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Commerce et compétitivité : Leviers souverains en 2050

COMMERCE EXTÉRIEUR ET COMPÉTITIVITÉ : CAS DU SÉNÉGAL

Quels leviers pour une souveraineté économique durable à l’horizon 2050 ?

Les membres de la sous-commission

Dr Djiby NDAO, économiste
Membre fondateur Kiiraay
Responsable de la sous-commission du commerce extérieur, de la coopération économique et de la planification des échanges.
Madame Oumou NDIAYE
Madame Aissatou DIEME
Madame Mame PENDA
Monsieur Amdy Moustapha
Monsieur Saliou
Monsieur Iba NIANG
Monsieur Al Amine
Monsieur Kaou Ibrahima DIALLO
Monsieur Ousmane SOW
Monsieur Moustapha SEYE.

Introduction
Le commerce extérieur constitue un déterminant majeur de la croissance économique, de la compétitivité des entreprises et de la souveraineté économique d’un pays. Pour le Sénégal, dont les besoins en biens d’équipement, en produits alimentaires, en intrants industriels et en technologies restent importants, la maîtrise des échanges internationaux représente un enjeu stratégique. Il s’agit non seulement d’accroître les exportations, mais également de réduire les vulnérabilités liées aux importations, de renforcer la production nationale et de mieux positionner les entreprises sénégalaises sur les marchés régionaux et internationaux.

À l’horizon 2050, cette problématique prend une dimension particulière avec la mise en œuvre de la vision « Sénégal souverain, juste et prospère » déclinée dans l’Agenda national de transformation et opérationnalisée, pour sa première phase quinquennale, par la Stratégie nationale de développement (SND) 2025-2029. Ce cadre stratégique ambitionne de transformer structurellement l’économie, de renforcer la compétitivité nationale et de promouvoir un modèle de développement davantage fondé sur les ressources, les capacités productives et les potentialités territoriales du pays.
La SND 2025-2029 repose notamment sur quatre axes : l’économie compétitive, le capital humain de qualité et l’équité sociale, l’aménagement et le développement durables, ainsi que la bonne gouvernance et l’engagement africain. Ces orientations appellent une politique commerciale cohérente avec les objectifs de transformation productive, de création d’emplois et de souveraineté économique.
Dès lors, une question fondamentale se pose : comment le Sénégal peut-il transformer son commerce extérieur en un véritable moteur de compétitivité, de création de valeur ajoutée et de souveraineté économique à l’horizon 2050 ?
Pour répondre à cette interrogation, il convient d’analyser les tendances des échanges extérieurs, d’identifier les contraintes structurelles de la compétitivité et de proposer des leviers d’action alignés sur les ambitions de Sénégal 2050.

I. Le commerce extérieur sénégalais : entre vulnérabilités structurelles et possibilités de redressement

  1. Une balance commerciale structurellement déficitaire :
    L’analyse des données du commerce extérieur met en évidence un déséquilibre persistant entre les exportations et les importations du Sénégal. En 2023, selon la note d’analyse du commerce extérieur citée dans les documents de référence, les exportations de marchandises se sont établies à 3.223,9 milliards de FCFA, contre 7.207,8 milliards de FCFA pour les importations. Le déficit commercial ressortait ainsi à 3.983,9 milliards de FCFA.
    Cette situation traduit une dépendance importante vis-à-vis des marchés extérieurs pour satisfaire les besoins de consommation, d’investissement et de production. Elle souligne également l’insuffisance relative de la capacité de l’économie nationale à produire et à exporter une gamme suffisamment diversifiée de biens à forte valeur ajoutée.
    Le déficit commercial n’est cependant pas, à lui seul, un indicateur suffisant de faiblesse économique. Les importations de machines, d’équipements industriels et de technologies peuvent contribuer à renforcer les capacités productives à moyen et long terme. L’enjeu consiste donc à distinguer les importations qui soutiennent la transformation productive de celles qui traduisent une dépendance durable, notamment lorsque des produits pouvant être fabriqués localement sont importés en grande quantité. Dans cette perspective, la politique commerciale doit être articulée à une politique industrielle, agricole et technologique capable d’accroître progressivement l’offre nationale.
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  3. Des exportations concentrées sur des produits et des filières spécifiques :
    En 2023, les exportations sénégalaises ont reculé de 9,5 % par rapport à 2022, selon les données communiquées. Cette évolution s’explique notamment par la diminution des ventes d’acide phosphorique, de crustacés, mollusques et coquillages, de zircon, de titane, d’arachides non grillées et d’or non monétaire. À l’inverse, les exportations d’engrais minéraux et chimiques, de cigarettes et de ciment hydraulique ont progressé, contribuant à limiter la baisse globale. Ces évolutions illustrent la sensibilité des recettes d’exportation aux variations de la demande internationale, des prix et des volumes commercialisés. Elles mettent également en évidence la nécessité de diversifier les produits exportés et de développer davantage la transformation locale des ressources nationales.
    L’exportation de matières premières ou de produits faiblement transformés limite souvent la part de la valeur ajoutée conservée dans l’économie. À l’inverse, la transformation industrielle permet de développer des compétences, de créer des emplois qualifiés, de structurer des chaînes de valeur et d’accroître les recettes tirées des ventes internationales.
    L’ambition de Sénégal 2050 suppose ainsi de passer progressivement d’une économie qui exporte principalement des ressources et des produits peu transformés à une économie qui exporte davantage de produits industriels, agroalimentaires et de services à forte valeur ajoutée.
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  5. Une géographie commerciale offrant des possibilités de diversification:
    En 2023, l’Afrique représentait 43,7 % des exportations sénégalaises, devant l’Europe, avec 24,6 %, et l’Asie, avec 19,4 %. Du côté des importations, l’Europe et l’Asie occupaient les premières places parmi les continents fournisseurs.
    Ces données soulignent l’importance des marchés africains dans les débouchés commerciaux du Sénégal. La proximité géographique, les complémentarités productives et les possibilités d’intégration régionale constituent des avantages à valoriser.

Le renforcement des échanges avec les pays de la CEDEAO et, plus largement, avec les partenaires africains peut offrir des débouchés supplémentaires aux entreprises sénégalaises, notamment dans l’agroalimentaire, les matériaux de construction, les produits chimiques, les services numériques et les activités logistiques.
Toutefois, la conquête de ces marchés exige une amélioration de la qualité des produits, une réduction des coûts logistiques, une meilleure connaissance des réglementations commerciales et une maîtrise des procédures douanières. L’intégration régionale ne produira pleinement ses effets que si les entreprises nationales disposent des capacités nécessaires pour répondre à la demande.

  1. Des évolutions récentes qui invitent à une lecture prudente

Les indicateurs mensuels du commerce extérieur rappellent que les soldes commerciaux peuvent connaître des variations importantes d’un mois à l’autre. Les données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) pour juillet 2026 font état d’un excédent commercial de 62,1 milliards de FCFA, après un déficit de 128,9 milliards de FCFA en juin 2026. À fin juillet 2026, le solde cumulé restait toutefois déficitaire de 67,0 milliards de FCFA, contre un déficit de 932,3 milliards à la même période en 2025. Cette amélioration mensuelle constitue un signal favorable, mais elle ne suffit pas à établir, à elle seule, un changement structurel du modèle commercial. Il convient de vérifier si elle résulte d’une progression durable des exportations, d’une diminution des importations ou de facteurs ponctuels liés à la composition et au calendrier des échanges. L’analyse doit donc porter simultanément sur les valeurs, les volumes, les prix unitaires, la composition des produits échangés et l’évolution des soldes commerciaux sur plusieurs périodes.

II. Prix du commerce extérieur et compétitivité : comprendre les mécanismes économiques

  1. La hausse mensuelle des prix ne signifie pas nécessairement une amélioration de la compétitivité :
    Les indices des valeurs unitaires du commerce extérieur publiés par l’ANSD pour décembre 2025 indiquent, selon les données présentées, une progression de 1,2 % des prix à l’importation et de 1,5 % des prix à l’exportation sur un mois. Toutefois, sur l’ensemble de l’année 2025, les prix à l’importation auraient diminué de 3,6 %, tandis que leur niveau en décembre 2025 se situait 3,3 % en dessous de celui de décembre 2024.
    Ces évolutions montrent l’importance de distinguer les mouvements mensuels des tendances annuelles. Une hausse des prix à l’exportation peut améliorer les recettes commerciales si les volumes vendus se maintiennent. Mais elle ne traduit pas nécessairement un gain de compétitivité si elle résulte uniquement d’une hausse des cours internationaux.
    De même, une baisse des prix à l’importation peut réduire la facture extérieure, sans pour autant refléter une amélioration de la productivité nationale.

La compétitivité doit être appréciée à partir d’un ensemble d’indicateurs : les coûts de production, la productivité du travail et du capital, la qualité des produits, les délais de livraison, la capacité d’innovation, la fiabilité des infrastructures et la faculté des entreprises à conquérir de nouveaux marchés.

  1. Les coûts des intrants et de l’énergie :
    La compétitivité des entreprises sénégalaises dépend largement du coût de l’énergie, des matières premières, du transport, du financement et des équipements importés.
    Lorsque les prix internationaux des produits minéraux, des métaux ou des hydrocarbures augmentent, les entreprises utilisant ces intrants peuvent subir une hausse de leurs coûts de production. Si elles ne peuvent pas répercuter cette hausse sur leurs prix de vente, leurs marges et leurs capacités d’investissement diminuent. Il devient donc nécessaire de développer une politique intégrée de compétitivité reposant sur l’efficacité énergétique, la modernisation des équipements, la diversification des sources d’approvisionnement et la valorisation des ressources locales.
    L’objectif n’est pas de supprimer les importations, mais de mieux les orienter vers les besoins productifs et de réduire les vulnérabilités qui fragilisent la production nationale.

III. Les contraintes structurelles de la compétitivité du Sénégal

  1. Un environnement des affaires à consolider
    L’attractivité économique dépend de plusieurs facteurs : la stabilité macroéconomique, la qualité des institutions, la prévisibilité de la réglementation, la fiscalité, l’accès au financement, la disponibilité du foncier, la qualité de la justice et l’efficacité de l’administration. Le rapport de référence sur l’attractivité et la compétitivité du Sénégal souligne l’importance de ces déterminants et rappelle les efforts engagés à travers les programmes de réformes de l’environnement des affaires.
    Les progrès réalisés dans certains domaines, notamment les procédures de transfert de propriété, le raccordement à l’électricité et les délais d’exécution des contrats, constituent des acquis à consolider. Ils ne dispensent toutefois pas de poursuivre les réformes relatives à la gouvernance, à l’accès au financement, à la simplification administrative et à la sécurité juridique des investissements.

Pour Sénégal 2050, l’enjeu consiste à construire un environnement dans lequel les entreprises nationales peuvent investir, se développer et accéder aux marchés extérieurs, tout en attirant des investissements étrangers contribuant effectivement à la transformation productive.

  1. Le financement des entreprises et l’accès aux technologies
    Les petites et moyennes entreprises rencontrent souvent des difficultés d’accès au crédit, aux garanties, aux équipements modernes et aux informations commerciales. Ces contraintes limitent leur capacité à améliorer leur productivité, à respecter les normes internationales et à répondre aux commandes des grands marchés.
    Une politique de compétitivité efficace doit favoriser le financement des investissements productifs, le développement de mécanismes de garantie adaptés, la mobilisation de l’épargne nationale et la création de partenariats entre les institutions financières, les entreprises et les structures de recherche.
    L’accès aux technologies numériques, aux outils de gestion et aux plateformes commerciales constitue également un levier important pour améliorer la performance des entreprises et faciliter leur internationalisation.
  2. Les infrastructures logistiques et la compétitivité territoriale
    La performance commerciale dépend aussi de la qualité des ports, des routes, des infrastructures ferroviaires, des plateformes logistiques, des entrepôts et des systèmes de dédouanement.
    Les coûts et les délais de transport peuvent réduire les marges des exportateurs et rendre les produits nationaux moins compétitifs face à ceux des pays concurrents. Dans cette perspective, la territorialisation des investissements prévue par Sénégal 2050 doit permettre de mieux relier les bassins de production aux infrastructures de transformation et aux marchés.
    Le développement de pôles économiques spécialisés, associés à des infrastructures logistiques adaptées, peut contribuer à rapprocher les entreprises des ressources locales, à réduire les pertes de production et à améliorer les conditions d’exportation.

IV. Sénégal 2050 : faire du commerce extérieur un instrument de transformation structurelle

Le référentiel Sénégal 2050 et le Masterplan 2025-2034 mettent l’accent sur la construction d’une économie compétitive et souveraine, le développement de moteurs de croissance, la valorisation des territoires et l’amélioration de l’environnement des affaires. Ces orientations offrent un cadre pour repenser la politique commerciale à long terme.

  1. Développer les filières agricoles et agroalimentaires
    La souveraineté alimentaire doit être considérée comme un pilier de la stratégie commerciale.
    Le Sénégal dispose de potentialités importantes dans les céréales, l’horticulture, l’arachide, les produits halieutiques et l’élevage. Leur valorisation nécessite toutefois des investissements dans l’irrigation, la mécanisation, le stockage, la chaîne du froid, la transformation industrielle et la commercialisation.
    L’objectif doit être double : réduire progressivement les importations de produits pour lesquels une offre nationale compétitive peut être développée et accroître les exportations de produits agricoles transformés. Cette orientation permettrait de renforcer les revenus des producteurs, de développer les industries agroalimentaires et de créer des emplois dans les territoires.
  2. Accroître la transformation locale des ressources extractives
    Le développement des activités extractives offre des possibilités de diversification des exportations. Cependant, la contribution de ces ressources à la transformation économique dépendra de leur capacité à stimuler des activités industrielles connexes.
    Le Sénégal doit donc encourager, lorsque les conditions techniques, économiques et environnementales le permettent, la transformation locale des ressources minières et énergétiques, le développement de fournisseurs nationaux et l’acquisition de compétences industrielles.
    Il ne s’agit pas de privilégier systématiquement la transformation locale, quelles qu’en soient les conditions de rentabilité, mais de rechercher le meilleur équilibre entre compétitivité internationale, création de valeur ajoutée, recettes publiques et développement des capacités nationales.
  3. Renforcer les industries manufacturières
    Une politique industrielle cohérente doit soutenir les filières présentant des perspectives réalistes de compétitivité : matériaux de construction, transformation agroalimentaire, industries chimiques, produits pharmaceutiques, équipements, emballages et autres activités manufacturières adaptées aux débouchés disponibles.
    Les zones industrielles et économiques spéciales peuvent contribuer à cette dynamique, à condition de disposer d’infrastructures fiables, de procédures administratives efficaces, d’un accès au financement et de liens réels avec les entreprises locales.
    Les incitations fiscales et douanières devraient être évaluées en fonction de leurs résultats : investissements additionnels, emplois créés, transferts de technologies, exportations générées et achats auprès des fournisseurs nationaux. L’ambition est de faire de l’industrialisation un moyen durable d’accroître la compétitivité et de réduire les dépendances extérieures.
  4. Promouvoir les services à forte valeur ajoutée
    La compétitivité commerciale ne se limite pas aux marchandises. Les services numériques, l’ingénierie, les services professionnels, la logistique, la formation, la maintenance industrielle et certaines activités financières peuvent également contribuer aux recettes extérieures.
    Le Sénégal peut valoriser ses compétences humaines, ses infrastructures numériques et sa position géographique pour développer des services exportables à destination des marchés africains et internationaux. La réalisation de cet objectif suppose d’investir dans la formation, l’innovation, la connectivité, la cybersécurité et la qualité des services, tout en facilitant l’accès des entreprises aux marchés étrangers.
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  6. Faire de l’intégration africaine un débouché prioritaire
    Les marchés africains constituent un espace stratégique pour la diversification des exportations sénégalaises. Le développement des échanges régionaux doit s’appuyer sur la facilitation des procédures douanières, la reconnaissance des normes, la réduction des obstacles non tarifaires et l’amélioration des corridors de transport.
    Le Sénégal doit également aider ses entreprises à mieux exploiter les possibilités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine, en tenant compte des règles d’origine, des exigences de qualité et des conditions effectives d’accès aux marchés. L’objectif est de renforcer la présence des produits et services sénégalais dans les chaînes de valeur régionales, plutôt que de considérer l’intégration africaine comme un simple cadre institutionnel.

V. Les principales recommandations pour une politique commerciale alignée sur Sénégal 2050
La transformation du commerce extérieur nécessite une stratégie opérationnelle articulant les politiques commerciales, industrielles, agricoles, énergétiques, logistiques et financières.
Premièrement, élaborer une stratégie nationale intégrée du commerce extérieur. Celle-ci devrait définir les filières prioritaires, les marchés cibles, les objectifs de diversification, les besoins en infrastructures et les mécanismes de soutien aux exportateurs.
Deuxièmement, renforcer les capacités productives nationales. Les politiques publiques doivent favoriser la productivité, la modernisation des équipements, l’innovation, la formation professionnelle et l’accès aux intrants nécessaires à la production.
Troisièmement, améliorer l’accompagnement des exportateurs. Il convient de renforcer l’information économique et commerciale, l’appui aux certifications, l’accès aux normes internationales, la promotion commerciale et les dispositifs de financement des entreprises exportatrices.
Quatrièmement, réduire les coûts logistiques et administratifs. La simplification des procédures, la dématérialisation des formalités, l’amélioration des infrastructures et la coordination des services douaniers peuvent réduire les coûts et les délais des opérations commerciales.
Cinquièmement, mieux mobiliser les investissements privés. Les partenariats public-privé, les mécanismes de garantie, les financements innovants et la mobilisation de la diaspora peuvent contribuer au financement des infrastructures et des capacités productives, sous réserve d’une évaluation rigoureuse des risques et des retombées économiques.
Sixièmement, renforcer la diplomatie économique. Les représentations diplomatiques, les structures de promotion des exportations et les organisations professionnelles devraient contribuer à identifier les débouchés, à faciliter les partenariats et à attirer des investissements compatibles avec les priorités nationales.
Septièmement, mettre en place un dispositif de suivi-évaluation. La politique commerciale doit être pilotée à partir d’indicateurs mesurables, régulièrement actualisés et ventilés par filière, territoire et partenaire commercial.

VI. Une feuille de route opérationnelle vers 2050
La mise en œuvre de ces recommandations pourrait s’organiser autour de trois horizons complémentaires.
À court terme, sur la période 2025-2029 : consolider les fondations.
Les priorités consistent à identifier les filières à fort potentiel, simplifier les procédures commerciales, améliorer l’accès des PME au financement, renforcer les dispositifs d’information sur les marchés et lever les principales contraintes logistiques.
Cette phase doit également établir une situation de référence fiable permettant de mesurer les progrès réalisés.

À moyen terme, sur la période 2030-2035 : accélérer la transformation productive.
L’effort devra porter sur la montée en gamme des exportations, le développement de capacités industrielles, la création de chaînes de valeur régionales et l’augmentation de la part des produits transformés dans les ventes extérieures.
Les investissements devront être évalués selon leur capacité à renforcer la productivité, les compétences, les emplois et la compétitivité des entreprises nationales.

À long terme, à l’horizon 2050 : consolider la souveraineté économique.
L’ambition est de disposer d’une économie plus diversifiée, capable de satisfaire une part accrue de ses besoins productifs par une offre nationale compétitive, d’exporter des biens et des services à forte valeur ajoutée et de mieux résister aux chocs extérieurs.
La souveraineté économique ne signifie pas l’autarcie. Elle consiste à renforcer la capacité du pays à faire des choix économiques, à maîtriser les risques de dépendance et à tirer davantage de valeur de son insertion dans les échanges internationaux.

Conclusion
Le commerce extérieur du Sénégal révèle un paradoxe économique majeur : le pays dispose de ressources naturelles, de potentialités agricoles, d’une position géographique stratégique et d’opportunités d’intégration régionale, mais demeure confronté à un déficit commercial structurel et à des besoins importants en produits importés.
Les évolutions mensuelles favorables observées en 2026 doivent être appréciées avec prudence et replacées dans une perspective de moyen et de long terme. Une amélioration ponctuelle de la balance commerciale ne garantit pas, à elle seule, une transformation durable du modèle économique.
La réponse à ce défi passe par une approche intégrée de la compétitivité, associant amélioration du climat des affaires, développement industriel, transformation agroalimentaire, modernisation logistique, innovation technologique et promotion des exportations.

Dans cette perspective, le Sénégal 2050 constitue un cadre stratégique pour faire évoluer progressivement le modèle commercial du pays. Sa réussite dépendra de la cohérence des politiques publiques, de la qualité des investissements, de la capacité des entreprises à innover et à conquérir de nouveaux marchés, ainsi que de l’efficacité du suivi des résultats.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement d’exporter davantage ou d’importer moins. Il est de produire mieux, de transformer localement davantage de ressources, de créer des emplois durables et de renforcer la place du Sénégal dans les chaînes de valeur africaines et mondiales.
C’est à cette condition que le commerce extérieur pourra devenir un levier majeur de compétitivité, de souveraineté économique et de prospérité partagée à l’horizon 2050.

Bibliographie :

  1. Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) : Note sur les indices mensuels des valeurs unitaires du commerce extérieur, décembre 2025.
  2. ANSD : Note d’analyse du commerce extérieur – Édition 2023.
  3. ANSD : Bulletin mensuel des statistiques du commerce extérieur, juillet 2026.
  4. Ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération : Situation de référence de l’attractivité et de la compétitivité du Sénégal, 2024.
  5. République du Sénégal, Sénégal 2050 : Agenda national de transformation.
  6. République du Sénégal : Stratégie nationale de développement 2025-2029.
  7. République du Sénégal ; Masterplan 2025-2034 de l’Agenda national de transformation.