LFI-LFR 2026 : Une cohérence ou une co-errance ?
COMPARAISON ENTRE LA LFI ET LA LFR 2026
Pourquoi l’Assemblée nationale doit voter
Par Dr Djiby NDAO
Économiste – Enseignant associé au CESAG
Introduction : voter la LFR, c’est adapter le budget à la réalité économique
Le débat autour du Projet de Loi de Finances Rectificative (PLFR) 2026 dépasse largement une simple confrontation entre la majorité et l’opposition parlementaire. Il pose une question fondamentale de gouvernance économique : un État doit-il maintenir les prévisions d’un budget initial lorsque les recettes attendues ne se réalisent pas et que les dépenses subissent des chocs importants, ou doit-il réviser ses prévisions pour adapter l’action publique à la situation réelle du pays ?
La réponse économique est claire : un budget public est un instrument de politique économique qui doit rester cohérent avec les ressources effectivement mobilisables, les engagements de l’État et les besoins des populations.
Au Sénégal, la Loi de Finances Initiale (LFI) 2026 avait été élaborée sur la base d’une croissance économique attendue de 5 %. Le projet de LFR ramène cette prévision à 2,7 %, soit une révision de 2,3 points de pourcentage. Dans le même temps, les recettes budgétaires diminuent, les charges liées à l’énergie augmentent fortement et le coût du service de la dette continue de progresser.
Ces changements justifient une révision des équilibres budgétaires. Ils ne signifient pas que le projet de LFR est exempt de faiblesses. Ils montrent plutôt la nécessité d’un débat parlementaire sérieux, fondé sur les chiffres, la transparence et la recherche de solutions.
La question centrale n’est donc pas de savoir si la LFR révèle des difficultés. Elle les révèle effectivement. La question est de savoir comment y répondre sans compromettre davantage la stabilité économique, la protection des ménages et la continuité des services publics.
I. Une dégradation significative du cadrage macroéconomique
La première différence entre la LFI et le projet de LFR concerne les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles repose le budget.
1. Une croissance économique révisée de 5 % à 2,7 %
La LFI 2026 prévoyait une croissance réelle de 5 %. Le PLFR retient désormais une prévision de 2,7 %.
Cette révision représente une diminution de 2,3 points de pourcentage, soit une réduction de 46 % du taux de croissance initialement anticipé.
Une telle évolution est importante, car la croissance économique influence directement les recettes fiscales, l’activité des entreprises, l’emploi et la capacité de l’État à financer ses politiques publiques.
Une économie qui progresse moins rapidement génère généralement moins de revenus supplémentaires imposables que prévu. Les entreprises peuvent enregistrer une croissance plus faible de leur chiffre d’affaires, les ménages limiter certaines dépenses et les recettes fiscales s’écarter des objectifs initiaux.
Le tableau budgétaire fait également apparaître une révision du PIB nominal, qui passe de 23.170 milliards de FCFA dans la LFI à 22.861,2 milliards dans le projet de LFR, soit une baisse de 308,8 milliards de FCFA.
Ces chiffres illustrent la nécessité d’adapter les prévisions budgétaires à un environnement économique moins favorable.
Les éléments transmis évoquent notamment des chocs extérieurs, dont la hausse des tensions sur les marchés énergétiques liées à la situation au Moyen-Orient, ainsi que des difficultés pluviométriques. Ces facteurs peuvent affecter les coûts de production, l’approvisionnement énergétique et les performances de secteurs sensibles aux conditions climatiques.
Il serait néanmoins excessif d’attribuer toute la révision de la croissance à ces seuls facteurs : l’évolution de l’activité dépend également de la situation intérieure, de l’investissement, du crédit, de la consommation et de l’exécution des politiques économiques.
2. Pourquoi cette révision impose-t-elle une adaptation budgétaire ?
Un budget repose sur des hypothèses de croissance, de recettes et de dépenses. Lorsque les hypothèses fondamentales changent sensiblement, conserver les chiffres initiaux sans correction risque de produire un budget déconnecté des capacités financières réelles de l’État.
Le rôle d’une loi de finances rectificative est précisément de rétablir cette cohérence.
Il ne s’agit pas de considérer qu’une baisse de croissance est une bonne nouvelle. Il s’agit d’éviter qu’une prévision devenue irréaliste conduise à des engagements insuffisamment financés, à une accumulation de dettes envers les entreprises ou à des tensions de trésorerie supplémentaires.
II. Des recettes budgétaires en baisse : le principal argument en faveur de la révision
Le deuxième enseignement de la comparaison concerne la diminution des recettes attendues.
Les recettes totales, qui s’établissaient à 6.188,8 milliards de FCFA dans la LFI 2026, sont désormais projetées à 5.848,7 milliards de FCFA, soit une diminution de 340,1 milliards de FCFA, correspondant à environ 5,5 % des prévisions initiales.
Les recettes fiscales connaissent également une baisse, passant de 5.384,8 milliards de FCFA dans la LFI 2026 à environ 4.931 milliards de FCFA dans le projet de LFR. Cette évolution traduit une révision significative des ressources fiscales attendues par l’État.
Par ailleurs, les recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES) sont révisées à la baisse, passant de 762,6 milliards de FCFA à 311,5 milliards de FCFA. Cette diminution souligne les difficultés potentielles de mobilisation des ressources initialement prévues dans le cadre de ce programme.
Enfin, la pression fiscale prévisionnelle passe de 23,24 % à 21,57 %, soit un recul de 1,67 point de pourcentage.
Dans l’ensemble, ces évolutions témoignent d’une contraction des recettes budgétaires prévisionnelles. Elles sont susceptibles de réduire les marges de manœuvre de l’État et de rendre plus délicats les arbitrages entre le financement des services publics, le respect des engagements existants et la préservation des investissements prioritaires.
Montants en milliards de FCFA, sauf indication contraire. Les recettes totales sont celles de la ligne du tableau Excel, qui regroupe le budget général et les comptes spéciaux du Trésor.
1. Une baisse de 340,1 milliards de FCFA des recettes totales
Les recettes totales passent de 6.188,8 milliards de FCFA dans la LFI à 5.848,7 milliards dans le projet de LFR. La diminution atteint 340,1 milliards de FCFA, soit environ 5,5 % des prévisions initiales.
Cette contraction réduit la marge de manœuvre de l’État. Elle oblige les autorités à arbitrer entre plusieurs exigences : financer les services publics, honorer les engagements existants, soutenir les populations vulnérables et préserver les investissements prioritaires. Dans ce contexte, maintenir intégralement les dépenses prévues dans la LFI sans disposer des recettes correspondantes pourrait aggraver les déséquilibres financiers.
2. Des recettes fiscales inférieures de 453,3 milliards de FCFA aux prévisions
Les recettes fiscales constituent l’un des points les plus sensibles du projet de LFR.
Elles passent de 5.384,8 milliards de FCFA à 4.931,5 milliards, soit une diminution de 453,3 milliards de FCFA ou environ 8,4 %. Cette baisse est supérieure à celle des recettes totales, ce qui montre que les difficultés concernent particulièrement les ressources fiscales. Le taux de pression fiscale prévu recule parallèlement de 23,24 % à 21,57 % du PIB, soit une diminution d’environ 1,67 point.
Ce recul pose une question importante pour les finances publiques : comment élargir durablement l’assiette fiscale, améliorer le recouvrement et renforcer les recettes sans pénaliser excessivement les ménages, les petites entreprises et l’investissement productif ?
La réponse ne peut pas se limiter à multiplier les taxes. Elle doit également passer par la modernisation de l’administration fiscale, la réduction des exonérations injustifiées, la lutte contre la fraude, l’amélioration du civisme fiscal et l’élargissement de l’activité économique formelle.
3. Le PRES : un écart majeur entre les recettes attendues et les prévisions révisées
Le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) constitue un autre point déterminant.
Les recettes qui lui étaient associées dans le tableau comparatif passent de 762,6 milliards de FCFA à 311,5 milliards. La révision est de 451,1 milliards de FCFA, soit près de 59,2 %.
Le document mentionne notamment la révision des recettes attendues des jeux de hasard, de la régularisation foncière, des concessions télécoms et de la taxation de l’or.
Cette situation appelle une analyse sans complaisance. Les recettes annoncées dans un programme de redressement doivent être évaluées à partir de leur rendement effectif, de leur calendrier de mise en œuvre et de leur compatibilité avec les capacités contributives de l’économie. Mais cet écart ne constitue pas, à lui seul, une raison de rejeter la LFR. Il constitue plutôt une raison d’exiger des explications précises sur les prévisions initiales, les montants effectivement recouvrés et les mesures correctives envisagées.
La responsabilité budgétaire consiste à reconnaître les écarts, à les expliquer et à les corriger, plutôt qu’à maintenir artificiellement des prévisions qui ne correspondent plus à la réalité. Si les recettes diminuent, les dépenses prévues dans le projet de LFR augmentent. Les dépenses totales passent de 7.433,9 milliards de FCFA à 7.583,9 milliards, soit une hausse de 150 milliards de FCFA ou environ 2 %. Cette évolution s’explique notamment par la progression des subventions énergétiques, des intérêts de la dette et des transferts courants.
1. Les subventions énergétiques : une hausse de 540,3 milliards de FCFA
Le poste le plus spectaculaire est celui des subventions à l’énergie.
Le montant prévu est ainsi multiplié par plus de trois. L’augmentation atteint 540,3 milliards de FCFA, soit un niveau supérieur à celui des dépenses supplémentaires totales du budget. Cette évolution montre le poids des contraintes énergétiques dans les finances publiques. Les subventions peuvent contribuer à limiter la transmission de la hausse des coûts énergétiques aux prix de l’électricité et des carburants. Elles peuvent ainsi protéger le pouvoir d’achat, soutenir les activités économiques et éviter une augmentation brutale des coûts de transport et de production. Mais elles ont également un coût budgétaire considérable.
Chaque milliard supplémentaire consacré à la compensation des prix constitue une ressource qui ne peut pas être utilisée simultanément pour construire une école, renforcer un établissement sanitaire, financer une infrastructure agricole ou soutenir un programme productif.
Il faut donc distinguer deux objectifs : protéger les populations contre les chocs immédiats et réduire progressivement la dépendance des finances publiques aux subventions généralisées. La réforme devrait privilégier un ciblage plus efficace des ménages vulnérables, des transports collectifs et des activités essentielles, tout en renforçant la transparence sur le coût réel des compensations.
La hausse des subventions ne doit pas être présentée comme une dépense sans conséquence. Elle constitue plutôt un arbitrage de politique économique dont le gouvernement doit expliquer les raisons, les bénéficiaires et la trajectoire de réduction.
2. Le coût de la dette continue d’augmenter
Les intérêts et commissions de la dette passent de 1.190,6 milliards de FCFA dans la LFI à 1.285,2 milliards dans le projet de LFR. L’augmentation atteint 94,6 milliards de FCFA, soit près de 8 %.
À titre de comparaison, le tableau présente un montant de 932,1 milliards de FCFA pour 2025. Le coût de la dette s’est donc accru de manière importante entre cette référence et les prévisions révisées de 2026. Cette progression réduit les ressources disponibles pour les politiques publiques. Elle souligne également l’importance de la gestion de la trésorerie, du profil des échéances et des conditions auxquelles l’État emprunte.
Le recours accru à des instruments de financement à court terme, évoqué dans le document comparatif, mérite une vigilance particulière lorsque les conditions de financement se dégradent. Il serait toutefois inexact d’assimiler automatiquement la hausse des intérêts à une hausse équivalente du stock de dette : le coût du service de la dette dépend aussi des taux, des échéances et de la structure des financements. L’enjeu est donc de renforcer la soutenabilité de la dette, d’améliorer la qualité des dépenses et de restaurer progressivement la confiance dans la gestion des finances publiques.
3. Les transferts courants augmentent, tandis que l’investissement recule
Le projet de LFR prévoit une hausse de 535 milliards de FCFA des dépenses de fonctionnement regroupées dans le tableau comparatif, qui passent de 1.650 milliards à 2.185 milliards. Parallèlement, les investissements financés sur ressources internes diminuent de 315,7 milliards de FCFA, tandis que les investissements sur ressources externes reculent de 239,3 milliards. Au total, les deux catégories d’investissement enregistrent une baisse de 555 milliards de FCFA.
Cette évolution constitue un véritable sujet de préoccupation économique. L’investissement public contribue à améliorer les infrastructures, à soutenir la productivité et à favoriser l’activité des entreprises.
Toutefois, il faut examiner la composition de ces dépenses avant de conclure que toutes les réductions sont injustifiées. Le report d’un projet insuffisamment préparé ou dont les décaissements sont faibles peut être préférable à l’accumulation de crédits inutilisés ou à des engagements mal maîtrisés.
L’exigence doit être double : mieux sélectionner et exécuter les projets, tout en protégeant les investissements qui ont un effet important sur la croissance, l’emploi, l’agriculture, l’industrialisation et la compétitivité du Sénégal.
IV. Le déficit budgétaire se creuse : une difficulté réelle, mais qui appelle une réponse responsable
Selon le tableau Excel transmis, le déficit budgétaire global passe de 1.245,1 milliards de FCFA dans la LFI à 1.735,2 milliards dans le projet de LFR. L’augmentation est de 490,1 milliards de FCFA, soit environ 39,4 %. Rapporté au PIB, le déficit prévu passe d’environ 5,4 % à 7,6 %.
Cette évolution est importante. Elle montre que la révision budgétaire ne résout pas, à elle seule, les difficultés des finances publiques. Elle les rend plus visibles et adapte les prévisions à un environnement financier plus contraignant. La situation ne doit donc être ni minimisée ni instrumentalisée.
D’un côté, un déficit plus élevé implique un besoin de financement accru, avec des conséquences potentielles sur la dette, les charges d’intérêts et les marges de manœuvre futures. De l’autre, refuser de reconnaître les dépenses nécessaires ou les recettes qui ne seront pas mobilisées ne ferait pas disparaître les contraintes financières.
Le besoin de financement indiqué dans le tableau passe ainsi de 6 075,2 milliards de FCFA à 6 774,2 milliards, soit une hausse de 699 milliards. Il faut souligner que le besoin de financement comprend également le remboursement du principal de la dette arrivant à échéance. Il ne doit donc pas être confondu avec le déficit budgétaire. Le retour à un déficit de 3 % en 2027 devient plus exigeant.
La LFI envisageait une trajectoire de consolidation budgétaire en vue d’atteindre un déficit de 3 % du PIB en 2027, objectif associé au cadre de convergence de l’UEMOA. Avec une prévision de déficit de 7,6 % du PIB pour 2026, la réduction nécessaire pour atteindre 3 % l’année suivante serait de 4,6 points de PIB. Un tel ajustement est considérable et exige un programme crédible de mobilisation des recettes, de rationalisation des dépenses et d’amélioration de la qualité de l’investissement public.
Le vote de la LFR ne garantit pas, à lui seul, le respect de cette trajectoire. Il permet cependant de disposer d’un cadre budgétaire révisé à partir duquel le Parlement pourra demander des comptes au gouvernement sur les résultats obtenus et les efforts à accomplir.
V. Pourquoi l’Assemblée nationale doit voter la LFR 2026
Au regard de ces chiffres, plusieurs raisons économiques et institutionnelles plaident en faveur de l’adoption du projet de LFR, sous réserve de l’examen parlementaire de ses dispositions.
1. Rétablir la cohérence entre les recettes disponibles et les dépenses prévues
Une loi de finances initiale repose sur des hypothèses établies à un moment donné. Lorsque les recettes attendues diminuent fortement et que certaines dépenses augmentent de manière imprévue, le budget doit être révisé.
Voter la LFR revient à reconnaître les nouvelles contraintes et à permettre une adaptation formelle des autorisations budgétaires.
Le rejet du texte ne ferait pas disparaître mécaniquement les coûts énergétiques, les échéances de la dette ou les écarts de recettes. Il risquerait plutôt de prolonger l’incertitude sur la manière dont ces contraintes doivent être intégrées dans la gestion des finances publiques.
L’Assemblée nationale doit donc apprécier le texte à partir de sa capacité à rétablir la cohérence budgétaire, tout en exigeant les corrections nécessaires.
2. Préserver la protection des ménages et la continuité des services publics
Le tableau comparatif indique que les crédits consacrés aux bourses de sécurité familiale passent de 35 milliards à 70 milliards de FCFA, soit un doublement. Les dépenses de personnel sont maintenues à 1 532,8 milliards de FCFA. Ces éléments montrent que la révision ne se traduit pas par une réduction uniforme de toutes les dépenses. Certaines priorités sociales sont maintenues ou renforcées, malgré les contraintes financières.
Le gouvernement doit toutefois démontrer que les crédits annoncés sont effectivement exécutés et qu’ils atteignent les bénéficiaires visés.
Pour les parlementaires, l’enjeu est de s’assurer que les ménages vulnérables ne supportent pas de manière disproportionnée le coût du redressement budgétaire.
3. Clarifier les engagements envers les entreprises et les fournisseurs de l’État
Le tableau mentionne 300 milliards de FCFA d’arriérés intérieurs à apurer, montant présenté comme maintenu entre la LFI et la LFR.
Le règlement des dettes de l’État envers les entreprises constitue un enjeu économique important. Les retards de paiement peuvent fragiliser la trésorerie des fournisseurs, ralentir l’investissement privé et compromettre l’emploi.
Le traitement de ces arriérés doit cependant être suivi avec rigueur : leur montant doit être fiabilisé, leur calendrier de règlement rendu transparent et les paiements effectivement réalisés vérifiés.
L’adoption d’un budget rectifié peut contribuer à clarifier ces engagements, à condition que les autorisations budgétaires se traduisent par des paiements effectifs.
4. Permettre un contrôle parlementaire fondé sur des chiffres actualisés
Le Parlement n’a pas seulement pour fonction de voter les crédits. Il doit également contrôler leur utilisation et évaluer les résultats des politiques publiques.
En examinant la LFR, les députés peuvent demander des explications sur les recettes du PRES, la hausse des subventions énergétiques, le coût de la dette et les réductions d’investissement. Ils peuvent également exiger des indicateurs de suivi, des rapports d’exécution et des engagements précis sur la trajectoire du déficit.
Le contrôle parlementaire est plus utile lorsqu’il porte sur des données budgétaires actualisées et des engagements vérifiables que lorsqu’il se limite à une opposition de principe.
Voter une loi de finances rectificative ne signifie pas donner un blanc-seing au gouvernement. Cela signifie adopter un cadre révisé tout en renforçant les exigences de transparence, de contrôle et de responsabilité.
5. Respecter la logique juridique de la rectification budgétaire
La loi organique relative aux lois de finances encadre les modifications apportées aux autorisations budgétaires en cours d’exercice. Le dossier transmis rappelle notamment l’article 47 de la LOLF dans son argumentaire relatif à la nécessité d’une loi de finances rectificative lorsque les équilibres budgétaires sont bouleversés.
Le fondement juridique précis doit naturellement être apprécié à la lumière du texte applicable et des dispositions du PLFR soumis aux députés.
Sur le plan institutionnel, une révision budgétaire régulièrement présentée et examinée permet au Parlement de débattre des nouveaux équilibres, d’amender le texte dans le cadre de ses prérogatives et de se prononcer en connaissance de cause.
L’Assemblée nationale doit donc exercer pleinement son rôle : contrôler, proposer des corrections pertinentes et décider sur la base de l’intérêt général.
VI. Les conditions d’un vote responsable : adopter la LFR sans renoncer à l’exigence de résultats
Défendre le vote de la LFR ne revient pas à ignorer ses faiblesses. Au contraire, la comparaison entre la LFI et le projet de LFR révèle plusieurs points qui nécessitent des réponses précises du gouvernement.
Premièrement, les autorités doivent expliquer pourquoi les recettes attendues du PRES ont été révisées à la baisse de 451,1 milliards de FCFA et préciser les mesures prévues pour améliorer leur rendement.
Deuxièmement, la progression des subventions énergétiques doit faire l’objet d’une justification détaillée, avec une présentation des bénéficiaires, des coûts et d’une stratégie de ciblage plus efficace.
Troisièmement, la réduction de 555 milliards de FCFA des investissements sur ressources internes et externes doit être examinée projet par projet. Il convient de distinguer les reports justifiés par un faible niveau de préparation des coupes susceptibles de compromettre la croissance et l’emploi.
Quatrièmement, la hausse des intérêts de la dette et du besoin de financement appelle une stratégie crédible de gestion de la trésorerie et de soutenabilité de la dette.
Cinquièmement, le gouvernement doit présenter une trajectoire réaliste de réduction du déficit, accompagnée d’hypothèses transparentes sur la croissance, les recettes et les dépenses.
Enfin, les parlementaires doivent disposer d’informations régulières sur l’exécution des crédits sociaux, le règlement des arriérés et les résultats obtenus dans les secteurs prioritaires.
Ces exigences ne sont pas contradictoires avec le vote de la LFR. Elles en constituent le prolongement naturel.
Conclusion : privilégier la responsabilité économique à la confrontation politique
La comparaison entre la LFI 2026 et le projet de LFR 2026 met en évidence une situation budgétaire plus difficile que celle initialement anticipée.
La croissance prévue passe de 5 % à 2,7 %. Les recettes totales diminuent de 340,1 milliards de FCFA. Les recettes fiscales reculent de 453,3 milliards. Les subventions énergétiques augmentent de 540,3 milliards. Les intérêts de la dette progressent de 94,6 milliards, tandis que les investissements sur ressources internes et externes diminuent de 555 milliards. Le déficit budgétaire global atteint, selon le tableau transmis, 1 735,2 milliards de FCFA, soit environ 7,6 % du PIB.
Ces chiffres appellent une réponse lucide. Ils révèlent des contraintes réelles, des prévisions initiales à réexaminer et des arbitrages difficiles entre protection sociale, investissement et consolidation budgétaire.
Mais ils montrent également pourquoi une révision budgétaire est nécessaire : l’État doit pouvoir adapter ses prévisions aux ressources mobilisables et aux dépenses auxquelles il doit faire face.
Dans ces conditions, l’Assemblée nationale devrait voter la LFR 2026 si, après examen, le texte permet de rétablir la cohérence des finances publiques et de préserver les priorités essentielles du pays. Ce vote doit s’accompagner d’un contrôle rigoureux de l’exécution budgétaire, d’exigences de transparence et d’engagements vérifiables en matière de redressement.
Le véritable enjeu n’est pas de défendre chaque prévision initiale ni de nier les insuffisances du projet de LFR. Il est de faire en sorte que le budget demeure un instrument au service de la stabilité économique, de la justice sociale, de l’investissement productif et de la transformation structurelle du Sénégal.
Le débat parlementaire doit donc être à la hauteur des enjeux : moins de postures, davantage de propositions ; moins de confrontation stérile, davantage de contrôle ; moins de promesses non vérifiées, davantage de résultats mesurables.
Le Sénégal a besoin d’une Assemblée nationale qui contrôle le gouvernement sans fragiliser inutilement la gestion des finances publiques, et d’un gouvernement qui assume ses choix tout en rendant compte de ses résultats.
C’est dans cet esprit de responsabilité économique, de transparence et de défense de l’intérêt général que doit être abordé le vote de la Loi de Finances Rectificative 2026.
Dr Djiby NDAO
Économiste
