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Ndar ou Saint-Louis-La capitale de l’histoire du Sénégal

Ndar ou Saint-Louis-La capitale de l’histoire du Sénégal

L’architecture de la ville

est une corrélation

avec les anciens occupants

Par Khadidiatou GUÈYE Fall,
Cheffe du Desk Société

Saint-Louis, envoyée spéciale. Située vers le nord du Sénégal, la région de Saint-Louis représente une partie de la zone sahélienne. Localement appelée Ndar Gueth, la région a été sous l’emprise du système colonial. Saint-Louis a été créé en 1659 par les Européens venus s’installer en Afrique occidentale.

C’est une région qui fait partie du patrimoine de l’Unesco. Elle a été le premier comptoir colonial. D’où la particularité d’une architecture rare typique à l’époque coloniale. La pêche y est vivante malgré les tares du système. Toute une histoire est exprimée à la visite de la région.

Les yeux fermés, il est possible de jauger l’entrée de la ville : une fraîcheur exaltante et douce effleure les narines ; l’odeur d’un poisson frais titille l’odorat. C’est bien le climat de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (Aof).
À l’entrée de la région, l’architecture renvoie à la capitale dakaroise. Pikine, Diamaguene et Guinaw Rail sont des noms de localités synonymes de certaines de Dakar. Le quartier Sor sonne un peu nouveau dans l’oreille du visiteur dakarois. Des maisons construites au plan des maisons de Dakar. On se croirait à Dakar.
Arrivé au marché de Sor, le pont Faidherbe est aperçu dans sa plus belle vue. Ce pont regorgeant d’histoires constitue le point de passage pour traverser la partie séparant le Saint-Louis moderne du Saint-Louis colonial. Sur le pont, le constat montre que la ville a une partie vers la Mauritanie : c’est une île.
La structuration des concessions fait de Saint-Louis une ville avec un paysage magnifique. L’étendue d’eau est perçue sur tous les côtés. La ville est bordée de plages grâce à son ouverture sur la mer. En promenade sur une calèche ou à pied, l’attention est captée par la propreté des rues, toutes pavées. La solitude des ruelles facilite la contemplation des maisons coloniales mises en exergue par des couleurs vives comme le marron tabac, le jaune, le beige, le rose. Les balcons sont barricadés par des bois bien sculptés ou par des fers forgés.

Depuis que la capitale a été transférée à Dakar, Saint-Louis est restée intacte avec son architecture. Les maisons construites à l’époque coloniale renvoient à l’installation du comptoir. En effet, cette architecture ne peut pas être modifiée parce que la région de Saint-Louis est classée patrimoine mondial de l’Unesco. Son classement le doit à l’architecture coloniale. La configuration des habitats renvoie à l’architecture des maisons qui sont dans le Sud de la France autrement appelé le Midi de la France. Dans une moindre mesure, c’est un peu ce qui se passe au Portugal : à Lisbonne, il y a une bonne partie des maisons qui sont identiques à cette architecture. Ceci fait que aussi bien Saint-Louis, Gorée et Rufisque détiennent en commun cette architecture française et lusophone. Si l’architecture connaît une modification, la ville risquerait de perdre son charme de ladite architecture. Ce serait un pan de l’histoire de la ville et du Sénégal qui serait enterré. Le maintien architectural de la ville fera une promotion de la ville par le biais de l’Unesco. La conservation est une sorte de gain touristique. La tenue du Festival international de Jazz à Saint-Louis est en outre un gain car la ville reflète toujours l’époque coloniale : une autre ville ne saurait accueillir ce festival en s’accommodant avec les tuiles, les balcons en bois.

Saint-Louis est aussi la ville administrative. Les Français l’avaient choisie pour y habiter et y mener leurs activités administratives, d’où la construction de l’hôpital et de la cathédrale sur le sud ; l’envahissement du nord s’est fait progressivement alors que les Français ont trouvé le besoin d’occuper d’autres terres. Dans une partie de Saint-Louis, on se croirait à Dakar, dans certains quartiers Lébous.
À la traversée du pont Faidherbe, un autre pont cède le passage vers une île. C’est le pont dénommé Moustapha Malick Gaye, encore appelé pont Gueth Ndar.
Le pont Moustapha Malick Gaye permet d’accéder sur une île qui compte parmi ces quartiers Gueth Ndar et Gokhou Mbath.
À Guéth Ndar, le décor est tout autre. C’est le village des pêcheurs. Et tout comme les villages pêcheurs, Guéth Ndar représente le Yoff et le Cambérène de Saint-Louis. C’est le village des autochtones. Contrairement aux habitants du Nord et du Sud, le village des pêcheurs a préféré rester dans le concon familial, tout le bord de l’océan. Malgré le traçage de certaines routes, les Lébous de Gueth Ndar ont opté pour une vie familiale dans la solidarité, avec le caractère populaire d’un quartier lébou.
À bien voir, Guéth Ndar reflète une partie de la société sénégalaise et la manière de vivre en communauté. Dans les rues, l’ambiance surpeuplée est marquée par les animaux et les enfants. Ces derniers s’adonnent à leur jeu favori, même après la prière du crépuscule, sous la surveillance des adultes. Presque tous les habitants sont regroupés dans la rue, femmes ou jeunes autour du thé et de la causerie. La proximité avec la mer fait que la majeure partie de la population exerce la pêche comme activité professionnelle. Les femmes sont spécialisées dans la vente et la transformation des produits halieutiques. On note néanmoins des marques d’une urbanisation.

Vers l’autre côté de Guéth Ndar se situe la localité appelée Gokhou MBath. Cet endroit est considéré comme une extension de Gueth Ndar. En un certain moment, Gueth Ndar souffrait d’un surpeuplement. Les tâches ménagères se faisaient dans la rue à cause du manque d’espace dans les maisons. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’espace commode ludique pour les enfants était la rue. Pour aérer Gueth Ndar, des autochtones ont accepté de se détacher de leur terre d’origine pour s’installer à Gokhou Mbath. Mais malgré le déplacement d’une partie de la population vers Gokhou Mbath, Gueth Ndar demeure toujours peuplé. Sa position donne un pied sur l’océan. À perte de vue, les pirogues se rangent. Ni une route ni un champ ne sépare la mer des maisons des pêcheurs. Même à la belle lune, les vieux pêcheurs sont en contact avec leur source de revenu, la mer. Une grande place fait office d’un lieu de rencontre entre pêcheurs.
De Santhiaba à la frontière mauritanienne, les terres étaient vides, inhabitées ; c’est dès lors que la décongestion devenait une nécessité dans la mesure où le boom démographique avait marqué son effet. À la proposition de rejoindre Gokhou Mbath, d’aucuns ont dit niet, mais les plus raisonnables ont profité de cet avantage pour créer un village lébou moderne. Ils profitaient de cet avantage pour continuer à exercer la pêche sur la mer.
Ndar aurait pu avoir un levier économique autre que le tourisme et la pêche. Mais depuis que le transfert de la capitale a été fait, la ville a perdu son importance.

C’est l’une des régions riches en histoire. Architecturalement, Saint-Louis renvoie à l’installation des Français. De nombreuses maisons ont maintenu la configuration coloniale. Les quartiers de Guéth Ndar et Gokhou Mbath concentrent essentiellement les pêcheurs qui optent pour une structuration typique à la communauté Lébou.