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Financement des jeunes et des femmes : 300 milliards pour 2027-2029

Financement des jeunes et des femmes au Sénégal

Le public comme garantie      du privé

Malgré l’existence de nombreux fonds, programmes et mécanismes de financement, l’accès au crédit reste difficile pour les TPE, PME, jeunes entrepreneurs et femmes. Pourtant, la mise  en place, sur la période 2027-2029, d’un Pacte national de financement des jeunes et des femmes, regroupant l’État, les banques, la microfinance, les fonds publics, la diaspora et les investisseurs privés  pourrait permettre de mobiliser au moins 300 milliards FCFA

Par Dr Djiby NDAO

Membre Club Kom-Kom Kiiraay,
Responsable des cadres Kiiraay département de Dagana;
Membre fondateur KIIRAAY-les patriotes républicains.

Le financement des jeunes et des femmes ne doit plus être considéré uniquement comme une politique sociale. Il doit devenir un instrument de transformation productive, d’industrialisation et de création massive d’emplois. D’ailleurs, c’est l’un des grands défis du Sénégal à l’horizon 2050.
En effet, malgré l’existence de nombreux fonds, programmes et mécanismes de financement, l’accès au crédit reste difficile pour les TPE, PME, jeunes entrepreneurs et femmes. La DPG du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô confirme d’ailleurs que 64,2 % des entreprises considèrent l’accès au financement comme un obstacle majeur ou très sévère. En ce qui concerne les politiques de relance de ce secteur nous proposons de:

1) Créer un véritable « Pacte national de financement productif »

En effet, mettre en place, sur la période 2027-2029, un Pacte national de financement des jeunes et des femmes, regroupant l’État, les banques, la microfinance, les fonds publics, la diaspora et les investisseurs privés.
L’objectif pourrait être de mobiliser au moins 300 milliards FCFA de financements nouveaux sur trois ans, avec une priorité aux secteurs productifs tel que l’agriculture et transformation agroalimentaire, l’élevage et chaînes de valeur animales, la pêche, l’aquaculture et l’économie bleue, l’artisanat, l’industrie numérique et l’économie créative.
Ce financement ne devrait pas être distribué sous forme de simples subventions. Il doit principalement prendre la forme de crédits adaptés, garanties, prises de participation, crédit-bail, affacturage et financement participatif.

2) Utiliser la garantie publique pour débloquer le crédit bancaire

En effet, le principal problème de beaucoup de jeunes entrepreneurs n’est pas toujours l’absence de projet, mais l’absence de garanties.
Il faut donc renforcer un mécanisme national de garantie permettant aux banques de financer les entrepreneurs présentant des projets viables mais ne disposant pas de garanties suffisantes. Nous proposons, à titre d’objectif, de mobiliser 50 milliards FCFA de capacité publique de garantie afin de permettre plusieurs fois ce montant en crédits bancaires.
La logique serait simple : le franc public de garantie crée plusieurs francs de financement privé.
Cette approche correspond à la nouvelle doctrine annoncée par le gouvernement tel que : renforcer les garanties, développer le crédit-bail et l’affacturage et améliorer le financement de l’agriculture, des PME-PMI industrielles et de l’habitat.

 3) Réserver une part du financement aux femmes 

En effet, l’autonomisation économique des femmes doit devenir un objectif mesurable.
Nous proposons que 40 % de l’enveloppe du Pacte national de financement productif soit destinée aux entreprises et coopératives dirigées ou majoritairement détenues par des femmes.
Mais financer ne suffit pas. Il faut les accompagner par la formation, la formalisation, l’accompagnement et l’accès au marché. Une femme qui reçoit 2 millions FCFA sans accompagnement, sans débouché commercial et sans accès aux équipements peut rapidement revenir à la situation initiale.

4) Transformer chaque financement en emplois mesurables

En effet, nous devons sortir de la logique « Combien avons-nous distribué ? » pour aller vers « Combien d’entreprises avons-nous créées, combien d’emplois avons-nous générés et quelle valeur ajoutée avons-nous produite ? »
C’est précisément l’esprit de la nouvelle méthode gouvernementale. Chaque projet doit être évalué selon son impact réel et les indicateurs de pilotage doivent être publiés régulièrement.
Nous proposons donc un indice national d’impact des financements, mesurant pour chaque programme le nombre d’entreprises financées, le taux de survie à 3 ans, l’emplois créés et la part des femmes et des jeunes bénéficiaires.

5) Financer les chaînes de valeur plutôt que des projets isolés

En effet, le Sénégal ne doit plus financer uniquement le producteur. Il faut financer toute la chaîne de valeur.
Par exemple, pour l’agriculture :
Nous avons successivement la production puis le stockage ensuite la transformation, le transport, la commercialisation et l’exportation.
Cette orientation rejoint directement l’Agenda Sénégal 2050, qui veut faire de la transformation structurelle, de la souveraineté alimentaire et du développement des pôles territoriaux des moteurs de croissance.

6) Faire du financement un outil d’industrialisation

En effet, une partie importante des financements doit être orientée vers les entreprises qui transforment les matières premières sénégalaises.
Il est préférable de financer une unité qui transforme le lait local, le poisson, l’arachide, le riz, les fruits, les cuirs ou les produits agricoles plutôt que de financer uniquement leur commercialisation à l’état brut.
L’objectif doit être de créer davantage de valeur ajoutée au Sénégal.

La DPG identifie justement les PME, l’agriculture, l’économie sociale et solidaire, l’artisanat et les unités industrielles territoriales comme les principaux gisements d’emplois.

7) Faire des 1.243 milliards FCFA du programme FMI un levier, pas une caisse de distribution

En effet, les 2,2 milliards de dollars du nouveau programme FMI ne constituent pas un fonds directement destiné au financement des jeunes et des femmes. Il s’agit d’un programme macroéconomique destiné notamment à restaurer la stabilité, la viabilité de la dette, renforcer les finances publiques et soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé, mais son impact peut être considérable.
Si le programme permet de restaurer la crédibilité financière du Sénégal, de réduire le coût du financement et de rétablir progressivement l’accès aux financements concessionnels, il doit contribuer à libérer des marges pour l’investissement productif.
Il faut donc éviter de consommer ces ressources pour les dépenses courantes et rechercher un effet de levier sur l’investissement privé.

8) Profiter de la nouvelle doctrine de financement public 

En effet, la DPG annonce une rupture importante (aucun projet d’envergure ne devrait être lancé sans consacrer au moins 5 % de son coût d’investissement à sa préparation, et le gouvernement veut privilégier les projets ayant un impact démontré).
Cette méthode doit également s’appliquer aux programmes de financement des jeunes : avant de financer, il faut vérifier le marché, le modèle économique, les compétences, le financement et les débouchés.

9) Utiliser la commande publique comme instrument de financement indirect 

En effet, nous devons réserver une part significative de la commande publique aux entreprises nationales, renforcer la sous-traitance locale et surtout payer les entreprises dans les délais.

Le gouvernement a annoncé l’apurement des 1.956 milliards FCFA d’arriérés envers le secteur privé, avec une priorité notamment aux PME et aux secteurs à fort impact économique et social. C’est une mesure extrêmement importante pour les jeunes entreprises : une PME qui obtient un marché public mais attend son paiement pendant des mois ne peut ni investir, ni recruter, ni rembourser correctement ses crédits.

10) Fixer des objectifs territoriaux

En effet, le financement doit quitter la logique exclusivement dakaroise.
Nous proposons que chaque pôle territorial dispose d’un objectif annuel de financement productif, lié à ses avantages comparatifs.
Par exemple :

*Saint-Louis : agriculture, élevage, pêche et économie bleue ;
*Thiès : industrie, artisanat, logistique et services ;
*Diourbel : agriculture, élevage et économie sociale ;
*Casamance : agriculture, transformation, tourisme et économie verte ;
*Sénégal oriental : mines, agriculture, élevage et transformation ;
*Dakar : numérique, services, finance et industries créatives.
Sans oublier les autres régions.
Cette territorialisation correspond à l’ambition de l’Agenda Sénégal 2050 de construire une économie compétitive et un développement territorial équilibré.

11) Transformer le potentiel d’emplois en emplois réels

En effet, la DPG estime à 1.520.000 le potentiel global d’emplois à l’horizon 2029 dans plusieurs secteurs de l’Agenda Sénégal 2050.
Parmi les gisements identifiés :
– 113.500 emplois dans les coopératives agricoles communautaires ;
* 60.000 dans la pêche artisanale et l’économie bleue ;
* 50.000 dans le logement abordable ;
* 45.000 dans les agropoles ;
* 33.000 dans les industries culturelles et créatives ;
* 22.000 dans les filières lait et aviculture ;
* 18.000 dans l’aquaculture ;
* 16.000 dans les énergies renouvelables.
Le défi n’est donc plus seulement de trouver de l’argent mais de transformer le financement en production, la production en valeur ajoutée et la valeur ajoutée en emplois durables.

En somme, le Sénégal n’a pas besoin d’un énième mécanisme de financement isolé. Il a besoin d’un écosystème cohérent de financement productif, articulant l’Etat stratège, les banques, les microfinances, les fonds de garantie, le secteur privé, la diaspora, les collectivités territoriales, la formation et l’accès aux marchés.

Le nouveau programme FMI, l’Agenda Sénégal 2050 et la nouvelle méthode annoncée par le Premier ministre au niveau de la DPG peuvent constituer une opportunité historique, à condition que la discipline financière soit accompagnée d’une véritable politique de transformation productive.
Financer un jeune ou une femme ne doit plus être une fin en soi.
L’objectif final doit être de créer une entreprise viable, produire davantage au Sénégal, transformer nos ressources, créer des emplois et construire une économie souveraine et compétitive.

Dr Djiby NDAO
Membre Club Kom-Kom Kiiraay
Responsable des cadres Kiiraay département de Dagana
Membre fondateur KIIRAAY-les patriotes républicains.

Sources : Sénégal horizon 2050, FMI, DPG du PM Al Amine LO et APS