Mansour Mbengue, le Messi de la pâtisserie
Mansour Mbengue
Le prodige sucré qui a refusé d’abandonner
Du four traditionnel de Yoff aux cuisines d’hôtels cinq étoiles, un chef pâtissier forgé dans l’adversité et porté par une ambition dévorante
Chef pâtissier depuis 2021, aujourd’hui à la tête d’une brigade de sept personnes, Mansour Mbengue n’a pas gravi les échelons, il les a escaladés. Entre une enfance passée à rêver de gâteau au bouye, des stages arrachés à la force de la volonté, un départ au Niger sous haute pression et un cambriolage qui n’a même pas réussi à voler ses pains au lait, Mansour a appris à transformer chaque épreuve en recette de succès. Portrait d’un artisan qui cuisine la résilience comme un ingrédient essentiel.
Portrait rédigé par Cherifa Sadany Ibou-Daba SOW,
Cheffe du Desk Culture



Quand Mansour Mbengue parle de pâtisserie, on sent d’emblée l’homme qui a appris à rester debout, même les jours où tout chamboule. À Yoff, d’où il est né, beaucoup connaissent son sourire, son énergie et ses desserts qui semblent raconter des histoires. Chef pâtissier depuis 2021 et aujourd’hui à la tête d’une brigade de sept personnes chez “Elena”, il n’a pourtant rien d’un privilégié ; son parcours ressemble davantage à un sprint de fond : difficile, accidenté, mais mené avec une détermination féroce. Chez Mansour, la cuisine est une affaire d’enfance. Son père, employé à l’aéroport, ramenait souvent des pâtisseries et des plats qui faisaient pétiller ses yeux. Un jour, encore adolescent, il s’achète ses premiers moules et fait cuire ses essais dans des fours traditionnels du quartier. Une entrée en matière aussi humble qu’authentique… « Depuis ce jour-là, je n’ai jamais arrêté », dit-il.
La pâtisserie, Mansour ne l’a pas apprise dans le confort mais dans la difficulté. Il doit convaincre son père de financer sa formation après le CM2 franco-arabe. La première année, aucun stage : il recommence tout à zéro. Formé aux centres socioculturels de Ngor, il enchaîne deux années d’apprentissage faute de stage la première. Au “Radisson“, il découvre la rigueur brutale du métier et frôle l’abandon. Mais la détermination l’emporte : ses propres stagiaires sont recrutés, un chef exécutif le remarque, puis l’embarque vers son premier grand virage professionnel Niamey.
Le Niger sera son épreuve du feu : chef de partie dans un hôtel cinq étoiles, plongé dans la tempête après le départ des supérieurs. « J’ai failli lâcher », confie-t-il. Il reste, il tient et, mieux, il excelle. De retour à Dakar, il cultive un style simple, design, ancré dans les produits locaux, son fameux gâteau au bouye en est la preuve la plus gourmande.
La philosophie de Mansour tient en une phrase : « Ne jamais abandonner, même quand c’est difficile». Pâtissier à l’identité affirmée, il définit son univers par trois mots : simple, design, bon, et revendique une signature audacieuse : le gâteau au bouye, créé au “Radisson Diamniadio”, ainsi que des desserts orientaux qui racontent sa culture. Il puise dans les fruits locaux pour réinventer les classiques et mêler tradition et modernité, convaincu que chaque recette peut devenir un acte d’affirmation personnelle.
En 2014, il ouvre sa première pâtisserie à Yoff, mais le rêve s’effondre : cambriolage, matériel volé, stocks disparus. « Ils ont tout pris… sauf les pains au lait », lance-t-il avec humour, avant de se relever, encore et encore, porté par une discipline qu’il résume simplement : travailler, organiser, créer. Entre deux renaissances, il continue d’innover : gâteau drapeau du Sénégal pour la CAN, desserts modernes à base de produits du terroir, empreintes sucrées pensées pour marquer les esprits. L’homme s’inspire de son père, son premier modèle, et se compare volontiers à une panacotta douce, élégante, adaptable. Il garde en mémoire le compliment inattendu de ses collègues lors de son départ du Niger, et sait qu’il a trouvé sa place le jour où il a démissionné pour devenir chef exécutif pâtisserie au “Fasaq Hotel” de Nouakchott. Aujourd’hui, Mansour veut surtout que l’on retienne sa détermination, son parcours et son empreinte dans la pâtisserie sénégalaise. Et dans sa carrière, un surnom revient souvent, héritage du Radisson : « Le Messi de la pâtisserie ». À défaut de marquer des buts, Mansour marque les esprits.
