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Formations politiques : La génération spontanée

Formations politiques

La génération spontanée

Une génération spontanée de politiciens a  envahi l’espace politique sénégalais de ces vingt dernières. L’absence de légitimité historique explique le court cycle de vie des formations politiques nouvelles.

Le facile effondrement de formations politiques puînées s’explique par leur absence de légitimité historique et territoriale. Les débandades observées depuis la mise sur pied de la coalition “Diomaye Président” se sont accentuées avec la formation du président de la République Bassirou Diomaye Faye. Elles concernent principalement l‘Alliance pour la République et Pastef, au point de susciter des interrogations sur la nature et la solidité de la démocratie sénégalaise. La vérité est bien simple de formations responsabilisées sur un coup de tête avec une société sans repère regrettant vite le geste posé dans un accès de difficultés.
Si l’Union progressiste sénégalaise de Senghor a réussi la jonction avec la campagne que l’on ne visite plus que le temps d’une…campagne électorale, elle a aussi bénéficié du concours de potentats locaux qui ont donné la baronnie contre laquelle Abdou Diouf s’est heurté, faute de légitimité historique : Bocar Seck, Dr Ibrahima Mamadou Wane, Sara Ouali, Abdou Ndiaye, Mamba Guirassy, Makha Sarr, etc.. ont réussi cette transition sociologique entre la féodalité traditionnelle et la distribution de l’autorité locale nouvelle.
Même si le maintien de la structure sociale locale avait commencé à se fissurer avec la décentralisation, le nouvel État a réussi, au nom de l’autorité de l’État, à imposer une unicité pour s’arroger tous les droits.
Les crises immédiates de l’indépendance (Mamadou Dia, Pra, Mai 68) ont plus donné envie de rêves et de rires qui ont facilité la voie à Me Wade qui a suivi la voie de Senghor en commençant par le bassin arachidier et en décrochant Mamadou Diaw Guissaly et compagnie.

Une génération spontanée est née à partir de 2010 avec Macky Sall qui a opté pour un vote émotif reposant sur du “tout sauf”on sanctionne moins un programme qu’une personnalité sortante que l’on aide à bien sortir.

Le Sénégal a perdu depuis le Parti démocratique sénégalais la réalité d’une formation politique structurée à partir de l’organisation géographique. Laye Diop Diatta, le vieux Mamadou Diaw Guissaly, Mafall Fall, Boubacar Sall, entre autres émérites, couvraient aussi le territoire du Sud au nord, à la différence par exemple du clan de l’Alliance pour la République, d’autant plus association de copains que Macky Sall, conscient, avait refusé de structurer son entreprise politique. Mbaye Ndiaye, ABC, Mimi étaient sans base ni assise ; Macky Sall lui-même, au cours de sa courte traversée du désert, a dû chercher un point de chute à Ngor avec la coalition “Dekkal Ngor” pour être.

La densité morale entre 1980 et 1990 a paradoxalement donné naissance à une certaine méfiance de la société envers les politiciens : elle n’accordait plus totalement sa confiance, distribuant ses voix avec parcimonie, comme pour inviter la classe politique à plus de solidarité devant les difficultés des besoins essentiels. Le Sénégal comprend ainsi par les coalitions ce qui se vit ailleurs sous forme de cohabitation. Cette dispersion de voix ressemble à un ramollissement cérébral favorable à toutes les permissivités, à moins de rigueur, à plus de pis-aller. Certes, il y a eu des sursauts d’orgueil lorsque l’élu a voulu transgresser la durée constitutionnelle, comme avec Me Wade et Macky Sall. Il reste que lorsque le père perd la puissance de l’argent qui lui conférait la légitimité dans la cellule de base, Mouhamadou Makhtar Cissé peut multiplier les tribunes religieuses pour appeler à plus de responsabilité.

Il est du devoir de l’Etat, au premier chef, de veiller à la dignité des populations.

 

Pathé MBODJE