Budget 2027 : Le marteau et la faucille
Budget 2027
Entre le marteau des bailleurs et l’enclume politique, le grand malaise
Avec des choix fiscaux passés jugés brutaux et une posture actuelle de défenseur du peuple, le fossé se creuse entre l’Assemblée nationale et pouvoir ; le budget 2027 ressemble moins à une feuille de route pour le peuple qu’à un règlement de comptes politique où le citoyen sert de variable d’ajustement.
De notre correspondant en France
Pr Séga Fall MBODJI
Qualité : Consultant BA data, Ingénieur statisticien, Mathématicien du risque
Citoyen sénégalais engagé
Contact : segafall.mbodji@gmail.com
Chef du Desk Économie
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Alors que le pays navigue à vue entre les exigences des créanciers internationaux et la colère sourde des populations, le projet de Loi de Finances (le budget de l’État) pour 2027 met en lumière de profondes contradictions au sommet de l’État. Entre des choix fiscaux passés jugés brutaux et une posture actuelle de défenseur du peuple, le fossé se creuse.
La « coupe ciblée » sur l’énergie : effet d’annonce ou illusion ?
C’est l’argument massue brandi pour faire passer la pilule : la réduction des subventions sur l’énergie épargnerait les plus modestes pour frapper uniquement les plus aisés.
Sur le papier, l’idée séduit. Dans la réalité des textes budgétaires, c’est une autre histoire. Parler de « coupe ciblée » relève souvent de la sémantique technocratique pour masquer des hausses de tarifs ou un désengagement progressif. Pour le citoyen lambda qui subit déjà la cherté de la vie, croire que ces réformes se feront sans douleur relève de l’illusion.
Le grand paradoxe du PRES et la posture de l’Assemblée
C’est ici que le bât blesse et que le discours officiel frôle le « foutage de gueule » pour une large part de la population. L’appareil dirigeant, qui a activement façonné la vision macroéconomique du pays (comme l’Agenda 2050), n’a pas hésité à imposer des mesures fiscales lourdes à l’image du Plan de Redressement Économique et Social (PRES) et de sa fameuse taxe de 1% sur les biens, services et paiements, qui pèse immanquablement sur le pouvoir d’achat et le secteur formel.
Aujourd’hui, voir les mêmes acteurs ériger l’Assemblée nationale en épée de Damoclès, jouant les donneurs de leçons de morale sociale face au budget ou à la LFR, a de quoi interroger. Comment taxer d’un côté la consommation et les transactions des citoyens pour renflouer les caisses, tout en venant ensuite fustiger des arbitrages budgétaires rigoureux dictés par la même logique financière ?
L’impasse : vers quel consensus ?
Si l’Assemblée continue de jouer les bloqueurs de choc tout en portant la responsabilité des politiques d’austérité initiales, c’est l’hypocrisie politique qui est pointée du doigt. Pour sortir de cette impasse, les citoyens n’attendent plus des postures politiciennes, mais :
De la cohérence : On ne peut pas être d’un côté l’artisan de prélèvements contraignants pour le contribuable, et de l’autre le tribun populiste qui s’indigne des réalités budgétaires.- Le respect de la vérité : Assumer les choix économiques sans maquiller la réalité derrière des promesses d’aide sociale illusoires.
- Le respect du citoyen : Réorienter l’argent public vers l’économie réelle et le paiement des créances locales, plutôt que de tout sacrifier sur l’autel des ratios macroéconomiques exigés par les banques mondiales.
- Regarder l’exemple des grandes nations : A ce jeu de la rigueur exigée, on peut d’ailleurs regarder la France, qui dépasse et piétine allègrement depuis des années les seuils de déficit et de dette exigés par l’Union européenne (les fameux 3% de déficit et 60% de PIB), sans pour autant s’effondrer. Pourquoi imposer aux pays du Sud une camisole financière que les grandes puissances s’autorisent à assouplir dès que leur stabilité sociale ?
- Un vrai soulagement de l’économie réelle : Redonner de l’air au secteur privé et aux ménages plutôt que de multiplier les couches de taxes.
À l’arrivée, ce budget 2027 ressemble moins à une feuille de route pour le peuple qu’à un règlement de comptes politique où le citoyen sert de variable d’ajustement.
Un écran de fumée pour cacher l’essentiel
Au-delà des lignes comptables et du jargon des technocrates, le constat est cinglant : la classe politique semble s’être totalement déconnectée des réalités de la population.
Pendant que les foyers peinent à joindre les deux bouts et que les petites entreprises mettent la clé sous la porte, nos dirigeants se réfugient derrière l’aspect hyper-technique des textes budgétaires. Ce jargon complexe n’est en réalité qu’un écran de fumée, une stratégie d’enfumage orchestrée pour masquer leur incapacité ou leur refus d’apporter des solutions concrètes aux souffrances du peuple.
Entre les déclarations fracassantes à la télévision et les interminables querelles de pouvoir, le décalage est devenu insupportable. Les citoyens n’ont même plus l’envie d’écouter leurs discours ni de voir leurs visages défiler sur les écrans. Leurs actes, leur train de vie et leur gestion du pouvoir démontrent une priorité bien éloignée de l’intérêt général : celle de se servir et de se gaver sur le dos de la nation. L’ambition sincère de soulager le quotidien des populations est la grande absente de ces débats. Jusqu’à quand la grande majorité des citoyens devra-t-elle subir ce spectacle de la déconnexion ?
