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Diplomatie : De New York à la transformation économique

Les dimanches économiques de Dr Djiby Ndao

Diplomatie : De New York à la transformation économique

La diplomatie économique              du président Bassirou Diomaye Faye au service de la souveraineté, de l’investissement et de la création de valeur

Par Dr Djiby NDAO
Membre fondateur Kiiraay
Membre club koom-koom
Responsable de la Sous-commission Commerce extérieur, Coopération économique et Planification des échanges
Coordonnateur des cadres Kiiraay-Dagana

La participation du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle diplomatique. Elle doit également être regardée à travers une question fondamentale : Comment la présence du Sénégal dans les grands espaces diplomatiques et économiques internationaux peut-elle contribuer concrètement à notre transformation économique ?
Cette question est d’autant plus importante que le Sénégal entre dans une nouvelle phase de son développement : le pays dispose désormais d’une nouvelle capacité d’exportation liée aux hydrocarbures, cherche à renforcer son industrialisation, doit attirer davantage d’investissements productifs, améliorer sa compétitivité et créer des emplois pour une population majoritairement jeune.
C’est dans cette perspective qu’il faut analyser la séquence internationale du président de la République à Washington, Abou Dhabi puis New York, avec des rencontres politiques, économiques et diplomatiques destinées notamment à renforcer les partenariats et à promouvoir les opportunités d’investissement du Sénégal.

À Washington, le président a notamment présenté aux acteurs économiques américains les opportunités d’investissement du Sénégal dans des secteurs tels que l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, la santé et le numérique.

À New York, cette diplomatie économique s’est concrétisée par plusieurs initiatives et rencontres, dont la signature d’un protocole d’accord entre la SAR et la société turque Yamata pour une deuxième raffinerie. Ce protocole prévoit une raffinerie d’une capacité de 4 millions de tonnes par an, destinée notamment à traiter le pétrole brut produit au Sénégal. L’investissement annoncé est de 2 à 3 milliards de dollars, tandis que la modernisation de la raffinerie de Mbao représente entre 300 et 500 millions de dollars supplémentaires.
Ces éléments permettent de poser une question plus large : Comment transformer l’ouverture internationale du Sénégal en une véritable puissance productive nationale ? La réponse à cette question passe par différents thématiques.

I. Une diplomatie économique qui doit produire des résultats économiques :
La diplomatie économique consiste à utiliser les relations internationales pour défendre les intérêts économiques du pays. Elle vise notamment à attirer des investissements directs étrangers, ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises nationales, obtenir des transferts de technologies, développer les infrastructures. renforcer les capacités productives, mobiliser des financements, favoriser la formation, faciliter les échanges commerciaux, renforcer la présence des entreprises sénégalaises à l’étranger.

Cette approche correspond à la logique de Sénégal 2050, qui place la souveraineté économique, la transformation productive et la compétitivité au cœur de la stratégie nationale.
Le déplacement international du président doit donc être évalué non seulement par le nombre de rencontres réalisées, mais surtout par les résultats économiques qui pourront en découler. Une rencontre diplomatique devient réellement stratégique lorsqu’elle débouche sur un investissement, un marché, un transfert de technologie, une infrastructure, un financement ou un partenariat industriel.

II. La deuxième raffinerie :


L’un des éléments les plus significatifs de la séquence new-yorkaise est le protocole d’accord signé entre la SAR et Yamata. La deuxième raffinerie envisagée aurait une capacité de 4 millions de tonnes par an. L’investissement annoncé de 2 à 3 milliards de dollars, auquel s’ajoute la modernisation de la raffinerie de Mbao pour 300 à 500 millions de dollars, représente un potentiel important pour l’industrie énergétique sénégalaise. Mais au-delà du montant financier, l’enjeu économique est surtout industriel.
Le Sénégal ne doit pas seulement produire du pétrole mais il doit progressivement développer autour de cette ressource en passant successivement par raffinage, pétrochimie, transport, stockage, services industriels, maintenance, formation, sous-traitance, m exportation de produits transformés.
C’est cette chaîne de valeur qui permettra de transformer une ressource naturelle en véritable capacité industrielle. Le défi sera donc de maximiser la participation des entreprises sénégalaises et la formation des travailleurs nationaux dans cette nouvelle industrie.

III. Hydrocarbures et financement de la transformation productive : 


Les hydrocarbures constituent une opportunité historique, mais ils ne doivent pas devenir une nouvelle dépendance. La véritable réussite consistera à transformer une partie des revenus issus du pétrole et du gaz en capital productif permanent. Le président a d’ailleurs inscrit la gestion responsable des revenus des hydrocarbures dans une perspective de souveraineté et d’équité intergénérationnelle.
La logique est pourtant simple : une ressource épuisable doit contribuer à financer des actifs qui, eux, ne disparaissent pas avec l’épuisement de la ressource.

IV. Le commerce extérieur :


Selon l’ANSD (2025), les exportations sénégalaises ont atteint 5.805,6 milliards de FCFA en 2025, contre 3.909,1 milliards en 2024. Elles ont ainsi progressé de 48,5 %.
Les exportations de pétrole brut sont passées de 464,6 milliards à environ 1.528 milliards de FCFA.
Les exportations d’or non monétaire ont atteint environ 978 milliards de FCFA, tandis que les exportations de gaz naturel liquéfié ont atteint environ 125,9 milliards de FCFA. Le déficit commercial est parallèlement passé de 3.103,3 milliards de FCFA en 2024 à 1.168,2 milliards en 2025.

Ces chiffres montrent que les hydrocarbures modifient déjà profondément la structure du commerce extérieur.
Mais ils révèlent également notre prochain défi qui consiste à ne pas nous contenter d’exporter davantage mais plutôt de transformer nos ressources.

V. Divergence entre exporter du pétrole et exporter de la valeur :


Une politique de souveraineté économique ne doit pas avoir pour objectif de fermer le Sénégal au commerce international. Au contraire, le Sénégal doit être davantage présent sur les marchés internationaux tout en cherchant à monter dans les chaînes de valeur. Autrement dit, nous devons passer de la matière première au produit transformé, du produit brut au produit fini, de l’importation de technologie à la maîtrise technologique, de l’achat de services étrangers à l’exportation de services sénégalais. C’est cette montée en gamme qui permettra de créer davantage d’emplois et de revenus.

VI. Ouverture aux investisseurs et développement du secteur privé national :


L’arrivée de capitaux étrangers est importante mais les investisseurs doivent aussi contribuer au développement du tissu entrepreneurial sénégalais. Chaque grand projet devrait donc intégrer des objectifs de contenu local, de sous-traitance nationale, de transfert de technologie, de formation, de recrutement local, de développement des PME et surtout de la recherche et l’innovation.

L’objectif doit être de construire un écosystème dans lequel une grande entreprise internationale installée au Sénégal crée autour d’elle des dizaines ou des centaines d’entreprises sénégalaises. C’est ainsi que l’investissement étranger devient un accélérateur de souveraineté productive.

VII. Souveraineté alimentaire et puissance agro-industrielle :


La même logique doit être appliquée à l’agriculture.
Le Sénégal ne doit pas uniquement chercher à produire suffisamment pour nourrir sa population. Il doit également chercher à transformer ses produits agricoles et à devenir un exportateur agro-industriel. Cela suppose la maîtrise de l’eau, l’irrigation, la mécanisation, les semences, les engrais, le stockage, la transformation, la chaîne du froid, le financement et l’assurance agricole.

La transformation d’une production de riz, d’oignon, d’arachide, de tomate, de fruits ou de produits halieutiques peut créer plusieurs niveaux de valeur ajoutée. La souveraineté alimentaire doit donc être pensée comme une politique industrielle agricole.

VIII. L’importance économique de l’eau :


À New York, le Sénégal a porté un plaidoyer pour faire de l’eau une priorité du multilatéralisme et des investissements en Afrique. Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement a notamment représenté le Sénégal lors d’un panel de haut niveau consacré à l’investissement pour l’eau en Afrique.
La diplomatie de l’eau peut donc devenir une véritable diplomatie économique, particulièrement dans un pays qui souhaite développer l’agriculture irriguée et l’industrialisation. Le fait que le Sénégal coorganise avec les Émirats arabes unis la troisième Conférence des Nations-Unies sur l’eau constitue également une opportunité diplomatique et économique importante. Cependant, une problématique est notée sur le système de tarification progressive de l’eau appliquée au Sénégal qui est n’est pas pro-pauvre et qui engendre des inégalités sociales (nous y reviendrons dans nos prochains articles).

IX. Le financement international :


À New York, le président a placé la question du financement du développement au cœur de son plaidoyer. Le 22 septembre, lors d’une réunion de haut niveau consacrée à la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir en Afrique, il a plaidé pour une réforme de l’architecture financière mondiale, une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions internationales, une fiscalité internationale plus équitable et un meilleur accès aux financements concessionnels. Il a également mis en avant les difficultés liées au poids du service de la dette sur les capacités d’investissement des États africains.

Ce plaidoyer rejoint directement les enjeux économiques du Sénégal.
Une réforme du système financier international pourrait notamment permettre aux pays africains d’obtenir des financements plus adaptés, des maturités plus longues, des coûts de financement plus faibles, davantage de financements concessionnels et une meilleure mobilisation des ressources pour les infrastructures et le développement.
La diplomatie multilatérale devient ainsi un instrument de politique économique.

X. La ZLECAf : transformer l’Afrique en marché pour les entreprises sénégalaises 

Dans son intervention à New York, le président a également insisté sur le potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour stimuler les échanges et réduire la fragmentation des marchés africains. 
Cette orientation est stratégique pour le Sénégal.
Notre pays doit utiliser la ZLECAf pour permettre aux entreprises sénégalaises de changer d’échelle.
Une PME qui produit uniquement pour le marché national rencontre rapidement des limites. Une entreprise capable de vendre au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Mauritanie, au Ghana, au Nigeria et dans d’autres marchés africains dispose d’un potentiel de croissance beaucoup plus important.
La politique commerciale doit donc devenir également une politique de conquête des marchés africains.

XI. Le numérique et l’intelligence artificielle :


Le Sénégal dispose également d’une opportunité dans les technologies numériques.
Le président a souligné devant l’Assemblée générale de l’ONU le potentiel transformateur des nouvelles technologies, notamment de l’intelligence artificielle, et rappelé le lancement du premier satellite sénégalais. La question doit désormais être de savoir comment transformer cette ambition en économie réelle.
Le Sénégal doit développer des compétences numériques, des centres de données, le cloud, l’intelligence artificielle, les services numériques, les startups, la cybersécurité, les infrastructures télécoms et la recherche. L’objectif n’est pas simplement de digitaliser l’administration mais il faut également faire du numérique un secteur exportateur.

XII. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse : diplomatie, tourisme et économie 


Le Sénégal accueillera du 31 octobre au 13 novembre 2026 les Jeux Olympiques de la Jeunesse. Le président a rappelé à l’ONU que cette première édition olympique organisée en Afrique réunira environ 2 700 jeunes athlètes provenant de 206 comités nationaux olympiques.
Au-delà du sport, les JOJ constituent une opportunité pour le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les transports, les industries culturelles, l’artisanat, les services et surtout l’image internationale du Sénégal. La question sera maintenant de transformer cet événement ponctuel en actif durable pour l’économie sénégalaise.

XIII. La croissance inclusive


Les chiffres macroéconomiques sont encourageants sur certains aspects. Selon l’ANSD, la croissance économique s’est établie à 6,5 % en 2025 mais hors hydrocarbures elle n’a été que de 2,4 %.  Cette différence montre que le véritable défi reste celui de la diversification productive.

Le Sénégal doit donc éviter une situation dans laquelle la croissance augmente sans produire suffisamment d’emplois dans les secteurs qui concernent directement la majorité de la population. La réussite économique devra se mesurer à travers la croissance accompagnée de l’emploi, de la productivité, des revenus, de la transformation locale et de la réduction des inégalités territoriales.

XV.Le défi de l’emploi des jeunes


L’enquête emploi de l’ANSD montre que le chômage reste un défi majeur. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage élargi était de 22,9 %, et atteignait 28,4 % chez les jeunes. Ces chiffres donnent une importance particulière à la politique d’investissement. Chaque grand projet doit donc être évalué également à travers son potentiel de création d’emplois.
Un investissement de plusieurs centaines de milliards de FCFA ne doit pas seulement être présenté à travers son montant. Il faut également demander :
Combien d’emplois directs ? Combien d’emplois indirects ?
Combien d’entreprises sénégalaises ?
Quelle formation ?
Quelle valeur ajoutée restera au Sénégal ?
C’est cette culture du résultat économique qu’il faut progressivement installer.

XVI. De la diplomatie des annonces à la diplomatie des résultats


La séquence internationale du président ouvre des perspectives importantes. Mais une précision est nécessaire. Une opportunité d’investissement n’est pas encore un investissement réalisé. Un protocole d’accord n’est pas encore une usine en production. Une promesse de partenariat n’est pas encore une création d’emplois. C’est pourquoi la prochaine étape doit être celle du suivi. Cette démarche permettrait de transformer la diplomatie économique en véritable politique de performance économique.

Pour conclure, la participation du président Bassirou Diomaye Faye à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies intervient dans une période où le Sénégal cherche à redéfinir son modèle économique.
Les rencontres de Washington, d’Abou Dhabi et de New York, les discussions avec les partenaires internationaux, le plaidoyer pour une réforme de l’architecture financière mondiale, la promotion de la ZLECAf, la diplomatie de l’eau et surtout les accords économiques conclus en marge de l’Assemblée générale montrent que la politique extérieure peut être directement articulée aux objectifs de transformation économique.
L’accord SAR-Yamata sur une deuxième raffinerie constitue à cet égard un exemple concret : 2 à 3 milliards de dollars annoncés pour la nouvelle raffinerie, auxquels pourraient s’ajouter 300 à 500 millions de dollars pour la modernisation de la raffinerie de Mbao. Mais le véritable enjeu commence maintenant.
Il faudra transformer ces annonces et ces accords en investissements réalisés,
entreprises sénégalaises développées, emplois créés, technologies transférées,
produits transformés, exportations supplémentaires et revenus pour les ménages.

La souveraineté économique ne consiste donc pas à se fermer au monde. Elle consiste à mieux négocier avec le monde, mieux produire pour le monde et conserver davantage de valeur au Sénégal. C’est dans cette perspective que la diplomatie économique du Sénégal doit être conçue.
De New York à Dakar, l’enjeu n’est pas seulement de conclure des partenariats mais de transformer les partenariats en prospérité. Et c’est peut-être là l’une des principales conditions de réussite de la vision Sénégal 2050 : faire du Sénégal non plus seulement un pays attractif pour les investissements, mais un pays capable de produire, de transformer, d’exporter, d’innover et de créer durablement des emplois.