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Culture : Quien sera cabecito

« Si j’étais ministre de la Culture » 

Le pari audacieux de Samba Mbalo pour faire de la culture la première richesse du Sénégal

Et si la culture devenait la principale richesse du Sénégal ? Dans un document programmatique intitulé « Si j’étais nommé ministre de la Culture », Samba Mbalo, Directeur Artistique du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose, expose une série de réformes structurantes destinées à faire des industries culturelles et créatives un pilier majeur de l’économie nationale. L’auteur dessine les contours d’une véritable révolution culturelle au service du développement, de la souveraineté et de la prospérité du Sénégal.

Si j’étais nommé Ministre de la Culture ?

Par Samba MBALO,

Directeur Artistique du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Coumba Rose

Mesdames et Messieurs les Hautes Autorités de la République,
Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre,

C’est un manifeste de rupture, de haute ingénierie financière et d’audace politique que je soumets à vos arbitrages pour donner corps à l’Agenda National de Transformation « Sénégal Vision 2050 ».

La Stratégie Nationale de Développement 2024-2029 et son Master Plan 2024-2034 ne sauraient se contenter de réformes cosmétiques, ils exigent des solutions endogènes, souveraines et africaines pour libérer nos forces productives.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je briserais la posture de mendicité budgétaire en démontrant que notre génie immatériel recèle des leviers d’autofinancement bien plus puissants et durables que l’aide publique au développement. L’heure est venue de regarder notre culture non plus comme une ligne de dépenses esthétiques, mais comme le premier actif stratégique de la Nation.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, j’engagerais ma responsabilité devant vos institutions et devant le peuple pour transformer notre patrimoine et notre créativité en une superpuissance macroéconomique autonome.
Pour briser la dépendance aux ressources extractives et propulser la contribution de la culture à 30 % du PIB à l’horizon 2034, il nous faut un mécanisme financier de rupture.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je créerais la « Tontine Institutionnelle Souveraine des ICC » (Initiatives Culturelles et Créatives), calquée sur nos mécanismes traditionnels de solidarité financière, mais adossée à une taxation de souveraineté numérique. Concrètement, nous prélèverons une redevance de 2 % sur le trafic de données des géants des télécoms et des plateformes de streaming étrangères (Netflix, TikTok, YouTube…) qui consomment la bande passante sénégalaise en exploitant nos contenus.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, j’utiliserais ces flux financiers, estimés à 15 milliards de FCFA par an dès la première année, pour alimenter le Fonds Souverain d’Investissement Culturel (FSIC). Cet argent ne sera pas distribué en subventions perdues, mais investi sous forme de prises de participation et d’avances remboursables dans des infrastructures majeures : studios de tournage aux normes dans la zone économique spéciale de Diamniadio/Diass, usines de pressage et de réplication, et réseaux de distribution panafricains.
En convertissant la consommation passive de contenus en investissement structurel, nous bâtirons une économie de la création autonome qui surpassera les revenus volatils du pétrole et du gaz.
Face à l’urgence de la démographie nationale où 60 % de la population a moins de 25 ans, la création de 1 million d’emplois sur 3 ans sera ma priorité absolue, mesurée au millimètre près à l’échelle de nos 557 communes.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je matérialiserais ce choc d’employabilité par le déploiement du programme « Geewu Mbatiit » (le cercle de la culture), un mécanisme d’incubation communautaire connectant l’artisanat d’art, le design numérique et les arts vivants.
Concrètement, nous allons formaliser le statut de l’artiste et des professionnels de la culture et de l’artisan créateur via une plateforme numérique unique d’auto-entreprenariat culturel, adossée à une amnistie fiscale de démarrage de 24 mois.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je financerais ce programme par un mécanisme de mutualisation endogène : l’émission des « Bons du Trésor Créatifs du Sénégal », un emprunt obligataire populaire garanti par l’Etat et ouvert prioritairement à la diaspora sénégalaise via le Mobile Money (Wave, Orange Money).
En mobilisant seulement 5.000 FCFA par mois auprès d’un million de souscripteurs nationaux et de la diaspora, nous lèverons 60 milliards de FCFA par an sans contracter la moindre dette extérieure.
Cet apport permettra de financer l’installation technique de 150.000 micro-entreprises culturelles par an (studios de podcasters, ateliers de stylisme, coopératives d’artisans d’art, ateliers de productions scéniques) ; chaque micro-entreprise générant en moyenne 2,2 emplois directs et indirects, nous atteindrons scientifiquement l’objectif d’un million d’emplois durables, bancarisés et intégrés au tissu économique réel en 36 mois.

La matérialisation des pôles territoires ne doit plus être une vue de l’esprit, mais une décentralisation industrielle de la créativité dans nos 14 régions et nos 46 départements.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je déploierais la stratégie des « Loumas Culturels Régionaux » (marchés périodiques spécialisés), transformant chaque chef-lieu de pôle territorial en capitale économique sectorielle. Concrètement, la région de Saint-Louis deviendra le pôle mondial du Cinéma et des Arts Visuels, la Casamance le pôle d’excellence de l’Eco-tourisme mémoriel et des instruments traditionnels, et le pôle de Diourbel/Touba le centre névralgique de la calligraphie, de l’édition et de la littérature soufie…

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je financerais cette territorialisation par l’instauration d’un « Prélèvement de Solidarité Territoriale Collectivités-Culture » (PSTCC) de 1 % sur les bénéfices des entreprises minières, agro-industrielles et cimentières implantées dans les régions (notamment à Thiès, Kédougou et Matam).
Ces ressources seront directement fléchées vers les budgets des 557 communes, sans transiter par les lourdeurs de l’administration centrale, pour ériger des « Hubs Créatifs Communaux ».
Chaque commune disposera d’un espace de coworking et de production équipé, permettant aux talents locaux de créer, de breveter et de vendre leurs œuvres à l’échelle internationale sans jamais avoir besoin de s’exiler à Dakar.

La sauvegarde de notre patrimoine, de nos identités et de nos précieux savoirs endogènes ne se fera pas par des incantations, mais par une sanctuarisation économique et scientifique.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je mettrais en œuvre le projet « Sunu Cosan 3.0 » pour numériser, certifier et monétiser notre patrimoine immatériel et nos trésors historiques, à commencer par la revalorisation monumentale de nos grands édifices comme épicentre de la transmission.
Concrètement, nous allons créer le premier Registre National de la Propriété Intellectuelle Traditionnelle utilisant la technologie Blockchain, protégeant nos rythmes (comme le Sabar), nos motifs textiles (comme le Thioub), nos contes et nos pharmacopées contre la biopiraterie et le plagiat international.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je tirerais les moyens de cette sauvegarde d’un mécanisme purement endogène : le « Timbre d’Ancrage Culturel » (TAC), une taxe de 500 FCFA appliquée sur chaque billet d’avion international entrant au Sénégal et sur chaque nuitée d’hôtel pour les touristes étrangers.
Avec plus de 1,5 million de visiteurs par an, ce mécanisme générera plus de 3,5 milliards de FCFA de revenus autonomes et récurrents, entièrement dédiés à la restauration de nos sites classés par l’UNESCO (Gorée, Saint-Louis, Pays Bassari) et au financement des « Ecoles de la Transmission des Savoirs Endogènes ».
Dans chaque département, les derniers maîtres des savoirs traditionnels seront salariés par l’Etat comme Maîtres de Conférences Emérites pour enseigner obligatoirement l’histoire locale, la philosophie des proverbes et les arts ancestraux dans nos écoles.

Mesdames et Messieurs les Hautes Autorités, la Stratégie Nationale de Développement 2024-2029 exige des gestionnaires qui n’attendent pas que les budgets tombent, mais qui inventent les mécanismes de leur propre souveraineté.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, je ne serais pas un gestionnaire de subventions, mais le manageur d’une holding publique appelée Sénégal Créatif, tendue vers la performance, l’impact social et la rigueur comptable.
Je mettrai mon expertise managériale, mon autorité de terrain et ma vision géostragique au service de l’exécution immédiate de ce programme de rupture pour faire de notre culture le socle de notre dignité retrouvée.

Si j’étais nommé ministre de la Culture, notre nation prouvera à l’Afrique et au monde qu’on peut bâtir une prospérité indestructible en s’appuyant exclusivement sur la richesse de son âme, l’intelligence de sa jeunesse et l’enracinement de ses valeurs.

Soumettant ce programme à votre haute appréciation, je me tiens prêt à le matérialiser dès demain pour la grandeur de notre République.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute et patriotique considération.