Internet au Sénégal : I and I
Numérique
Souveraineté africaine et dérives sociales

En tant qu’expert du numérique et de la cybersécurité, je pense que « libérer l’Internet africain » signifie avant tout mieux maîtriser notre espace numérique : nos infrastructures, nos données, notre cybersécurité et nos contenus.
Internet est un formidable outil de développement, mais il amplifie aussi nos dérives :
désinformation,
atteintes à la réputation,
exposition de la vie privée
et harcèlement.
Le véritable enjeu pour l’Afrique est donc de construire une souveraineté numérique responsable, où Internet sert davantage à éduquer, créer, protéger et développer qu’à diviser ou nuire.
Internet au Sénégal : Amadou Wade Hébergeur
Construire, apprendre et transmettre, ou simplement prolonger à grande échelle les conversations de la cour et de l’arbre à palabres ?
“Libérer l’internet africain” s’écrie l’autre sur son statut. A-t-il raison ?
Que répondre à Lamane Diallo quand il déplore la déstructuration du tissu social quand internet nous détourne de nos obligations civiles ? Y-a-t-il un internet africain ?
Amadou Wade est un spécialiste de l’internet et hébergeur de sites ; il retient principalement que si les commérages, les mensonges et les discussions sur la vie d’autrui existaient déjà, ils restaient généralement limités à six ou sept personnes réunies autour du thé, dans une cour ou sous un arbre. Le commérage est devenu un contenu, le mensonge un spectacle et l’exposition de la vie des autres un véritable passe-temps. “Que faire quand le mensonge menace la vie démocratique” ?
L’expression « Libérer l’Internet africain » peut être pertinente si elle signifie permettre aux Africains de mieux maîtriser leurs infrastructures, leurs données, leurs contenus et leur manière d’utiliser le numérique.


Il n’existe pas, techniquement, un Internet africain séparé du reste du monde. Internet est universel. En revanche, il peut exister une manière africaine de l’investir : produire des contenus enracinés dans nos réalités, valoriser nos langues et nos savoirs, protéger notre souveraineté numérique et utiliser cet outil au service de notre développement.
Pour le reste, mon point de vue rejoint celui de Lamane Diallo. Internet n’a peut-être pas créé nos défauts, mais il leur a donné une portée et une puissance considérables. Les commérages, les mensonges et les discussions sur la vie d’autrui existaient déjà. Cependant, ils restaient généralement limités à six ou sept personnes réunies autour du thé, dans une cour ou sous un arbre.
Aujourd’hui, ce qui était autrefois discret et limité peut être diffusé instantanément à des milliers de personnes. Le commérage est devenu un contenu, le mensonge un spectacle et l’exposition de la vie des autres un véritable passe-temps. Chacun peut désormais commenter, juger ou salir une personne qu’il ne connaît même pas.
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Résumé : La vérité est une question politique », de Gloria Origgi : philosopher à l’ère de la post-vérité”
Que faire quand le mensonge menace la vie démocratique ? La philosophe ouvre quelques pistes dans un essai modeste et stimulant.
Par Florent Georgesco, Le Monde des Livres, publié le 11 avril 2024.
Plutôt que sur les faits, une “vérité alternative” se fonde sur les expériences ressenties. Alors que l’on parle souvent “d’ère de la post-vérité”, la philosophe Gloria Origgi explique comment la vérité fait l’objet de récupérations politiques pour séduire les électeurs. France culture.
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Internet amplifie ainsi certaines dérives et participe à la déstructuration du tissu social. Il nous détourne parfois de nos obligations familiales, communautaires et citoyennes, tout en donnant l’illusion que commenter l’actualité ou la vie des autres constitue une forme d’engagement.
La véritable question est donc de savoir si nous utilisons Internet pour construire, apprendre et transmettre, ou simplement pour prolonger à grande échelle les conversations de la cour et de l’arbre à palabres.
À titre personnel, je me suis d’ailleurs désinscrit de la plupart des réseaux sociaux, à l’exception de X (Twitter). J’ai également constaté que LinkedIn, malgré sa vocation professionnelle, a amplifié le voyeurisme et le besoin de paraître. Chacun cherche à se mettre en scène, à donner l’impression d’être une personne importante, un grand professionnel ou un intellectuel accompli. On y expose parfois davantage une image de soi que son véritable travail.
J’ai fini par trouver cette mise en scène permanente artificielle et ennuyeuse, raison pour laquelle je me suis également désinscrit de LinkedIn.
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Pour en savoir plus
Gloria Origgi : La vérité est une question politique, Paris, Albin Michel, 2024, 176 p.
Gloria Origgi (dir.) : Passions sociales, Paris, PUF, 2019, 704 p.
Gloria Origgi : La réputation : qui dit quoi de qui, Paris, PUF, 2015, 304 p.
Gloria Origgi, :Qu’est-ce que la confiance ?, Paris, Vrin, 2008, 126 p.
