L’Éditorial de Pathé MBODJE : La bonne fortune de Diomaye
L’Éditorial de Pathé MBODJE
La bonne fortune de Diomaye Faye
Ousmane Sonko a engagé son énième combat d’arrière-garde contre la richesse du président Bassirou Diomaye Faye. Autour des fonds politiques et de la déclaration de patrimoine du président de la République à sa sortie, le président de l’Assemblée nationale oublie d’insister sur la souveraineté qu’il prône tant, tant diplomatique, sécuritaire que solidaire d’une Nation plutôt que la richesse des Nations d’Adam Smith. Au demeurant, une certaine jurisprudence depuis Idrissa Seck rejette toute immixtion dans la gestion de fonds secrets à la seule discrétion du destinataire. Enfin, la majorité ^parlementaire devrait mieux assimiler que, dans l’exercice de ses fonctions, le chef de l’État est tellement irresponsable juridiquement que même l’Arlésienne de la haute trahison reste une nébuleuse non définie hors de tout doute raisonnable.
Dans la réalité politique actuelle, il faut sauver le soldat Ryan. Pris en défaut avec l’affaire Adji Sarr pour son entrée en politique, Ousmane Sonko sollicite la clémence de la société sénégalaise en accentuant paradoxalement ses bravades ; verni par une Présidentielle et des Législatives de 2024 par le ramollissement cérébral d’une société en déliquescence, il n’a pas su jusqu’où aller trop loin. Tel est le personnage. Sa participation est cependant importante dans les luttes démocratiques depuis 2016, même si les émeutes de la faim l’emportent sur la vision politique. Au demeurant, ses deux années de participation à l’exercice du pouvoir n’ont pas permis d‘améliorer la situation socio-économique générale d’un pays pourtant habitué à la Débrouille depuis les années de restructuration et d’ajustement structurel de Abdou Diouf accentuées par la moue du Fonds monétaire international envers Macky Sall et l’administration Bassirou Diomaye Faye.
La société civile avait évoqué il y a deux mois un compromis dynamique sous forme d’un mauvais arrangement qui vaudrait mieux qu’un bon procès. Aujourd’hui, la nouvelle théorie rejoint les vacances diplomatiques qui permettrait d’exfiltrer notre homme.
Certes, les charges sont lourdes, trop lourdes : depuis l’administration Pastef, la société divisée se nourrit de haine profonde et rêve d’un grand soir où la société tout court prendrait sa revanche sur elle-même. D’une entropie tellement forte qu’il faut une force supérieure pour préserver la Nation culturelle Sénégal aujourd’hui en jeu.
Bien sûr, la pénétration des idées véhiculées entre 2021 et 2024 a beaucoup évolué. Il reste que le recul observé depuis l’arrivée du président Bassirou Diomaye Faye n’a pas permis de résoudre les fondamentaux du parti de la demande sociale qui expliquaient en partie le succès politique de la rhétorique Pastef.
La Cour n’a jamais été le lieu de la cohésion sociale comme l’ont révélé la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (Crei) et les Chambres africaines. Reconnus juridictions de droit commun qui ont une compétence spécifique délimitée par la loi, les tribunaux d’exception ont aussi une caractéristique péjorative : ce sont des lieux généralement reconnus pour leur sévérité de circonstance, qui ont ainsi un pouvoir prétorien, initiateur de droit, “donc dérogatoire au droit écrit”.
Cette dernière caractéristique leur donne un aspect hybride : ces creusets ad-hoc vivent certes pour la justice, mais une justice limitée simplement à l’impunité. Les lieux de tentative de reddition ne font guère mieux; en tout cas à date, avec ces dossiers dits explosifs et qui se dégonflent.
Le Forum du Justiciable a repris l’antienne ces jours-ci et veut solliciter l’opinion internationale autour de ces tribunaux d’exception. L’exception est justement leur Adn.
Une partie de l’opinion est entrée en Cour sans responsabilité.
Il faut comprendre le déchirement du président Bassirou Diomaye Faye mais, en même temps, son génie qui se veut au-delà des tribunaux d’exception. Soutenons-le : Sonko et maman dorment chez lui et ont droit au respect dû aux homonymes et à la dignité qui s’attachent à leur nom. Evitons d’insulter le futur pour contenter quelque égo étroit.
Bassirou Diomaye Faye et le Sénégal auront perdu un mandat pour rien s’il ne s’agit que de se débarrasser de l’un ou de l’autre dans le combat devenu général contre Ousmane Sonko : rompre ses propres repères autour de Sonko, moins pour l’isoler que pour s’éloigner soi-même en même temps de certaines influences laudatrices ; si l’un ne se reconnaît plus dans l’autre, dans une généreuse altérité qui fonde la société, c’est peut-être à cause d’un entourage néfaste. À la différence de Sonko qui en parle ad nauséam, Diomaye agit : il est plus à plaindre lui qui rompt tout aussi bien une partie importante de sa vie et de ses repères historiques.
Ryan à son jumeau siamois.
