Diomaye-Sonko : Da Vinci Code
De la fusion à la collision : Les liaisons dangereuses du duo Diomaye-Sonko décodées
C’est Mathématiques
De notre correspondant en France
Les promesses face au pouvoir : La méthode de la « constante variable »
En mathématiques, la méthode de « variation de la constante » (ou méthode de Lagrange) est une technique qui consiste à prendre une règle que l’on croyait fixe et à la transformer en fonction variable pour réussir à résoudre une équation complexe. C’est exactement ce qui est arrivé au discours d’Ousmane Sonko. Dans sa phase d’opposant, son discours fonctionnait en vase clos, sans les frottements du pouvoir. Le système est dit homogène :
(𝐸0) ∶ 𝑦′(𝑥) +𝑎(𝑥)𝑦(𝑥) = 0
La solution générale de cet état d’opposition pure est caractérisée par une posture rigide, doctrinale et anti-système, perçue par ses partisans comme une constante absolue C :
𝑦ℎ(𝑥) = 𝐶.𝑒−𝐴(𝑥)
À cette époque, la constante C englobe des promesses radicales : suppression des fonds politiques (qualifiés de « fonds de corruption, illicites »), rupture immédiate avec le franc CFA et refus des pratiques de l’ancien régime. Cependant, l’accession au pouvoir introduit un second membre 𝑏(𝑥) dans l’équation : la réalité de l’exercice de l’État (impératifs budgétaires, diplomatie, marchés financiers). L’équation devient non homogène :
(𝐸) ∶ 𝑦′(𝑥)+𝑎(𝑥)𝑦(𝑥) = 𝑏(𝑥)
Pour que l’équation d’État ne s’effondre pas, la constante idéologique C a dû se transformer en une fonction du temps, notée 𝐶(𝑥) :
𝐶(𝑥) = ∫𝑏(𝑥)𝑒𝐴(𝑥)𝑑𝑥
Ce que les critiques appellent des « contradictions » et les partisans du « pragmatisme » n’est autre que la stricte fluctuation de cette fonction 𝐶(𝑥) sous la pression du second membre 𝑏(𝑥) :
– Le paradoxe des fonds politiques : Alors que la règle initiale C exigeait leur suppression pure et simple, la fonction 𝐶(𝑥) au pouvoir intègre la nécessité de gérer les urgences sécuritaires. Les fonds n’ont pas disparu : ils ont été maintenus ou discrètement renommés.
– La diplomatie et la monnaie : La virulence souverainiste de l’opposant s’est adoucie en un pragmatisme de transition face aux réalités des partenaires régionaux. Pour gouverner, il a fallu accepter que la constante devienne la plus instable des variables.
Les premiers pas du régime :
Le mouvement brownien (ou l’art de tâtonner)
Le mouvement brownien désigne en physique le comportement de particules qui s’agitent dans tous les sens de manière totalement aléatoire sous l’effet de chocs extérieurs, sans jamais suivre de direction précise. C’est la modélisation parfaite des deux premières années du duo Diomaye-Sonko à la tête de l’État en 2024. Privé de repères institutionnels préalables, le vecteur de décision gouvernemental 𝑋𝑡 suivait une marche aléatoire dictée par des chocs extérieurs (urgences sociales, effets d’annonce, pressions médiatiques) :
𝑑𝑋𝑡 = 𝜎𝑑𝑊𝑡
Durant cette phase, l’agitation était maximale, mais l’espérance mathématique du déplacement net était nulle (𝐸[𝑋𝑡] = 0). Le gouvernement donnait l’illusion du mouvement en multipliant les commissions, les audits et les états généraux, tout en oscillant de manière erratique autour de son point d’origine. Le duo tâtonnait, cherchant sa direction au gré des événements.
L’illusion du cap : Le plan « Sénégal 2050 »
Pour corriger ce flottement visuel et injecter une force directrice (un drift 𝐵(𝑡)), l’exécutif a présenté son grand plan stratégique : « Sénégal Vision 2050 ». Le système a été re-modélisé sous la forme d’une équation différentielle stochastique avec dérive :
𝑑𝑋𝑡 = 𝐵(𝑡)𝑑𝑡 +𝜎𝑑𝑊𝑡
Cependant, ce plan souffre d’un biais mathématique majeur : l’horizon temporel. En fixant la réussite du projet à t = 2050 (dans un quart de siècle), le modèle dilue la responsabilité immédiate dans l’infini. Ce drift appliqué s’est avéré vectoriellement déconnecté des variables immédiates des Sénégalais (inflation, chômage des jeunes, etc.), enfermant l’action publique dans une trajectoire théorique sur le papier, mais inefficace dans la réalité quotidienne.
L’échec du scénario « Poutine-Medvedev »
Le modèle politique initialement espéré par le parti au pouvoir reposait sur un stratagème bien connu en science politique : le tandem à la russe.
Le précédent « Poutine-Medvedev » (Russie, 2008-2012)
En 2008, la Constitution russe interdisait à Vladimir Poutine d’enchaîner un troisième mandat consécutif. Il a donc installé son homme de confiance, Dmitri Medvedev, à la présidence (la façade officielle), tandis que lui devenait Premier ministre tout en gardant le contrôle réel du pays. En 2012, ils ont simplement échangé leurs sièges à nouveau. Ce duumvirat (pouvoir à deux têtes) n’a fonctionné que parce que la « créature » (Medvedev) est restée totalement soumise à son créateur (Poutine).
En science politique quantitative, ce modèle postule un partage des rôles où le centre de gravité du pouvoir réel (G) coïncide avec le leader du parti, indépendamment de la fonction constitutionnelle officielle :
𝐺 = λ.𝑃𝑟é𝑠𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡 +(1−λ).𝑃𝑟𝑒𝑚𝑖𝑒𝑟 𝑚𝑖𝑛𝑖𝑠𝑡𝑟𝑒 𝑎𝑣𝑒𝑐 λ → 0
Cette analogie a avorté au Sénégal pour des raisons de géométrie constitutionnelle. Le système politique sénégalais est hautement présidentiel et hyperstatique : sa structure est faite pour un seul homme et elle ne tolère pas deux centres de pouvoir. L’orbite à deux corps était instable par nature : la force de gravitation de l’institution présidentielle (détenue par Diomaye Faye) a naturellement cherché à attirer et à phagocyter la légitimité politique externe (détenue par Ousmane Sonko).
La rupture mécanique : Le paradoxe du créateur et de la créature
En s’enfermant dans un plan d’action rigide et en éliminant tous les fusibles intermédiaires (conduisant à un Premier ministre déchu et à un président de l’Assemblée nationale démissionnaire), le système a perdu sa flexibilité (sa ductilité). Face à la pression, l’armature institutionnelle n’a pas plié : elle a subi une rupture brutale, rendant le limogeage d’Ousmane Sonko inévitable. On en arrive au cœur du paradoxe, une situation de court-circuit politique absolu gouvernée par une dépendance récursive critique : le Président (la variable d’arrivée) a été intégralement programmé et propulsé au pouvoir par son Premier ministre (la variable d’origine). Cela crée une situation de rétroaction positive destructrice (un effet Larsen politique) :
– L’inversion des rôles : Bassirou Diomaye Faye n’avait pas de base électorale propre sans le transfert d’énergie initial d’Ousmane Sonko (le fameux slogan de campagne « Diomaye moy Sonko »). Le créateur a délégué la totalité de ses attributs régaliens à sa créature pour contourner sa propre inéligibilité.
Le choc des légitimités : Une fois installé dans le fauteuil présidentiel, la légitimité constitutionnelle (le pouvoir légal absolu) s’est heurtée à la légitimité matricielle (la source morale du pouvoir). Quand la créature utilise l’arme constitutionnelle pour limoger son créateur, le système entre en fusion. Ce n’est plus une simple rivalité de partis, c’est un
paradoxe mathématique où la fonction tente d’effacer sa propre condition d’existence. Mettre face à face la légitimité juridique du président et la légitimité charismatique du leader déchu place le Sénégal dans un état d’entropie maximale. Le duumvirat est définitivement devenu un duel fratricide. C’est la collision frontale entre deux astres dont l’un s’est nourri de la substance de l’autre avant de l’éjecter de son orbite. Privé des écrans de fumée que jouaient le gouvernement et l’Assemblée, le retour à l’équilibre exigera une réécriture complète des variables du système politique sénégalais. « Au pays de la Teranga, Dieu est Grand, le peuple est souverain, et le mouvement est purement brownien. Un système hautement stochastique où la seule constante est la vitesse à laquelle les certitudes varient. »
Pr Séga Fall MBODJI
Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque
Citoyen sénégalais engagé
Contact : segafall.mbodji@gmail.com
Téléphone : +33650547275, Paris
