L’Éditorial de Pathé MBODJE : Dépôt à terme
L’Éditorial de Pathé MBODJE
Dépôt à terme
Cheikh Bara Ndiaye a récemment invité le Maire de Dakar à songer à réintégrer l’Assemblée nationale. Il subodore une relation heurtée entre un sanguin Abass Fall et le pouvoir actuel qui lui chercherait noise en direction des prochaines consultations électorales. Il estime qu’une querelle de préséance opposera désormais Abass Fall à un camp que le contrôle de la capitale aiderait bien dans sa recherche d’assises locales et nationale. Abdou Diouf était plus tolérant qui s’était contenté d’une capitale hostile depuis 1993.
Cette position de celui que Le Devoir présentait sage comme Kocc Barma n’est pas sans logique.
Le Sénégal vit à crédit, misant sur un dépôt à terme expirant le 02 décembre avec la dissolution de l’Assemblée, devenue secret de Polichinelle et sujet de conversation.
Le dépôt à terme avait déjà été évoqué en avril dernier avec l’affaire Pape Cheikh Diallo avec le très gros poisson qui devait tomber. Les choses se sont précipitées depuis avec le dossier Ousmane Sonko renvoyé de la Primature et retourné à l’Assemblée ; elles semblaient bâclées, soumises à l’empreinte humaine plutôt qu’à la démarche du pas de sénateur de Dame justice. Les amateurs de polars souriront en évoquant Agatha Christie : “Un crime sera commis le…”. En l’espèce, début décembre. Le Mortal Combat promis à Macky Sall pourrait finalement opposer deux frères siamois. Drame cornélien pour l’une des parties : le lien est là, désormais ténu mais ferme, liens politiques mais aussi liens de sang. Il faut comprendre Bassirou Diomaye Faye dans cette phase délicate de la situation politique au Sénégal.
L’invite de Cheikh Bara Ndiaye au maire de Dakar prié de se précipiter vers l’Assemblée conforte ainsi l’idée selon laquelle le parlement vaut un bon parapluie, un bon mbalanoum Kiiraay, une bonne couverture, une immunité. Las !
C’est oublier que la dissolution rend la citoyenneté plus accessible. « Je dissous l’Assemblée nationale pour demander au peuple souverain les moyens institutionnels qui me permettront de donner corps à la transformation systémique que je lui ai promise ». Certes, les députés gardent leur statut jusqu’aux prochaines élections législatives ; ils ne peuvent cependant se réunir en session ordinaire ou en session extraordinaire. Ils sont donc accessibles à tout moment et peuvent aisément faire l’objet de dépôt à terme.
L’actuel imbroglio avec un parlement votant des lois que le Conseil constitutionnel s’empresse de déclarer non conformes est donc un moment de rupture où chaque institution se découvre des valeurs nouvelles pour repousser une échéance que tous redoutent, de quelque bord qu’on se situe.
