Keur Madiabel : Un territoire productif et intelligent
Abdoulaye Diatta, maire de Keur Madiabel
Des engagements de 2022 à la construction d’un territoire productif et intelligent
Pour les intimes, il est Laye Diatta. Pourquoi fait-il penser à Laye Diop Diatta, ce 20ème de la liste que Senghor ne voulait pas voir en peinture ? DiattaCounda, origine première. Lui se prévaut du droit du sol, Keur Madiabel, où il est né pour lequel il avait refusé un premier appel politique en 2002. Il fit bien puisqu’il symbolise cette éternelle rivalité Gauche-Droite entre Libéraux et Socialistes : il a pris la mairie des mains d’un dinosaure du Parti socialiste et d’un socialiste tardif.
Il avait promis. Il mène son bout de chemin et donne rendez-vous à l’horizon 2030. En attendant, il est en route vers un territoire intelligent.
En 2022, Abdoulaye Diatta présentait aux populations de Keur Madiabel un projet fondé sur des objectifs précis : moderniser l’administration municipale, sécuriser le foncier, améliorer les services sociaux de base, renforcer les ressources propres de la commune et créer une économie locale génératrice d’emplois. Quatre ans plus tard, cette vision prend forme à travers la digitalisation des services, l’organisation du territoire et la réalisation progressive de la Zone économique de développement.
Question 1 – Quels étaient vos principaux engagements en 2022 et quelle vision portent-ils pour Keur Madiabel à l’horizon 2030 ?
En 2022, nous avons pris l’engagement de faire de Keur Madiabel une commune moderne, productive, solidaire et attractive. Notre première promesse était de rapprocher l’administration des citoyens en améliorant l’état civil, la transparence municipale et la qualité des services publics.
La deuxième concernait la transformation de notre économie. Keur Madiabel dispose d’agriculteurs, d’éleveurs, de commerçants, d’artisans et d’entrepreneurs, mais ces forces économiques évoluaient sans cadre suffisamment structuré. Notre ambition était donc de créer un espace permettant de produire, transformer, commercialiser et créer des emplois localement.
Nous nous étions également engagés à mieux organiser le foncier, à améliorer le cadre de vie, à renforcer l’accès à la santé et à l’éducation et à porter une attention particulière à l’emploi des jeunes, à l’autonomisation des femmes et à l’inclusion des personnes vulnérables.
À l’horizon 2030, nous voulons une commune organisée autour de plusieurs pôles complémentaires :
- un pôle agro-industriel ;
- un pôle artisanal ;
- un pôle commercial et logistique ;
- un pôle de formation et d’insertion ;
- un pôle numérique et administratif ;
- un pôle de services sociaux, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation ;
- un pôle d’économie verte et de valorisation des déchets.
La cohérence de notre action repose sur une idée simple : chaque investissement doit contribuer à la transformation économique et sociale du territoire.
Question 2 – Quelle place la digitalisation occupe-t-elle dans cette transformation ?
La digitalisation constitue l’un des leviers majeurs de notre politique municipale. Elle répond à trois exigences : améliorer le service rendu aux citoyens, renforcer la transparence et sécuriser les ressources publiques.
Avec EASY-GEC, nous avons automatisé la gestion des actes de naissance, de mariage et de décès. Les recherches sont désormais plus rapides, les opérations sont mieux tracées et les risques de perte ou d’altération des documents sont réduits. Certaines demandes peuvent être introduites à distance, même si le retrait physique reste nécessaire pour garantir les contrôles d’identité et la sécurité juridique.
Cette réforme a également amélioré les recettes. Les produits de l’état-civil et des légalisations, qui représentaient environ 100.000 francs CFA en 2021, ont atteint près de 2 millions en 2024, puis 3.002.100 francs CFA en 2025.
Une audience spéciale a par ailleurs permis de produire 2.259 actes. Le travail de vérification a également mis en évidence 697 anomalies devant faire l’objet d’un traitement approprié. La digitalisation ne consiste donc pas seulement à accélérer les procédures : elle permet de détecter les irrégularités et de rétablir les citoyens dans leurs droits.
Nous avons aussi formé les agents municipaux, les délégués de quartier, les relais communautaires et les imams afin d’améliorer les déclarations de naissance, de mariage et de décès.
Dans le domaine des finances locales, eGOX permet d’identifier les contribuables, de suivre les émissions, les encaissements et les reversements au Trésor. Cette réforme a contribué à une progression de 35 % de la collecte des taxes locales en 2024. Notre objectif n’est pas d’imposer davantage les populations, mais d’élargir équitablement l’assiette, de réduire les pertes et de garantir que chaque franc mobilisé serve effectivement au développement communal.
Question 3 – Quels sont les résultats de la digitalisation du foncier ?
Le foncier est à la fois une richesse, une source de recettes et un facteur potentiel de conflits. Il doit donc être géré avec méthode, transparence et équité.
La cartographie réalisée a révélé que 53 % des parcelles attribuées sont encore inoccupées et que 75 % des maisons construites ne disposent pas de titres suffisamment sécurisés.
Le diagnostic a permis de recenser 4.103 maisons et parcelles. Sur les 340 litiges identifiés, 2.287 ont déjà été résolus. La commune a reçu environ 3.800 demandes de régularisation, remis 892 documents et placé 375 actes en cours de vérification.
Notre stratégie consiste d’abord à achever la cartographie et la géolocalisation des parcelles. Nous devons ensuite distinguer les terrains attribués mais non mis en valeur, les maisons sans titre, les dossiers incomplets, les occupations irrégulières et les situations litigieuses. La régularisation doit être accélérée à travers un guichet foncier mieux organisé, des procédures connues et une collaboration renforcée avec le Cadastre, l’Urbanisme, les Impôts et Domaines et l’autorité administrative.
Pour les parcelles durablement inoccupées, la commune devra appliquer des procédures transparentes : vérification des droits, mise en demeure, délai de mise en valeur et, lorsque les conditions légales sont réunies, désaffectation ou réaffectation à des projets d’intérêt collectif.
L’interconnexion entre e-Foncier et eGOX permettra progressivement de mieux connaître l’assiette fiscale et d’améliorer les recettes sans créer de double imposition. Enfin, le foncier doit être géré à partir d’une vision d’ensemble. Nous préparons une organisation à long terme distinguant les zones d’habitation, d’agriculture, d’élevage, d’artisanat, d’activités économiques, de services publics et de préservation environnementale.
Question 4 – Que signifie pour vous l’intelligence territoriale ?
L’intelligence territoriale consiste à connaître précisément les ressources, les contraintes et les acteurs d’une commune afin de prendre de meilleures décisions.
Elle repose sur la donnée, mais aussi sur la concertation. Une plateforme numérique, à elle seule, ne transforme pas un territoire. Il faut que les informations produites soient partagées, analysées et utilisées pour orienter l’action publique.
C’est dans cette logique que nous déployons EASY-GEC pour l’état-civil, eGOX pour les taxes, e-Foncier pour la gestion des parcelles et ZEINA pour l’accompagnement des très petites entreprises et des activités génératrices de revenus.
Nous développons également des tableaux de bord et un portail citoyen destiné à faciliter l’accès à l’information, les démarches administratives et le signalement des incidents.
Le programme d’inclusion numérique VOPINU, qui a enregistré 190 participants, s’inscrit dans la même dynamique. La modernisation ne doit laisser de côté ni les agents municipaux, ni les jeunes, ni les femmes, ni les citoyens moins familiarisés avec les outils numériques.
L’intelligence territoriale nous permet ainsi de passer d’une gestion fondée sur les impressions à une gouvernance appuyée sur des informations vérifiables. Elle facilite la transparence, la participation des citoyens, la prévention des conflits et l’évaluation des politiques publiques.
Question 5 – Comment cette vision s’intègre-t-elle aux politiques nationales et à la dynamique économique de Kaolack ?
Notre démarche rejoint les orientations de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 : souveraineté économique, industrialisation, territorialisation du développement, transition numérique, valorisation du capital humain et meilleure exploitation des ressources locales.
La région de Kaolack est au cœur du bassin arachidier et constitue un important carrefour économique et logistique. Pourtant, une partie considérable de la production quitte encore nos territoires sans y être suffisamment transformée.
Keur Madiabel dispose d’environ 1.298 agriculteurs, 223 éleveurs, 323 commerçants, 150 tailleurs et 95 ateliers de menuiserie, dont 25 spécialisés dans le métal. Une cinquantaine d’unités de décorticage peuvent traiter environ 40 tonnes d’arachide par jour. Le potentiel existe. Notre responsabilité est de l’organiser. Nous voulons ainsi faire de Keur Madiabel un micro-pôle territorial de transformation, capable de relier les producteurs, les artisans, les commerçants, les transporteurs, les structures de financement, les centres de formation et les marchés.
Cette méthode peut être reproduite dans d’autres communes à partir d’un diagnostic local, d’une cartographie des acteurs, d’un plan d’aménagement, de partenariats, de mécanismes de financement et d’un tableau de bord partagé.
La ZED, point de convergence de la vision municipale-La Zone économique de développement constitue l’aboutissement concret des engagements pris en 2022.
Aménagée sur neuf hectares, elle dispose déjà d’une clôture de sécurité, d’un réseau électrique, d’une adduction d’eau potable, de blocs sanitaires, d’un abattoir, d’un foirail, d’unités de décorticage et de transformation ainsi que d’espaces destinés aux artisans.
Le transfert du marché hebdomadaire a permis de mieux organiser les activités commerciales, de désengorger les rues, d’améliorer la salubrité et la sécurité et de stimuler le transport local par motos et charrettes.
Un hangar destiné à la production de charbon à partir des coques d’arachide est en construction. Cette unité permettra de transformer un résidu agricole en ressource énergétique, tout en créant de nouvelles activités économiques.
La ZED doit progressivement accueillir les filières de l’arachide et des céréales, les métiers du bois et du métal, le textile, le cuir, la transformation laitière, les énergies renouvelables, la formation professionnelle et les services aux entreprises. Elle n’est donc pas un simple espace d’accueil. Elle organise les chaînes de valeur : production, transformation, formation, financement, transport et commercialisation. Cette transformation résulte d’une démarche collective associant le Conseil municipal, l’administration territoriale, les services techniques, les acteurs économiques, les autorités communautaires, les partenaires et les populations.
Les prochaines perspectives : santé, éducation et consolidation économique
La prochaine étape consistera à consolider les acquis de la ZED, renforcer la formation professionnelle et accélérer l’installation des différentes filières économiques.
Cette dynamique doit également améliorer les services sociaux essentiels. La construction du nouveau poste de santé a déjà démarré. Cet équipement permettra de renforcer l’offre de soins et de mieux répondre aux besoins d’une population en forte croissance ainsi qu’à ceux des nombreuses personnes qui fréquentent quotidiennement Keur Madiabel.
Dans le domaine de l’éducation, la réalisation de l’école de Lansar est programmée pour 2027. Elle contribuera à rapprocher l’école des familles, améliorer les conditions d’apprentissage et accompagner l’expansion démographique de ce secteur.
Ces investissements traduisent la cohérence de notre projet : le développement économique doit financer et soutenir le progrès social. Une commune ne peut devenir véritablement attractive que si elle offre à sa population des emplois, des soins, une éducation de qualité et un cadre de vie organisé.
À Keur Madiabel, la promesse de 2022 prend progressivement la forme d’un territoire productif, numérique et solidaire.
Gouverner, c’est fixer un cap, mobiliser les énergies et transformer les engagements en réalisations durables.
