Diomaye–Sonko : Rompre à jeûn
Sonko-Diomaye
Rompre le jeûne
L’un avait choisi le 8, pour faire vite, comme à son habitude. L’autre a choisi la veille du 8, celle des droits de femmes. “Elles ne trahissent jamais”, dit l’un. L’un et l’autre avec Pastef au coeur, au gré de l’histoire. Continuité évidente pour l’un, parenthèse et retour à la légalité, pour l’autre.
Sonko et Diomaye ont toujours vécu dans la méprise, au sens premier de mésentente, aussi bien dans les engagements (le candidat de Pastef serait forclos puisque la formation était hors course à la Présidentielle du 24 mars) que dans la gestion du pouvoir. Sans l’apport moral et physique de Pastef, aucune coalition ne serait capable de faire élire le candidat finalement élu. Mais Diomaye reste fidèle à ce coup de soutien d’une coalition qu’il a aidé à consolider depuis la prison, Pastef étant dissous, et qui lui a permis une candidature par récépissé, dans la réalité. M’enfin, cela ne vaut pas un déballage sur la place publique : le caché était devenu manifeste dès l’abord, surtout avec ce réflexe du “pousse-toi, laisse-moi la place. La combinazzioni n’a pas prospéré devant la Constitution et fut à l’origine d’un manque de maîtrise qui a donné lieu à certains débordements oratoires. Surtout que la formation majoritaire se voulait seule servie.
Si l’on invoque donc une morale dans les relations heurtées, il faudrait deux bases de considération toutes aussi valables l’une que l’autre, avec cependant un plus pour Diomaye qui, une fois pressenti, a pu mettre sur pied une stratégie de participation que Pastef a aidé à parfaire et de belle manière. Mais voilà : le rhétoricien avec la toge mais sans l’épitoge fait face à un rhéteur d’autant plus redoutable qu’il s’est métastasé dans la société. Certes, ils ont imaginé et rêvé ensemble un Sénégal chimérique mais le mythe de Abel et Caïn s’est vérifié ici depuis toujours, dans une lecture du duo politique ; surtout si la victimisation, subie, volontaire ou pas a donné des présidents au Sénégal, Macky Sall en particulier avec des bonus accordés à Djibo Kâ et à Moustapha Niass.
Y avait-il un candidat autrement mieux apprécié ou a-t-on porté son choix sur Diomaye Faye pour une autre raison, en oubliant le caractère revêche ou rebelle de Bassirou Diomaye Faye ? Lui au moins parviendra à maîtriser l’impulsion sauvage qui fait de l’individu un être social. Si le cadeau empoisonné s’est avéré mauvais calcul, c’est que le cave qui se rebiffe est poussé à bout, considéré plus comme un faire-valoir que par ce qu’il est devenu, chef paramétré, façonné par l’Etat.
Il resterait une autre porte à fermer, celle de scorpions associés. A plusieurs niveaux de la société, une frange pense à un jeu de dupes orchestré par ceux qui n’ont aucune alternative à offrir au Sénégal et qui s’offriraient en spectacle pour donner le change. Les différents accents, surtout avec le président, font penser le contraire pour une dyarchie qui a longtemps interrogé le Sénégal et sa Diaspora.
Pathé MBODJE
