GMT Pile à l'heure, Génération Média&Technologies,la ligne du Devoir.

« Une ligne éditoriale très soixante huitarde, une approche iconoclaste sur fond de culture humaniste ».

Cinéma-Xalé : Entre grâce, force, courage et blessures

Cinéma : Xalé, Les blessures de l’enfance, de Moussa Sène Absa

Entre grâce, force, courage ,

et blessures d’une jeune enfant

Auteur : Medessè AGOHOUNDJE

Après Tableau Ferraille (1995) et Madame Brouette (2002), Moussa Sen Absa boucle une sa trilogie par une élégie à la femme.

Moussa Sen Absa signe une mise en scène éblouissante, servie par un casting d’exception ; de grandes femmes à l’écran : Nguissaly Barry et Rokhaya Niang.

Xalé montre bien le travail contemporain de l’artiste. Entre une caméra portée, caméra vérité, sur un autre pan, des décors et costumes très stylisés, comédie musicale, le cinéaste joue entre la grâce de peindre de grandes femmes et la joie de tisser une œuvre minutieuse dans tous les sens du terme.

Le film commence par une scène intrigante, presque choquante. Elle met en avant Awa (Rokhaya Niang), symbole de la femme forte. Elle va recevoir le Prix de la meilleure interprétation féminine pour le rôle aux 33ème Journées Cinématographiques de Carthage.

Film choral avec plusieurs intrigues, le cinéaste prend beaucoup de risques avec la narration. Des risques qui vont se révéler payants à la fin du film. La conclusion est une petite messe. Le réalisateur ne répare pas les blessures de l’enfance, il les soigne et mieux, il les purifie. Avec les thèmes abordé : les violences faites aux femmes, l’immigration, les dysfonctions sociales, Moussa Sen Absa livre un cinéma très actuel. C’est à une histoire de petites gens que le cinéaste nous invite. Son empreinte du théâtre reste très présent.

Le film est ponctué par des chœurs ; des chants composés par Moussa Sen Absa lui-même, Henri Guillabert et les Frères Guissé. Nous voilà appelé à un Dancer in the dark ; la grâce des chœurs majestueux qui s’élèvent dans la douleur. Le cinéaste lui-même se prête au jeu, caméo en robe. Le tribunal ne manque pas de nous rappeler le procès de Dramane Dramé (Hyènes de Djibril Mambety Diop, 1992). Dans nos sociétés contemporaines, c’est cette femme forte, violée, profanée qui est jugée.

Le réalisateur nous apporte avec ses actrices du trouble de l’émotion et du vertige. Même si la narration, à un moment, perd le spectateur, elle finit par répondre aux questions. Et voilà la magie de Xalé, Les blessures de l’enfance : questionner toute une génération sur les enjeux de la place de la femme et son devenir.