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Classement Forbes : Sans base de calcul

Fortunes

Forbes, un sommet sans base

De notre correspondant en France

Selon le principe des vases communicants, la montée des richesses est peut-être la face apparente de celle cachée de la pauvreté qui, elle aussi, a bien progressé. Dommage que Forbes n’en parle pas.
Bonne soirée. (Un lecteur). Le Devoir a relevé le défi grâce à son excellent collaborateur Séga Fall Mbodji, professeur de Mathématiques et pas que.
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Forbes célèbre une “croissance de fortune” qui est en réalité le résultat d’une aspiration vers le haut des richesses qui, autrefois, alimentaient la consommation de masse et les services publics.

Chaque année, le classement Forbes des milliardaires est attendu comme le palmarès du génie humain et de la réussite économique. Pourtant, derrière les records de valorisation boursière se cache une réalité mathématique que le magazine omet systématiquement : la richesse ne surgit pas du néant, elle se concentre au détriment de la base de la pyramide. En 2026, cette corrélation n’est plus une simple théorie, c’est une urgence statistique.
En physique, le niveau d’eau s’équilibre entre deux récipients reliés. En économie, le système semble grippé : l’eau monte d’un côté et s’évapore de l’autre. Si les 1 % les plus riches voient leur patrimoine exploser, c’est souvent parce qu’une part croissante de la valeur produite par le travail est captée par le capital.
Depuis quelques années, la déconnexion est totale. En France par exemple, alors que la productivité des salariés n’a jamais été aussi haute, le pouvoir d’achat stagne, grignoté par une inflation des biens essentiels (logement, énergie). Ce que Forbes célèbre comme une “croissance de fortune” est en réalité le résultat d’une aspiration vers le haut des richesses qui, autrefois, alimentaient la consommation de masse et les services publics.

Le cas Zucman : Le refus de rendre “la monnaie de la pièce”.
L’exemple le plus frappant de cette citadelle dorée se trouve dans les travaux de l’économiste français Gabriel Zucman. Son constat est sans appel : en France, alors que l’impôt est censé être progressif, il devient régressif au sommet de la pyramide.
Grâce à des montages financiers complexes et à la détention d’actifs plutôt que de salaires, les ultra-riches français ne paient souvent qu’un taux d’imposition effectif dérisoire, parfois proche de 0 %. À l’inverse, un infirmier ou un artisan peut voir jusqu’à 45 % de ses revenus ponctionnés.
La taxe de 2 % : Zucman a proposé une solution simple : un impôt minimum de 2% sur la fortune des milliardaires. En France, cette mesure rapporterait des milliards d’euros, de quoi financer l’hôpital public ou la transition écologique sans toucher au portefeuille du citoyen moyen. Pourtant, cette proposition se heurte à un mur. Les lobbys des grandes fortunes et une partie de la classe politique rejettent fermement cette loi, agitant le spectre de la “fuite des capitaux”.
Ce rejet n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’une alliance idéologique claire : à l’Assemblée nationale, la Droite et l’Extrême-droite ont fait front commun pour enterrer la taxe Zucman. Derrière les discours sur la « compétitivité », se cache une réalité plus opaque de conflits d’intérêts : de nombreux élus, eux-mêmes détenteurs de portefeuilles d’actions ou liés par leurs carrières passées aux grands groupes industriels, deviennent les gardiens naturels des privilèges fiscaux. En protégeant les actionnaires contre l’impôt, ces politiques ne font pas que défendre une vision économique ; ils protègent un système dont ils sont, pour beaucoup, les bénéficiaires directs, scellant ainsi une alliance tacite entre le pouvoir législatif et la haute finance au détriment du partage des richesses.
Ce refus est symbolique d’une rupture de contrat : les riches font fortune grâce aux infrastructures françaises, à la formation des travailleurs par l’État et à la sécurité publique, mais refusent que l’on touche à leur stock de capital pour soutenir ceux qui sont la source réelle de leur enrichissement.

Pourquoi une institution comme Forbes n’en parle-t-elle pas ?

* Une mesure de “Stock”, pas de “Flux” : Forbes calcule ce que les gens possèdent, mais ignore comment l’argent circule. C’est comme admirer la hauteur d’un barrage sans s’inquiéter de la sécheresse dans la vallée en aval.
* L’idéologie de la réussite : Pour la presse financière, la hausse d’une fortune est toujours une bonne nouvelle. Elle ne questionne jamais si cette hausse provient d’une compression des salaires ou d’un évitement fiscal massif.
* L’invisibilisation de la pauvreté : La pauvreté est diffuse et lente. Forbes vend un rêve d’ascension individuelle qui perdrait tout son éclat si l’on admettait que pour qu’un homme possède 200 milliards, des millions d’autres doivent perdre du terrain.

Continuer à célébrer l’accumulation sans regarder l’érosion sociale qu’elle provoque revient à admirer la splendeur d’un gratte-ciel dont les fondations s’effondrent. En 2026, la question n’est plus de savoir combien possèdent les plus riches, mais ce qu’il en coûte au reste de la société pour maintenir de tels records. Le silence de Forbes n’est pas un oubli, c’est un choix éditorial qui protège un système à bout de souffle. On comprend que les “vases communicants” sont bouchés volontairement par ceux qui tiennent les manettes.

 

Pr Séga Fall MBODJI

Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque

Citoyen sénégalais engagé

Contact : segafall.mbodji@gmail.com

Téléphone : +33650547275, Paris