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L’Éditorial de Pathé MBODJE : L’esprit de Fachoda

L’Éditorial de Pathé MBODJE
Union africaine
L’esprit de Fachoda

Monrovia et Casablanca dominent toujours les débats au sein de l’Union africaine.
“Le ministre rwandais des Affaires étrangères a tenu à préciser ce vendredi 27 mars que le vote des vingt États membres ne visait pas à rejeter la candidature d’un individu en particulier, mais à s’opposer à « une procédure viciée » initiée par le président Évariste Ndayishimiye du Burundi, « en violation totale de toutes les règles et réglementations régissant les candidatures africaines dans le système international ».
Le Rwanda qui comptait sur le président Macky Sall pour sortir de son isolement diplomatique international ne saurait cracher sur une candidature qui le propulserait à la tête des Nations, avec un Paul Kagamé président à vie.
La presse écrite du 28 mars, froide, réfléchie, responsable, a globalement été favorable au candidat Macky Sall et se désole plus de l’absence d’unanimité que de rejet, ce que les inconsolables ne peuvent saisir dans sa subtilité : là où certains invitent à revoir la copie, ils hurlent avec les loups.
“Plutôt que sur les faits, une “vérité alternative” se fonde sur les expériences ressenties. Alors que l’on parle souvent “d’ère de la post-vérité”, la philosophe Gloria Origgi explique comment la vérité fait l’objet de récupérations politiques pour séduire les électeurs”. Air connu.
Au-delà de l’éternel esprit de Fachoda qui domine les relations entre le Rwanda et le Burundi, le silence rompu le 27 mars dernier dans l’affaire de la candidature de Macky Sall au secrétariat des Nations-Unies renvoie à la disparition des grands empires du Monomotapa-Zimbabwe, du Kanem-Bournou et du Rwanda-Burundi.
Cet esprit de Fachoda est celui d’un nationalisme extraverti quand des aventuriers se disputent les terres d’Afrique et d’un droit d’ingérence dans les affaires d’autrui et non les leurs propres, dans la symbolique de la poutre qu’ils ont dans l’œil : il se prolonge avec la dislocation de l’empire du Mali, ancien et récent, et, plus prosaïquement, du quiproquo historique et épistémologique de 1963 avec la création de l’Organisation de l’Unité africaine, ancêtre de l’actuelle Union africaine, qui demande elle aussi une renaissance pour avoir trop vécu.
Casablanca et Monrovia ?
La chute des grands empires symbolise les difficultés d’une unité utopique recherchée depuis la nuit des temps, nostalgiques chimères d’une unité que tout dément dans les faits.
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Aperçu IA

L’« esprit de Monrovia » désigne la tendance modérée et souverainiste du Groupe de Monrovia (1961), prônant une unité africaine progressive, le respect de la souveraineté des États et une coopération économique, par opposition à la vision fédéraliste radicale du groupe de Casablanca. Ce courant a façonné la charte de l’OUA.
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Les bavards en toutes libertés

Les bavards ont rompu le silence ; ce sont des endroits de non-droit qui ont éclaté l’Oua avec Edem Kodjo et entraîné le départ du Maroc frustré d’une Coupe qu’il ne méritait pas et qui lui reste toujours en travers de la gorge. Ils sont les mauvais héritiers d’un combat qu’ils n’ont pas su mener contre le colon, lutte pour la liberté qu’ils transposent désormais sur tous les théâtres d’opération et en toutes circonstances ; du Bechuanaland au Basutoland, du Monomotapa à l’Érythrée, la droite est, inversée, de Fachoda : la ligne Fachoda est nette, du Sud au Nord, se trace en Ethiopie, à la verticale d’un versatile Maroc.
On ne refait pas l’Histoire, sinon en la caricaturant, au nom d’un panafricanisme et d’un nationalisme de bon aloi.

Pathé MBODJE