes des responsables de la CNTS qui prônaient la participation responsable ; elle a été infiltrée par les communistes du PIT qui avaient donné un mot d’ordre aux travailleurs militants d’intégrer les cellules d’entreprise pour donner une
orientation révolutionnaire, en faire un syndicat rouge. Position fortement critiquée par la LD. Le jeu des alliances se joue : le PIT soutient la candidature de Wade, la LD celle de Mamadou Dia, à gauche, le RND part sur sa propre bannière avec Cheikh Anta Diop comme candidat. Le Sénégal assiste à une mascarade électorale : jamais dans l’histoire nous avons assisté à des truquages notés tout au long du processus. Votre serviteur représentant du PIT aux HLM route de Dakar à Thiès ; c’est au moment où nous faisions le dépouillement qu’on a entendu Sokhna Dieng, journaliste à la RTS, proclamer le résultats de notre bureau.
L’opposition n’avait pas accès aux instances de vérification des procès-verbaux et de proclamation des résultats. Il y a eu de sérieuses contestations, des responsables de l’opposition ont été arrêtés. Le Parti socialiste affaibli s’appuie sur des mouvements dont : Les amis de Jean Colin de notre tante Aïda Ndiongue, de Abdoniou doye de Iba Der Thiam. L’opposition se renforce à l’hémicycle avec l’entrée des communistes et de Cheikh Anta qui a boycotté.
Au sortir de ces élections, la lutte s’intensifie avec la formation des grandes coalitions en direction des élections de 88 (Alliance Sopi), les marches se multiplient, les grèves des syndicats qui venaient de naître, surtout les syndicats corporatifs (SUTELEC, SUTSAS, etc)
Les élections de 1983 constituent une étape importante dans la vie politique sénégalaise : bien que truquées, elles ont permis à l’opposition significative de se retrouver dans une grande alliance (l’alliance Sopi) composée du PDS, du PIT et de la LD/MPT. Le boycott a anéanti la représentativité de AJ qui a raté une belle occasion de s’implanter. Cheikh Anta, plus virulent avec Senghor, a mis de l’eau dans son vin en réduisant ses attaques contre Diouf ; malgré l’estime que la classe intellectuelle lui portait, il consacre ses activités à ses travaux de recherche et ses conférences (un grand symposium regroupant toutes les sommités intellectuelles fut organisé). Occasion pour Cheikh d’étaler ses connaissances dans l’histoire, particulièrement dans l’Egyptologie, son domaine de prédilection.
La lutte syndicale du mouvement enseignant aboutit à la tenue des états généraux de l’Education et de la formation en 1981. Une grande rencontre qui regroupait toutes les forces vives de la Nation qui a vu la participation des religieux, particulièrement El Hadj Abdou Aziz Sy Dabakh Khalif, général des tidianes, ci-contre. La loi d’orientation de l’Education nationale devait etre revue pour mieux l’adapter aux réalites sociculturelles du pays : l’introduction des langues nationales dans l’enseignement, l’enseignement religieux. Les participants ont passé au peigne fin toutes les questions d’intérêt national, pouvant nous démarquer de l’école de Jules Ferry pour une école nationale s’inspirant des enseignements de nos guides traditionnels.
Au sortir de ces assises, le SUDES connaît une crise liée à des rivalités politiques entre la LD qui le contrôlait et le PIT et une partie des autres forces politiques dont le RND où le secrétaire général Madior Diouf était issu. Cette crise aboutit à l’éclatement du syndicat. Les gens de la ligue démocratique créent l’UDEN. Iba Ndiaye Diadji du PIT devient secrétaire général du SUDES et Ousmane Sow de la LD prend la direction de l’UDEN. La CNTS de Madia Diop est menacée avec la participation des communistes qui animent les cellules d’entreprise des revendications liées à la protection des travailleurs et surtout les luttes politiques à l’intérieur des syndicats qui regroupaient la force de travail (la classe ouvrière, moteur de la croissance). De 83 à 88, les mouvements de contestation politico syndicaux se multiplièrent, réchauffant le climat social. Iba Der Thiam nommé ministre de l’Education nationale après les élections de 83 a apporté beaucoup de reformes dans le secteur qui commençait à connaitre des problèmes de baisse de niveau avec le slogan de scolarisation à cent pour cent qui réduisait le nombre de recalés avec un recrutement massif d’enseignants qui ne passaient pas par les écoles classiques de formation (école normale, centre de formation pédagogique). Évincé du gouvernement, il crée la CDP/Garab gui avec ses collaborateurs Yérim Mbodj, Mame Moussé Diagne, Ibrahima Fall, etc.
Le grand savant nous quitte en 87 suite à un malaise ; le monde intellectuel est endeuillé, une icône du monde du savoir, du monde politique disparait brusquement. Quelle perte ! Une idole s’en va laissant un grand vide après avoir installé son laboratoire Carbone 14. Cheikh s’en va. Le RND éclate et enfante d’autres formations politiques dont le PLP de Babacar Niang qu’il a cédé à Bakhaw Sall après sa retraite politique, et la CDS de Abdou Fall. Les élections de 88 se préparent.
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1988, année électorale, année décisive dans le processus démocratique du Sénégal
