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Encore “l’économiste” Babo

Encore “l’économiste” Babo

Une réponse pimentée à son Post

Encore Babo Amadou Bâ ? Mais toujours la veille et l’alerte de  Séga Fall Mbodji depuis la France.
_ Haha exactement. Ça fait mal de voir les inepties de ceux qui se disent scientifiques.
 La pression doit être immense avec ces négociations du FMI. On reste pleinement mobilisés pour le Sénégal. On lâche rien !

De notre correspondant en France

Pr Séga Fall MBODJI,

Cellule Veille et alerte économiques,

Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque

Citoyen sénégalais engagé

Contact : segafall.mbodji@gmail.com

Téléphone : +33650547275, Paris

Le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan vient de publier le Bulletin Statistique de la Dette Publique (2019-2024). Aussitôt publié, ce document technique a fait l’objet d’une instrumentalisation politique flagrante, notamment de la part de l’économiste Babo Amadou Bâ. Pour y voir clair, L’Économie Citoyenne a passé ses affirmations au crible de la rigueur comptable, des mathématiques et de l’histoire financière de notre pays.

L’heure de l’inventaire indépendant

En 2024, l’Inspection générale des Finances a réalisé un rapport sur l’état des finances publiques sur la période allant de 2019 au 31 mars 2024. La Cour des Comptes a ensuite audité ce travail début 2025. Pour s’assurer de la parfaite exactitude de chaque franc dû, le gouvernement a missionné un cabinet d’audit privé international indépendant de premier plan, Forvis Mazars, pour mener un travail de réconciliation des données avec l’ensemble des créanciers.

L’exemple du quotidien : C’est exactement comme lorsque vous reprenez la gestion d’une boutique familiale. Avant de commander de nouvelles marchandises, vous faites appel à un expert indépendant pour faire un inventaire précis de ce qui est en stock et lister rigoureusement ce que vous devez à chaque grossiste du marché.

L’artifice de la « dette cachée » inventé par Babo Amadou Bâ

Rétablir les faits comptables face à la désinformation.

Dans une publication partagée sur Facebook, l’économiste Babo Amadou Bâ affirme de manière péremptoire : « Dette cachée : Les chiffres sont désormais officiels ».

D’un point de vue scientifique et comptable, cette affirmation est un non-sens absolu et un abus de langage délibéré. Le rapport d’audit de Forvis Mazars ne mentionne jamais l’expression de « dette cachée ».

La réalité technique derrière ces chiffres détruit totalement ce récit politique :

– Une consolidation de données connues, pas une découverte de fraude : L’augmentation apparente des montants s’explique principalement par l’intégration exhaustive du secteur parapublic (les agences et grandes sociétés nationales comme Senelec, Petrosen, la SAR ou Air Sénégal) à côté de l’Administration centrale. Ces entreprises publiques contractaient leurs dettes de manière légale, connue et validée par leurs conseils d’administration respectifs. Les rassembler aujourd’hui sous une seule et même étiquette statistique relève d’un choix méthodologique de consolidation globale, et non de la découverte d’une dette dissimulée.

– Un exercice standard de réconciliation : L’audit a simplement permis d’harmoniser les fichiers de l’État avec ceux de ses partenaires financiers (bailleurs multilatéraux, banques). C’est une procédure administrative classique de fiabilisation, pas la révélation d’un secret d’État.

Le poids grandissant du principal et des intérêts

Rembourser un emprunt se décompose toujours en deux éléments : le principal (la somme initiale prêtée qu’il faut rendre) et les intérêts (le loyer de l’argent facturé par le prêteur).

Au Sénégal, la tendance montre que ces deux éléments sont devenus des fonctions strictement croissantes du temps. Entre 2019 et 2024, le coût du remboursement annuel (le « service de la dette ») a plus que doublé :

– Le principal : Il a été multiplié par 3.5, passant de 536 milliards de FCFA en 2019 à 1.893 milliards de FCFA en 2024.

– Les intérêts : Ils ont été multipliés par 3.1, grimpant de 272 milliards de FCFA en 2019 à 858 milliards de FCFA en 2024.

Déconstruction du « saut temporel 2012-2024 » : Pourquoi le raisonnement de Babo Amadou BA est scientifiquement absurde

Quand la communication partisane piétine la science économique.

Pour tenter de disqualifier l’ancien régime, Babo Amadou Bâ opère un saut temporel brutal en comparant la dette de fin 2012 (2.741,4 milliards de FCFA, soit 40 % du PIB) à celle de fin 2024 (25.585 milliards de FCFA, soit 128 % du PIB) pour en conclure que la dette a été multipliée par 9.

Cette démonstration est l’exemple type d’une imposture statistique. Un économiste rigoureux rejette cette conclusion pour quatre raisons fondamentales :

– L’aberration de la comparaison hors-sol (Des pommes et des oranges)

Babo Amadou Bâ compare le chiffre de 2012, qui ne comptabilisait que la dette de l’État central, au chiffre de 2024, qui intègre désormais la dette consolidée de tout le secteur parapublic. Comparer deux indicateurs aux périmètres de calcul totalement différents pour en tirer un coefficient multiplicateur est une faute méthodologique indigne d’un scientifique.

– L’omission volontaire de l’histoire financière du pays (L’effet IADM sous Wade)

Babo Amadou Bâ tente de faire croire que le niveau très bas de la dette en 2012 était la norme historique. C’est faux :

  • En 2000 : À l’arrivée d’Abdoulaye Wade, le Sénégal croulait sous une dette supérieure à 70 % de son PIB.
  • En 2006 (Le grand effacement) : Le pays a bénéficié de l’Initiative d’Allègement de la Dette multilatérale (IADM). Les créanciers internationaux (FMI, Banque mondiale) ont effacé l’essentiel de la dette extérieure sénégalaise. La dette s’est effondrée artificiellement à son plus bas historique (~21 % du PIB).
  • De 2007 à 2012 : Dès l’ardoise effacée, l’administration Wade a immédiatement recommencé à s’endetter massivement pour financer ses grands travaux, replaçant la dette sur une trajectoire strictement croissante pour atteindre près de 43 % du PIB en 2012. Le point de départ de 2012 utilisé par Babo Amadou Bâ est donc le résultat d’un effacement mondial exceptionnel, et non d’une gestion miraculeuse.

L’absence d’analyse Actif-Passif

Pour tout économiste sérieux, une dette n’est pas un gouffre financier abstrait ; elle doit être analysée face à ce qu’elle a financé à l’actif. Entre 2012 et 2024, cet endettement a permis de doter le Sénégal d’infrastructures lourdes et structurantes (autoroutes, centrales de production d’énergie, universités, TER, BRT, aéroport international) qui augmentent la richesse potentielle du pays. Présenter cet investissement comme une pure dérive comptable relève de la mauvaise foi.

– Le déni des chocs économiques mondiaux

Tracer une ligne droite entre 2012 et 2024 en ignorant les crises mondiales est une aberration. Le Sénégal a dû surmonter la crise du COVID-19 en 2020 et le choc inflationniste de la guerre en Ukraine en 2022. Pour soutenir l’activité et subventionner massivement l’électricité et les denrées de première nécessité afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages, l’État a dû recourir à l’emprunt. Prétendre que cette dette résulte uniquement d’une volonté politique locale est scientifiquement faux.

Dette nationale et internationale : L’équation du risque de change

Où se situent nos emprunts à la fin de l’année 2024 ?

Type de dettePart de la dette de l’EtatMonnaie de remboursementRisque majeur
Dette domestique29%FCFATaux d’intérêt généralement plus élevés (5,3% en moyenne)
Dette extérieure71%Euros (46%)

Dollars (17%), etc.

Fluctuations des monnaies (Taux de change)

 

L’exemple du quotidien : Si vous empruntez 29.000 FCFA à votre voisin de palier, vous lui rembourserez exactement cette somme. C’est la dette domestique. Mais si vous empruntez 71.000 FCFA à un commerçant étranger qui exige d’être remboursé en dollars : si le cours du dollar s’envole par rapport au FCFA, votre dette globale augmente d’un coup, sans même que vous ayez dépensé un franc de plus. C’est le fameux risque de change qui pèse sur la majeure partie de notre portefeuille.

Stop à l’enfumage politique

L’exercice de fiabilisation des comptes publics mené par l’État et certifié par les auditeurs indépendants est une étape saine pour notre démocratie financière. Cependant, l’économie est une science qui exige de la rigueur, de la mise en contexte et de l’honnêteté intellectuelle.

Les raccourcis statistiques et la sémantique anxiogène de commentateurs comme Babo Amadou Bâ ne servent pas le débat public ; ils l’obscurcissent. Pour redresser durablement l’économie nationale, le Sénégal a besoin de diagnostics froids et rigoureux, pas de slogans politiciens déguisés en analyses économiques.