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L’Éditorial de Pathé MBODJE : L’abominable pardessus

L’Éditorial de Pathé MBODJE
Le manteau de Némée

Sonko en Pan d’inspiration a voulu se chercher une immunité qui le rendrait aussi invulnérable que Hercule recouvert du manteau de Némée.
Sorti par la grande porte pour avoir refusé de jeter l’éponge, le désormais ex-Premier ministre veut revenir par la fenêtre. Sa tentative de récupération de son siège de député se heurte à une expression qui semble avoir échappé aux commentateurs ce lundi avec la nomination du nouveau Premier ministre : au président de la République gardien de la Constitution, vieux comme Mathusalem, s’est ajouté “le garant du fonctionnement des institutions“. En bouleversant les frontières entre l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire, Bassirou Diomaye Faye entend désormais faire face à la menace d’une République bananière à laquelle on entraîne le Sénégal : l’utilisation de l’Hémicycle ces derniers temps interpelle d’autant avec les accusations de faux avancées par un membre de cette honorable institution. Les références académiques du nouveau président versant dans des humanités gréco-latines auraient pu rassurer quant à la toge et à l’épitoge quand Ousmane Sonko renvoie aux pères de la démocratie.
Celui qui se voulait martyr en refusant de démissionner a finalement jeté l’éponge ; en Pan d’inspiration, il a encore imaginé un scénario politique indéfendable, en oubliant que le manteau de Némée ne vaut que par la tunique de Nessus.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se renforcent pourtant mutuellement avec le départ, vendredi, du Premier ministre.
Démissionné, Ousmane Sonko peut encore théoriser sur l’ingratitude humaine et renforcer son éternelle image d’un incompris ; l’ayant démissionné, Diomaye se veut une autorité qu’on lui prêtait depuis quelque temps. Ils se sont mutuellement rendu service : le président en faisant preuve d’autorité, Sonko en se présentant comme victime. Le problème est aujourd’hui plus d’ordre moral que légal : que dire à Pastef ?

Le ton conciliateur du communiqué de Pastef invitant ses membres nantis d’autorité à privilégier la voie hiérarchique plutôt que les réseaux sociaux révèle un malaise profond chez Pastef partagé entre le radicalisme de la base et le souci du sommet de faire bonne figure auprès de l’opinion. Au demeurant, le nouveau président de l’Assemblée nationale mélange à son habitude le show et le froid dans son discours d’installation.

Une sorte de complicité lie en effet Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, moins en direction des populations, ce que le protocole d’État permet de gérer et de réguler, que dans la justification de certains actes en direction de la formation du président Ousmane Sonko. La référence ad nauseam à la formation majoritaire commune aux deux hommes renseigne moins sur une densité physique, terreau électoral certain, qu’une densité morale pour gérer un parti qui se plaît dans les extrémismes et dans les apparences qu’il faut sauver.
Que dire à Pastef ? devient ainsi un enjeu plus social que politique quand la formation entraînée dans l’extrémisme vérifiera dans la réalité avoir été l’objet d’utilisation à des fins populistes.