Discours à la Nation : Forces antinomiques
Discours : Diomaye veut aller loin
Jeunesse FDS
Armée-Nation, plutôt que le maintien de l’ordre
La fusion Armée-jeunesse souhaitée par le président de la République dans son message à la Nation repose sur une société de suspicion et de délation.
Diomaye qui revient de loin (2021-2024) veut aller loin (2026-2034) en réconciliant les deux principales forces du pays : la jeunesse et l’Armée, plus largement les Forces de défense et sécurité. Deux forces antinomiques dans la conquête et la défense des libertés ont fait l’objet du discours à la Nation à la veille de la fête du 04 avril ; leur entente devrait in fine reposer sur une société de délation avec cette arrière-pensée de protection des lanceurs d’alerte.
Ce discours de rupture du 3 avril fête la jeunesse dans la semaine qui lui est dédiée et en perspective des Jeux olympiques Dakar2026 mais dans une sécurité que seule l’Armée peut garantir ; d’ici là en effet, ce souci de fusion se vérifie avec le thème retenu, probablement validé par les autorités auxquelles il devait être soumis, dans une démarche diplomatique.
Le message à la Nation à la veille du 04 avril prolonge cette ambiguïté dans laquelle le Sénégal plonge depuis deux ans en occultant les problèmes de gestion du temps et de l’espace sénégalais pour verser dans la philologie. Peut-être pour ne pas offenser ceux qui veulent aider le pouvoir en brisant une grève où ils n’ont pas la majorité. D’où, avec cette ambivalence née d’une trop grande retenue, les grandes difficultés sur les différentes rédactions télévisées pour bien apprécier cette rupture dont la chronologie d’antan exaltait les anciens combattants, ancêtres de l’Armée et des Forces de défense et de sécurité, la jeunesse-l’avenir-et les différentes catégories populaires du Sénégal et les hôtes étrangers vivant parmi nous, désormais exclus avec cette fièvre communautaire.
Avec ces dernières années marquées par une confrontation violente entre ces deux entités ontologiquement opposées dans leur perception des droits et des libertés, il faut essayer cet équilibrisme de recoller les morceaux, apparemment moins pour eux-mêmes que pour souffler, après deux années la tête sous l’eau.
Les appels à la solidarité, les manifestations de soutien rompent l’égalité naturelle pour une équité d’autant plus ambivalente que le zéro en politique, symbole de l’exclusion qu’il prétend combattre.
Dans la réalité, le Sénégal est à un tournant qu’il ne sait aborder et qui justifie le pessimisme ambiant de tous les analystes de la situation socio-politique et que le président de la République n’ose pas encore aborder parce qu’il ne veut pas résoudre cette ambiguïté dans laquelle il vit depuis deux ans. Et c’est au tour de ceux qui vivaient de quolibets et de libelles. La campagne qui s’ouvre, encore sans date ni candidat, va leur rappeler que “quand on sort de ses ambiguïtés, c’est toujours à ses détriments“.
À Thiès, le 30, le président Bassirou Diomaye Faye a cherché à donner le ton en élevant la voix un cran au-dessus. On ne le lui connaissait pas. La cellule de communication réplique le lendemain à un organe sur la bronca de jeunes louant leur penchant à Diomaye, inutilement.
Nous risquons une campagne brouillonne où le diable prendra le dessus sur l’essentiel : à force de jouer au répondeur automatique. La démarche aboutit finalement à cette hantise de la protection des lanceurs d’alerte, cette forme de délation afin de mieux cerner le renseignement.
On nous tue, on ne nous déshonore pas.
Pathé MBODJE
