L’Éditorial de Pathé MBODJE : Licence To Kill
L’Éditorial de Pathé MBODJE
Licence To Kill
L’alternance du 24 mars 2024 a libéré les torrents de haine qui l’ont précédée (2016) et accompagnée depuis avec ces délires ethnicistes et parricides qui expliquent la montée des périls : plus c’est gros, mieux c’est. Et il à craindre que le pouvoir n’en puisse mais, étant partie prenante d’une situation qu’il a lui-même créée dans sa course vers le sommet : la proximité avec le pouvoir semble avoir effet d’absolution et, loin du concept stabilisateur de Jimmy Cliff, le “the bigger they grow, the harder they fall” sénégalais mesure la dimension des énormités.
Cette violence physique mais surtout morale s’apparente à un permis de tuer et n’est pas le fait d’une lie populaire sans culture ni éducation vivant ses instincts de bestialité ; Me Ciré Clédor Ly en a donné un aperçu en s’indignant qu’on puisse sous Sonko réprimer un patriote parce qu’il aurait tenu des propos publics indécents et que la morale réprimande. C’était dans l’affaire Azoura ; on ne l’a pas entendu récemment, comme on ne sent aucune autorité intellectuelle capable de s’indigner sur la marche du Sénégal depuis le 24 mars 2024 ; les rares velléités de droitdelhommistes sont sans effet quand ils s’apparentent eux-mêmes opposants irrédentistes de pouvoirs… défunts.
La volonté sous-jacente rejoint Braverman et les autres sociologues marxistes que les forces sociales de la fin d’une période qui fuit sont sensiblement les mêmes que celles de la période nouvelle. Le conseil avisé de l’homme en robe est qu’il faut conséquemment parachever l’œuvre castratrice sur un monstre qui aurait autant de vies qu’un chat ou que l’hydre de Lerne.
L’empressement brouillon du pouvoir rattrapé par le défi et l’affaiblissement de toute source d’autorité temporelle ou spirituelle se heurte en effet à l’intransigeance de populations chauffées à blanc et qui, nolens volens, regrettent le radeau sur lequel elles ont embarqué et qui se brise faute d’une meilleure gestion d’un temps élastique et d’un espace social difficile à gérer.
Pire : la société vire à droite.
À l’exaltante lutte des classes qui a aidé à relever le front s’est substituée une lutte des clans et des ethnies, le repli identitaire, voie des excès. Elle s’autocensure nécessairement, par indignation sélective, pour plaire au prince, de quelque bord qu’il se situe, ce qui est perçu comme un excès de zèle. Elle se soucie peu de l’incapacité d’un État souverain à payer le salaire de ses fonctionnaires, à encadrer les populations dans la satisfaction des besoins primaires essentiels : le gîte, le couvert, la santé et l’éducation principalement. Le souverainisme à coups d’endettement depuis la nuit des temps explique peut-être la facilité pour les jeunes de succomber au moindre chant des sirènes.
La facilité avec laquelle les procès sont publiquement menés sur la base de rapports à charge complaisamment ébruités (même s’ils sont publiés sur un site) démontre la justesse de vue de Blaise Pascal sur la force et la justice ; elle est à la base d’une dérive calculée des moyens de communication de masse, une fois que d’autres voix sont muselées, des plumes cassées. Toutes malheureusement engagées dans le combat au cours duquel il faut déshabiller Jean pour habiller Paul. Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous renvoient au flagrant délit ou à l’instruction.
Lorsque le représentant d’une organisation des Droits de l’homme répond à son collègue en affirmant que l‘élection éventuelle de Macky Sall au secrétariat de l’organisation des Nations-Unies serait un échec de ce pourquoi ils luttent ensemble, c’est faire preuve d’une Kurt mémoire avec Waldheim ; il est vrai qu’on les voit souvent sur les tribunes s’égosiller autour de milliards et/ou des marches de protestation contre le pouvoir en place.
Il faut craindre pour ce pays.
