Économie numérique, Ia et transformation économique
Économie numérique, Ia et transformation économique
Comment passer de la stratégie à la création de valeur ?
L’articulation entre numérique et économie réelle permettra au numérique de contribuer véritablement à la transformation structurelle du Sénégal.
Dans un sens, le véritable enjeu pour le Sénégal n’est plus de savoir s’il faut investir dans le numérique et l’intelligence artificielle mais comment transformer ces technologies en productivité, en emplois, en industrialisation et en création de valeur locale.
Par le Dr Djiby NDAO *

Le Sénégal a franchi une étape importante avec le New Deal Technologique, lancé en février 2025. Cette stratégie vise notamment à faire du numérique un moteur de transformation économique et à porter sa contribution à au moins 15 % du PIB au cours des dix prochaines années. Elle repose sur 12 programmes prioritaires déclinés en 50 projets
L’enveloppe annoncée est considérable : 1.105 milliards de FCFA sur la période 2025-2034, soit environ 2 milliards de dollars selon les informations communiquées en 2026. L’enjeu est
donc maintenant de transformer cette ambition financière en résultats économiques mesurables.
1) Du New Deal Technologique à une véritable politique industrielle numérique
Après plusieurs années consacrées à la définition des ambitions numériques du Sénégal, l’étape actuelle doit être celle de l’exécution et de la sélection des projets à fort impact.
La nouvelle orientation gouvernementale va dans ce sens : la DPG présentée le 8 septembre 2026 fait du cloud souverain et de l’intelligence artificielle deux axes majeurs de la transformation numérique.
Le cloud souverain doit permettre d’héberger au Sénégal les données sensibles de l’État. Mais la souveraineté numérique ne peut pas être réduite à la localisation physique des données. Elle doit reposer sur cinq piliers (infrastructures, données, logiciels, compétences, cybersécurité).
La DPG prévoit également de mesurer la transformation numérique à travers des indicateurs concrets : disponibilité des services, utilisation effective, réduction des délais et des coûts, interopérabilité des systèmes et maîtrise nationale des données et infrastructures.
C’est précisément cette approche par les résultats qu’il faut privilégier.
2) L’objectif de 15 % du PIB : passer de la consommation à la production
L’objectif de porter le numérique à 15 % du PIB doit nous conduire à changer de modèle.
Le Sénégal ne doit pas simplement devenir un pays où les citoyens utilisent davantage Internet, les réseaux sociaux, les plateformes financières ou les applications étrangères ; il doit devenir un pays qui produit des solutions numériques, qui crée des entreprises technologiques et qui exporte des services numériques. Autrement dit, notre ambition doit être de passer d’un Sénégal consommateur de technologies à un Sénégal producteur et exportateur de technologies.
Cela suppose de renforcer les startups, les PME technologiques, les universités, les centres de recherche et les entreprises capables de développer des solutions adaptées aux réalités africaines.
Le New Deal prévoit notamment la formation de 100.000 diplômés dans le numérique d’ici 2034, ainsi que l’émergence de startups et de champions africains du numérique selon un article publié par STCC SSI.
3) L’intelligence artificielle doit être appliquée aux secteurs productifs
L’Intelligence artificielle-IA-ne doit pas être considérée uniquement comme une technologie de pointe mais elle doit être utilisée pour résoudre les problèmes économiques concrets du Sénégal tel que l’Agriculture (analyse des données satellitaires, prévisions météorologiques, optimisations de l’irrigation…), la santé (télémédecine, suivi des patients…), l’éducation ( la DPG prévoit de construire 15.000 salles de classes connectées.
La DPG inscrit justement l’IA dans cette logique d’usage sectoriel et cite notamment la télémédecine parmi les domaines prioritaires.
4) Fintech : transformer l’usage du numérique en inclusion économique
Le Sénégal dispose déjà d’une base importante dans le domaine des paiements numériques et du mobile money. La prochaine étape consiste à aller au-delà du paiement pour développer une véritable économie financière numérique (crédit aux TPE et PME, financement agricole, assurance numérique, scoring financier, financement des jeunes entrepreneurs…).
Le numérique doit ainsi devenir un outil d’accès au capital pour les acteurs économiques qui restent éloignés du système bancaire traditionnel.
5) Faire de la donnée un actif économique stratégique
Une économie numérique performante repose sur une ressource essentielle : la donnée.
Le Sénégal doit donc considérer les données publiques, agricoles, sanitaires, économiques, territoriales et environnementales comme des actifs stratégiques, tout en garantissant leur protection.
Des travaux menés en juillet 2026 avec les administrations, le secteur privé, les universités et les partenaires techniques portent précisément sur les cas d’usage prioritaires des données et de l’IA dans la santé, l’agriculture, les transports, l’éducation, la fiscalité et les services publics. (We are Tech)
La priorité doit être de créer des bases de données fiables, interopérables, sécurisées et exploitables.
Sans données de qualité, il n’y aura pas d’IA réellement adaptée aux besoins du Sénégal.
6) Créer un véritable écosystème sénégalais de production technologique
Votre serviteur propose de construire un véritable autour de six leviers tels que le Cloud souverain (Héberger les données sensibles de l’État au Sénégal et développer progressivement les capacités nationales), les données souveraines et interopérables (Mettre en place des standards communs permettant aux administrations de partager leurs données de manière sécurisée), la Formation massive aux compétences numériques (IA, cybersécurité, cloud, programmation, data science, robotique et systèmes embarqués).
7) Le numérique doit devenir un accélérateur d’industrialisation
La question fondamentale qu’on doit se poser est celle de savoir comment utiliser le numérique pour produire davantage au Sénégal. L’IA peut améliorer la productivité des entreprises industrielles, optimiser les chaînes logistiques, réduire les coûts de maintenance, améliorer la gestion des stocks et faciliter l’accès aux marchés.
Dans l’agriculture, elle peut améliorer les rendements.
Dans la pêche, elle peut contribuer à la gestion des ressources et à l’optimisation des chaînes de valeur.
Dans l’élevage, elle peut améliorer le suivi sanitaire et la productivité.
Dans le commerce extérieur, les systèmes numériques peuvent réduire les délais et les coûts liés aux procédures.
Dans l’administration, la dématérialisation peut réduire les coûts de transaction.
C’est donc cette articulation entre numérique et économie réelle qui permettra au numérique de contribuer véritablement à la transformation structurelle du Sénégal.
8) Un impératif : mesurer le rendement économique des investissements numériques
Avec une enveloppe annoncée de 1.105 milliards FCFA, nous devons être particulièrement exigeants sur l’évaluation. En somme, le New Deal Technologique représente une opportunité majeure pour accélérer la transformation économique du Sénégal.
L’objectif de 15 % du PIB pour le numérique, combiné aux investissements annoncés et aux nouvelles priorités autour du cloud souverain, de l’intelligence artificielle, des données et de la cybersécurité, peut contribuer à créer un nouvel écosystème productif.
Cependant, le véritable succès ne sera pas uniquement mesuré au nombre de plateformes créées ou de data centers construits mais il sera mesuré par notre capacité à créer des entreprises sénégalaises, former des talents, augmenter la productivité, créer des emplois qualifiés, sécuriser nos données et exporter nos solutions.
La souveraineté numérique ne signifie pas se fermer au monde. Elle signifie être suffisamment compétitif pour maîtriser une partie des technologies stratégiques, produire nos propres solutions et conquérir les marchés africains et internationaux.
L’ambition doit donc être claire : faire du numérique non pas seulement un secteur de consommation, mais un véritable secteur productif, industriel et exportateur.
* Membre fondateur Kiiraay
Membre club koom-Koom
Membre CPR
Commission économie, finance et budget
Responsable de la sous commission du commerce extérieur, de la coopération économique et de la planification des échanges.
