Mamadou Ndoye Mendoza : “L’école nouvelle est un échec”
Hommage à El Hadji Momar Wade
Le face à face Mendoza-Madior Diouf
Au plus fort de la démocratisation de la société sénégalaise avec le pluralisme intégral de Abdou Diouf, les syndicats ont connu une nouvelle vie et une nouvelle dynamique. Le face à face entre Mamadou Ndoye et Madior Diouf réussi par El Hadji Momar Wade en août 1985 reste un des classiques de l’entretien journalistique. Au pessimisme de l’un s’oppose la tolérance de l’autre. Mendoza ouvre le feu. Il avait précédé Madior Diouf au Sudes. C’est dire le degré de sympathie entre les deux hommes
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1-Mamadou Ndoye Mendoza
“L’école nouvelle est un échec”
Cheveux grisonnants, taille moyenne, le verbe facile. Tel est Mamadou Ndoye «Mendoza», l’homme qui a dirigé pendant 3 ans le Syndicat unique et démocratique des enseignants du supérieur–Sudes. Il semble avoir vieilli. Fausse impression : «Mendoza» est plus jeune que jamais ; la vivacité de son esprit tenterait à tout le moins de le démontrer.
Cheveux grisonnants, taille moyenne, le verbe facile. Tel est Mamadou Ndoye «Mendoza», l’homme qui a dirigé pendant 3 ans le Syndicat unique et démocratique des enseignants du supérieur–Sudes. Il semble avoir vieilli. Fausse impression : «Mendoza» est plus jeune que jamais ; la vivacité de son esprit tenterait à tout le moins de le démontrer.Cheveux grisonnants, taille moyenne, le verbe facile. Tel est Mamadou Ndoye «Mendoza», l’homme qui a dirigé pendant 3 ans le Syndicat unique et démocratique des enseignants du supérieur–Sudes. Il semble avoir vieilli. Fausse impression : «Mendoza» est plus jeune que jamais ; la vivacité de son esprit tenterait à tout le moins de le démontrer.
Pendant deux heures (le même temps qu’avec Madior Diouf), M. Ndoye a diagnostiqué tous les maux dont souffre l’école sénégalaise. Aucune question n’a été escamotée. Même la situation syndicale, sujet sur lequel il est un peu réticent d’habitude, a été évoquée avec une lucidité et une pertinence fascinantes. Mendoza раraît très déterminé. Jugez-en.
Dossier réalisé par El Hadji Momar WADE,
Le Devoir N0 9, Août 1985, pages 6&7
Pouvez-vous nous rappeler les solutions préconisées par les états-généraux pour sortir l’école sénégalaise de l’impasse ?
Mamadou Ndoye «Mendoza» : La principale conclusion des Etats- généraux a été la «démocratisation» du système éducationnel sénégalais. Cette «démocratisation» était voulue sur plusieurs axes.
Premièrement : l’objectif de scolarisation générale pour que le droit à l’éducation soit effectif. On a beau dire, lorsque le taux de scolarisation est à peu près de 40%, il n’est guère possible de dire que tous les enfants peuvent bénéficier du droit d’aller à l’école. 700 à 800.000 en sont exclus.
Le deuxième aspect était l’allongement de la scolarité obligatoire jusqu’à dix ans, c’est-à-dire de 6 à 16 ans. Pourquoi ? On estime que la culture moderne que l’école doit transmettre et qui est essentiellement une culture scientifique et technique ne peut être appropriée par l’enfant qu’au bout d’un certain nombre d’années. Il faut dire que dans ce domaine, la revendication est tardive au Sénégal puisque, dans des pays occidentaux comme la France, elle est devenue une réalité depuis 1959. C’est un quart de siècle après que le Sénégal pose donc cette question.
Troisième élément, c’est l’articulation intellectuelle au travail manuel de façon à pourvoir tous les enfants des possibilités d’éducation permettant l’épanouissement de toutes les potentialités physiques et intellectuelles. La 4ème et dernière dimension est la prise en charge des enfants handicapés ou inadaptés qui, eux aussi, devraient avoir les possibilités d’éducation grâce à l’existence de filières spécialisées.
Le second élément, très important du reste, est la nécessité que l’école prenne en charge la promotion du milieu culturel et social sénégalais. Ici, il s’agit de liquider le caractère extraverti de notre école et de l’ancrer davantage dans les réalités nationales. C’est dans ce cadre qu’il a été prévu l’introduction et la généralisation de langues nationales, selon un processus et des étapes suffisamment réalistes par rapport aux réalités historiques de notre pays.
Après janvier 1981, un institut des langues nationales devait être créé qui s’attellerait aцх recherches linguistiques et didactiques nécessaires à l’introduction des langues nationales au plus tard à la rentrée de 1984. Cet institut n’a jamais vu le jour.
Qu’est-ce qui a été fait pour la réalisation des objectifs que les Etats-généraux avaient préconisés ?
Rien jusqu’à présent. Même au niveau du secondaire où l’enseignement devait être polyvalent à base polytechnique. Qu’est-ce à dire ? L’enseignement devait être plus un enseignement livresque et abstrait qui formerait une élite intellectuelle coupée de ses racines. Au contraire, il fallait que cet enseignement fût tiré du processus productif du milieu et de ses besoins sociaux et culturels, dans le cadre d’un enseignement qui, non seulement, intègre le travail productif comme dimension fondamentale de l’éducation, mais lie la théorie à la pratique, l’école au monde travail, l’enseignement à la société. Là non plus, rien n’est fait.
Personne ne demande au gouvernement de construire cette école dans l’immédiat. Le débat est ailleurs. Que fait le gouvernement ? Il refuse de commercer. Mais il y a pire que refuser : c’est tenter de récupérer la réforme, de s’accaparer du consensus mais ne pas réaliser l’essentiel, c’est-à-dire les conclusions des états-généraux.
Pourtant, le ministre de l’Education nationale nous paraît très populaire aux yeux de l’opinion publique sénégalaise. Il est un innovateur pour certains et…
Pourtant, le ministre de l’Education nationale nous paraît très populaire aux yeux de l’opinion publique sénégalaise. Il est un innovateur pour certains et…Pourtant, le ministre de l’Education nationale nous paraît très populaire aux yeux de l’opinion publique sénégalaise. Il est un innovateur pour certains et…
La seule chose pour laquelle le gouvernement aurait montré sa bonne volonté, c’est de construire de nouvelles classes ; les deux discours-bilans d’Iba Der Thiam en font mention. Or, il s’agit d’augmenter les capacités d’accueil. Que fait le ministre ? Eh bien il fait de la prestidigitation. Je cite : « Relever l’âge de recrutement de 6 à 7 ans» (fin de citation). En réalité, on crée une illusion de recrutement ; l’autre illusion, la plus grave, consiste à mettre – et en place des classes à double flux-villes à cours multigrade-campagnes. Je m’explique : supposons qu’on ait, en guise d’exemple, 200 élèves en 4 CI (cours d’initiation), 2 écoles, 2 maîtres. Un premier groupe de 100 élèves vient travailler le matin, l’autre le soir. Le lendemain, vice-versa avec le même maître et les mêmes locaux. C’est cela le phénomène des classes à double flux très courant dans nos villes.
La classe à multigrade, comme son nom l’indique, est un seul local qui regroupe des élèves d’âges différents et appartenant à des cours différents : CM 1, CĖ 2, CP, CI, avec un seul et même maître, avec les mêmes moyens matériels et avec le même matériel. Cela se traduit par une réduction qualitative : le travail est bâclé. Ainsi, le niveau dont on se plaint risque de s’effondrer.
Le tableau n’est peut-être pas aussi sombre. Au moins la scolarisation obligatoire va-t-elle être atteinte. N’est-ce pas un grand pas de franchi vers l’école nouvelle ?
Détrompez-vous : en 1985, le taux de scolarisation est de quatre (4) ans. Un élève qui sort du CE 2 est un analphabète ; le ministre prétend le contraire. Si on associe cette mesure aux précédentes, c’est-à-dire le niveau du CP 2, on sait à peine lire. Pour eux, la grande masse n’a pas besoin d’instruction ; il faut l’alphabétiser.
Par ailleurs, le ministre veut s’attaquer aux déperditions scolaires en évitant le redoublement pour qu’il n’y ait plus engorgement au niveau du CM. Donc, il faut liquider le maximum au CE 2. Cette orientation est exactement le contraire de ce qu’avaient préconisé les états-généraux.
Votre pessimisme se justifie-t-il ? Le ministre, le gouvernement est-il responsable de ces déviations ? Comment les jugez-vous ?
La situation est très grave. Pire : nous avons un ministre qui, au lieu de se comporter en ministre, en responsable, se préoccupe beaucoup plus de son image de marque. Ce qui fait que la gestion est avant tout une grande orientation vers la magnification de cette image de marque. Exemple : il n’y a plus de réflexions pures, profondes ; elles se caractérisent maintenant par des shows devant la caméra et le tapage des médiats. Chaque séminaire est un show actuellement (…)
Parlons du SUDES. Traverse-t-il toujours cette crise qui avait abouti à la scission après votre éviction du secrétariat général ?
Un recul historique s’impose. Le gouvernement avait besoin que la lutte des enseignants s’arrêtât pour mener à bien sa politique. Il ne pouvait le faire qu’en brisant le SUDES. Avec la complicité de nos anciens camarades, il est parvenu à créer des sécessions en faisant régner l’ostracisme.
Comment s’est retrouvé le Sudes après ?
Le SUDES a été affaibli. La seconde difficulté a été l’ostracisme du gouvernement. Certains, comme un journal local, ont parlé de syndicat illégal. Nous ne connaissons aucun texte officiel ou une décision d’Etat ou de justice pouvant dire que notre syndicat est illégal. S’il y a quelqu’un dans l’illégalité, c’est bien l’Etat : nous travaillons mais sommes interdits d’antenne, on nous refuse les écoles. Ils oublient que le terrain de l’enseignement est très glissant : le soutien du gouvernement à une fraction discrédite cette même fraction aux yeux des enseignants. Cette fraction apparaît comme un soutien de la politique gouverne- mentale et non comme un instrument de luttes des enseignants.
SUDES légal, SUDĖS illégal ; le militant de base, lui, souhaite un syndicat uni et fort. Que faites-vous dans ce sens ?
Nous n’avons jamais voulu de la scission. Nous avons écrit une lettre au Bureau exécutif national (BEN) pour discuter ensemble des problèmes de l’école sénégalaise. Nous n’avons reçu aucune réponse officielle si ne se sont quelques propos du ministre à la radio depuis Fatick et un article du journal local évoqué tout à l’heure et ainsi titré : « Attention Madior, Mendoza veut te bouffer».
Vous êtes, Monsieur Ndoye, un dirigeant syndical très controversé. Certains n’hésitent même pas à dire que vous avez voulu caporaliser le SUDES en faisant passer les mots d’ordre de votre parti, la LD/MPT. Est-ce vrai ?
Aucun secrétaire général n’a respecté mieux que moi la démocratie interne. Aujourd’hui, beaucoup de partis ont quitté leur position. Il n’existe plus que trois courants : le PIT, le RND, et le Groupe de Rufisque dont les membres sont dans le cabinet d’Iba Der et le Groupe de 1.500. Surtout, le RND a de.. sérieux problèmes de position par rapport à la politique éducationnelle actuelle. Le PIT fait tout ce qu’il peut pour contrer la poussée de la LD avec des alliances contre-nature, même avec Iba Der Thiam le ministre. Voilà comment vont les choses. Les autres formations politiques veulent travailler et travaillent avec nous.
Vous êtes très attaché au SUDES. Vos larmes ont ému beaucoup de militants lors de votre éviction en décembre 1980. Vous ne dirigez plus le syndicat. Qu’est-ce que cela vous fait de retourner militer à la base? Le recul a-t-il été bénéfique ?
Mon attachement n’est feint ; il n’est pas, non plus, circonstanciel. En 1975, j’ai, avec trois camarades, parcouru toutes les villes du Sénégal et essayé de mettre en place les initiatives. On est resté sans syndicat deux ans après la dissolution du Syndicat des enseignants du Sénégal en 1973. On a tenté de convaincre les enseignants de la nécessité d’une organisation syndicale. (…)
Des velléités unitaires se font jour. Quelle est la situation qui prévaut actuellement au niveau du SUDES ?
Si on veut reconstruire le syndicat, il faut regrouper l’essentiel des forces. Cette question urgente doit déterminer la volonté des partenaires. Compte tenu des décisions gouvernementales, l’éducation va se dégrader dans nos pays mais également la fonction enseignante à un niveau jamais atteint. Nous n’avons avancé aucune condition préalable pour se retrouver avec tous les partenaires sans exclusive et discuter des voies et moyens de cette rencontre. Notre seul et unique objectif est que l’intérêt de la lutte soit au service des enseignants-et non au service d’intérêts qui leur sont contraires.
Vous avez, si vous permettez, une triple vie : professionnelle, syn- dicalo-politique et familiale. Comment faites-vous pour les concilier ?
(Sourires) J’ai toujours vécu de cette manière. Ma vie professionnelle et militante n’est jamais dissociée. J’ai toujours milité. C’est vrai, ça peut épuiser au Sénégal. Dans certains pays, quand on a des responsabilités syn dicales, on n’a plus de vie professionnelle : on est détaché…
Dans la vie, il n’y pas que la dimension politique et syndicale ; il y a d’autres dimensions. Et la vie professionnelle révèle d’autres. Ça peut dégoûter les enfants de toute vie politique. Il y a un rapport. L’effet contraire existe : mes enfants s’intéressent beaucoup à la politique.
N’est-ce pas dangereux ?
Dangereux pour qui ?
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À suivre
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