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Le voisinage, la première famille: Un lien sacré aboutissant à la parenté Khadidiatou GUEYE Fall

Il est de la nature du Sénégalais de se montrer courtois avec les habitants de son quartier. Les relations avec ces derniers sont souvent caractérisées par la paix ou par des querelles. Pourtant, dans la démarche du Sénégalais, la maxime « deukeundo diam thia geune » est toujours mise en exergue. Dans certains quartiers populaires, l’entente et la symbiose notifient la vivacité d’un bon voisinage. Dans certaines localités, chaque concession cherche à manifester une suprématie sur son voisin, occasionnant des conflits. Tandis que dans d’autres zones d’habitation, le caractère du voisinage manque du fait que chacun se recroqueville sur lui en respectant le périmètre de soi.

Les grandes personnes ont l’habitude de dire : « Deukeundo dina geune domou nday ». Cette assertion n’est vivante que dans les tribus où le sens de l’entraide prend le dessus des petits conflits. C’est le constat à Cambérène, une cité religieuse constituée de concessions en forme de U ;  les habitants de cette commune ont fini par contaminer les locataires venus de part et d’autre de la capitale. Dans ce village, il n’y a besoin de chercher ni griot ni traiteur pour le repas lors des grandes cérémonies familiales : il est de leurs habitudes de faire appel aux voisins qui s’occupent intégralement de la cuisine et des services.

Assise tout au fond de la concession se situant en face de la grande mosquée, devant la porte de grande maison, une femme vers la soixantaine tient son petit chapelet à la main droite. Elle attend la prière du takussan en égrenant son chapelet. A coté d’elle, des enfants jouent sur le sable mouillé avec de petits récipients multiformes. Il s’agit de ses petits-enfants et des enfants du voisinage qu’elle corrige et surveille à la fois. Interpelée sur le sujet, elle formule une dernière prière avant d’élever les mains vers le ciel et les mettre sur le visage.

« Le voisinage est très sacré chez nous. On nous a toujours imposés de respecter nos voisins. En tout cas, c’est ce que mes parents ont inculqué. C’est pourquoi je considère mes voisins comme de proches parents. Beaucoup de personnes se tiraillent avec leur voisin, et poussent leurs enfants à se détester alors qu’elles ignorent encore l’importance de maintenir la paix entre voisins  ». Elle ajoute :  «Actuellement, vous me voyez surveiller mes petits-enfants et les petits-enfants de mes voisines, tout ça grâce à l’entente qui nous lie. Je ne me plains jamais d’eux car je me considère comme leur grand-mère. Et je sais que Fatou Mbaye là-bas (une dame qui sort d’une maison à coté avec chaise) ferait la même chose avec mes petits-enfants.

Quand j’ai un baptême, mes voisines sont là, la veille, pour gérer les préliminaires de la cuisson. Elles font tout ce qui est nécessaire pour la réussite de la cérémonie. Même pour un décès, les voisins sont les premiers venus. Ils t’assistent en attendant l’arrivée des parents. Donc, on doit raffermir les liens et cultiver la paix quand on habite côte à côte ». Le milieu de vie détermine le type de voisinage que les habitants abordent.

Un autre type de voisinage dénude tout le sens que l’exemple aurait donné sur les liens de cohabitation. Sira est une jeune étudiante. Elle a quitté la banlieue pour se rapprocher de son école de formation située à Sacré Cœur 2. Elle s’était logée chez une tante au Jet d’eau. Sira n’a pas connu la solitude dans ces milieux de vie. Elle a grandi dans une atmosphère de bon voisinage. « Je vivais dans l’immeuble de ma tante au quatrième étage. Mais avec les quatre années passées à l’immeuble, aucun de nos voisins n’est venu nous rendre visite ; on ne connait pas. Chacun vaque à ses occupations sans se soucier de l’autre. En cas de problèmes ou d’évènements, les habitants de l’immeuble ne sont pas même au courant. Personne ne se soucie de l’autre », relate Sira.

Pour cette dernière, le voisinage n’existe que de nom en ville et dans les zones résidentielles. Les voisins des appartements côte à côte ne se connaissent pas et ne cherchent à tisser des liens et à cultiver le vivre-ensemble.

Ceci n’est qu’une infime partie de la relation entre voisins. Car, chez certains, le voisin est considéré comme l’ennemi juré à cause d’une incapacité de tolérance.

Moussa Sakho, un jeune homme de 27 ans, nous raconte un voisinage accentué par des conflits dans une maison de location située dans la banlieue : « La maison était constituée d’un rez de chaussée et de deux étages. Mais chaque matin, pour des questions de toilettes, les locataires sont en conflit ;  parfois, ils se battent et leurs femmes s’en mêlent. Ils ne se supportaient plus. A chaque fois qu’il y avait un conflit, c’est le propriétaire qui vient avec des menaces d’expulsion pour calmer la situation. Un voisinage où les personnes le composant ne se supportent, il ne peut pas y avoir de l’entente encore moins de l’entre-aide.

D’autre part, pour s’enrager, l’un augmente le volume de la musique pour énerver l’autre alors que ce tapage nocturne représente une infraction ». Cette infraction est prévue par la loi pénale sénégalaise.

Le voisinage est perçu comme l’ensemble des rapports existant entre des personnes vivant côté à côté. Quand les uns vivent le bon voisinage qui aboutit à une relation de parenté, certains sont souvent sur la défensive avec leur voisin. D’autres sont réticents à l’idée de côtoyer les personnes habitant proche.

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