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Culture: Revendication de l’Africanitet – Une prise de conscience collective dans le style révèle un retour à la source Khadidiatou GUÈYE Fall

Une jeunesse exigeante aspire à un modèle typiquement africain

Ces deux dernières années, de plus en plus de jeunes regardent à travers le rétroviseur  pour prendre référence sur leurs ancêtres

Riche en culture, le continent africain est un continent où la colonisation a imposé les cultures d’autrui. Certains Africains véhiculaient des valeurs qui reflétaient autre que les valeurs innées en Afrique. Dans le comportement, le style de vie de l’Africain, le modèle de l’occident y est toujours décelé. Mais depuis un certain temps, une prise de conscience contamine la jeunesse africaine. Un réveil simultané et collectif regroupe les jeunes à revaloriser la culture africaine dans sa globalité. Les artifices qui renvoyaient à l’Occident perdent l’influence et l’importance que leur ont été octroyées. Une métamorphose se note dans le quotidien des ancrés de la culture occidentale.

S’habiller à l’occidentale était un style très prisé dans le milieu professionnel. Dans les entreprises, les professionnels se mettaient en valeur avec les costumes occidentaux. Pour les femmes, les petites perruques importées magnifiaient leur prestance. Mais depuis quelque temps, ces styles empruntés de l’Occident deviennent rares avec cette prise de conscience collective et la revalorisation de l’africanité.

Cette jeune étudiante de 28 ans aspire à retourner aux sources. Depuis son entrée à l’université et sa rencontre avec des Ivoiriens et d’autres nationalités, elle a un autre aperçu de la culture africaine. La lecture de certaines œuvres africaines l’a poussée à prendre conscience des valeurs qui lui sont propres et regorgeant du naturel. Elle a commencé à magnifier sa culture dans toutes ses actions : « Maintenant les filles ont arrêté tout ce qui est greffage ou artifice pour retourner au naturel et à la source. Les ajouts esthétiques n’ont été que des tendances. Par exemple, le tissage naturel fait avec les cheveux crépus nous appartient. Ce sont ces petits trucs-là qui font notre essence. Donc l’éveil des consciences a boosté l’africanité qui dormait en nous, jeunes africains. Donc ça a permis à la femme africaine de s’assumer pleinement ». La jeune fille s’est récemment lancée dans une lutte pour la valorisation des cheveux africains avec des crèmes capillaires faites à base des produits d’origine africaine.

Son père est un petit-fils d’un mulâtre, il est devenu conservateur des cultures africaines qu’il essaie de transmettre à ses enfants et ses petits-enfants. Il a vécu l’époque du déracinement de certains de ses amis. Pourtant, les quelques années qu’il a passées en France en côtoyant les étrangers n’a pas impacté sur son ancrage dans la culture africaine. D’après lui, tous les Africains retourneront aux sources, car c’est ce qui se constate actuellement. « Il y a quelques années, la mariée était contrainte de se réveiller tôt le matin pour aller au salon de coiffure pour autant d’artifices. Mettre des greffages et des faux ongles. Et ces deux dernières années ont été un moment de prise de conscience confirmée : de plus en plus, les jeunes regardent à travers le rétroviseur  pour prendre référence sur leurs ancêtres. De plus en plus, le tissage avec les cheveux humains importés est délaissé au profit des tresses africaines avec les cheveux crépus ».

« L’exemple le plus patent, c’est la valorisation des tresses africaines dans les séries sénégalaises dans lesquelles les femmes soit sont en foulards soit  portent de jolies tresses africaines. La fameuse tresse des Toucouleurs appelée « Yolélé » qui faisait référence aux nouvelles mariées avait presque perdue sa notoriété et sa visibilité dans les cérémonies matrimoniales. Et l’abandon de ce rituel a occasionné la disparition de ce métier de tissage. Maintenant, si je me fie aux fora dans les réseaux sociaux, les femmes se distinguent de par leur particularité strictement africaine avec ces genres de tresses », soutient l’homme à la retraite depuis 4 ans. Donc si la jeunesse rejette aujourd’hui l’acculturation, c’est un moyen de refaire vivre la culture africaine ainsi que les métiers perdus de vue depuis très longtemps. Désormais, il y a même une spécialiste du henné.

Même la manière de s’habiller durant le mariage est plus proche de l’Africain : les tenues traditionnelles sont une tendance en vogue. Les filles préfèrent porter les Thioup à leur mariage maintenant, même si ce type de tissu est prévu pour la période froide. C’est un retour aux sources qui rend à l’Africain son identité.

La revendication n’est plus une chose abstraite que les Africains crient sur tous les toits, il s’agit d’une doléance concrète qui se manifeste sur l’attitude de l’Africain. Dorénavant, la revendication est comportementale, vestimentaire, elle se vit tous les jours avec les tresses traditionnelles que les femmes portent fièrement pour aller au travail et lors des grandes occasions. Il va sans dire que ceci n’est plus un phénomène de la mode mais un mode de vie.

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