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Cheilkh Omar Anne-Amadou Bâ : Intérieur, extérieur

Remous chez Amadou Bâ

En Toute Responsabilité

Une influence interne et externe avérée oppose dans la réalité Cheikh Omar Anne à Amadou Bâ, l’un campant sur l’acquis intérieur, l’autre misant sur ses partenaires extérieurs qu’il compte dérider en faveur d’un Sénégal réconcilié, probablement autour d’un gouvernement d’union. À l’extrême prudence politique de Amadou Bâ s’oppose la conviction de ses lieutenants d’un Grand soir à portée de main. Une analyse hâtive y verrait une crise que chacun veut gérer en toute responsabilité…non dénuée de calculs.

La lassitude affichée par Amadou Bâ à la suite de la déclaration du 20 avril de Cheikh Omar Anne (“C’est la politique”) laisse penser que la Nouvelle Responsabilité ne sortira pas indemne de cette somme toute mini-tempête dans un verre d’eau : sans le partitif “de” généralement adopté en la circonstance, l’affirmation dénote une certaine pédanterie que justement nombre de ses amis lui reprochent. Bien plus, elle semble révéler que ces choses étaient plus ou moins attendues : la crise au sommet de l’État nourrit en effet les remous au sein des formations politiques divisées par cette dyarchie et incapables de se situer sur l’échiquier politique national. D’où certaines suspicions et accusations de velléités de transhumance. Dans le cas d’espèce, les certitudes d’antan ne semblent plus résister à une analyse froide.

L’opposition combattante plus isolée avec le centenaire de Me Abdoulaye est encore affaiblie par l’ultimatum adressé le 20 avril dernier à Amadou Bâ d’assumer sa ligne oppositionnelle globale. Déjà au pied du mur avec ce Ndawrabine du président Bassirou Diomaye Faye vers Benno parce que vers Wade, Amadou Bâ et le Front pour la défense du Sénégal hésitaient sur le fond, maintenant plus une forme de rejet sur la forme de toute position de la majorité. Sans rejeter fondamentalement le président de la République tenu en sympathie devant les banderilles de son Premier ministre. L’ultimatum imposé par Cheikh Omar Anne vient bouleverser la donne et la recomposition des forces politiques ; il est cependant d’une autre dimension quand il semble anticiper sur une défection éventuelle vers le pouvoir de Diomaye, ce que d’autres rejettent…mollement et sans convaincre

Vedette d’avril, depuis le 7, quand la presse le voyait venir avec ses gros sabots, la réponse du 22 du Amadou Bâ n’en est pas une : “À supposer que” n’est pas une dénégation ; il en est tout le contraire. La réaction par rapport à la déclaration de Bara Ndiaye selon laquelle un entretien aurait eu lieu entre le président de la République et l’ancien Premier ministre est d’autant plus faible que plusieurs autres sources avancent la même information d’une entrevue entre le président de la République et l’ancien Premier  ministre de Macky Sall.

Il est dès lors à peu près établi que Amadou Bâ et Cheikh Omar Anne se retrouveront difficilement : l’élu du Fouta a évolué dans dans son leadership avec l’affaire Farba Ngom qui a assis l’autorité du maire de Ndioum et son souhait de prendre racine dans l’opposition, surtout que Abdoulaye Daouda Diallo est dans les parages quand des signes laissent comprendre que Amadou Bâ ne cracherait dans la soupe du banquet offert par Diomaye.

Cheikh Omar Anne ne sera certainement pas du lot de la Nouvelle Responsabilité dans le prochain attelage gouvernemental : il a pris de l’assurance sur ses capacités politiques en élargissant son audience auprès des 22 collectivités territoriales de sa zone d’influence élargie, de Dakar au Fouta en passant par Thiès.

Le Devoir présentait ainsi Cheik Omar Anne naguère : “Il est sorti de l’anonymat au pire moment : avec un rapport de l’Office national contre la fraude et la corruption 2014-2015 l’accusant, entre autres griefs, d’avoir versé de l’argent aux étudiants sans justification, à l’occasion de la visite mouvementée du président Macky Sall sur le campus. C’est en tout cas la base de saisine de l’Ofnac. L’allusion au directeur du Centre des Œuvres universitaires maire de Ndioum non audité faussait cependant la sincérité de la démarche qui empiétait visiblement sur le champ du politique. Les trouvailles au cours du combat pour recouvrer son honorabilité démonteront le soubassement politique exagérément grossi, au point de nécessiter l’intervention du président de la République lui-même”. Ses victoires dans l’intervalle l’ont rendu plus sûr de lui-même, au point de chercher une base politique autre que l‘Alliance pour la République qui a couvé ce grand responsable de la grande Gauche sénégalaise reçu en grandes pompes par le Grand Timonier.

Aux épreuves de l’un des deux responsables les plus visibles de la Nouvelle responsabilité se croisent donc deux trajectoires opposées qui auraient pu être complémentaires : au tapis rouge de l’un se heurte le chemin de croix du diplômé de l’Ensut ; au terrain de l’un, la meilleure école de vie, se substitue le salon feutré de l’autre. Cette complémentarité avortée explique les difficultés de cohabitation entre celui habitué à recevoir des coups et à faire face et l’autre jeté en pâture après avoir reçu l’onction d’une formation politique qui l’a par la suite combattu. Cette mauvaise fortune de la dernière Présidentielle les avait peut-être rapproché/ C’est aussi ça, la politique.

Pathé MBODJE