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3ème Mandat : Soleil d’Espoir ou de Terreur ? Macky peut S'Il Veut, Non Sans Danger

3ème mandat

Oui : Il a tout pour

Non : Il a tout contre

 Soleil sur notre espoir, soleil sur nos terreurs

À défaut de pouvoir se représenter en 2024, Macky Sall travaille à se faire regretter… ou détester : son bilan technique plaide sa faveur, sa politique du Wade sans Wade le pousse à vouloir discréditer tous les hommes politiques…sauf lui, ce qui justifie l’aversion de franges importantes des populations.

 

Il faut de toute évidence rendre à César ce qui appartient à César : Macky Sall a un bon bilan qui l’aurait autorisé à prétendre à un troisième mandat ou à un second quinquennat de suite. Ce bilan qui n’est plus un programme pour faire rêver sera plus visible quand les projets en cours arriveront à terme pour faciliter une mobilité urbaine avec une perte de 240 millions d’heures avec des incidents de l’ordre de 8 pour cent sur le produit intérieur brut, selon diverses études depuis les années 2000. Dans une contribution parue le Premier mai, l’économiste Khadim Bamba Diagne prévient : « L’étude qui montrait que les embouteillages coûtaient 100 milliards à l’économie était de la Banque mondiale en 1999, ça ne fait plus sens. Si vous voulez décongestionner Dakar, il faut créer des dynamiques économiques dans les autres régions du Sénégal pour arrêter l’exode rural et l’émigration clandestine. Tant que Dakar contrôle 70 % de l’activité économique, les autres régions viendront chercher du travail ici.
J’espère que vous avez constaté une baisse des embouteillages depuis la mise en circulation du TER

En mettant en perspective cette pique sur le Train express régional, le prochain bus rapid transit (Brt), en particulier, complétera les axes parallèles de transport public de voyageurs avec la côtière qu’est le Train express régional, en attendant le littoral nord, l’autoroute de Guédiawaye à Saint-Louis ; la voie royale, le chemin de fer, devrait connaître une renaissance africaine toujours théorisée avec l’appui des Canadiens mais qui tarde à se vérifier sous Macky Sall. Enfin, le Brt même devrait traîner jusqu’au plus près de 2024, comme prétexte à un bilan pour la présidentielle, ce qui pourrait ne rien changer aux encombrements actuels dans le déplacement des populations vers Dakar.

Ce souci de développement repose entre autres sur la volonté d’améliorer principalement l’éducation et la formation, la santé et le mieux-être moral des populations malgré les malheureux incidents de ce début d’année et le mouvement des travailleurs du secteur, qu’il faut mettre sur une amplitude de travail mal appréciée en face, surtout après trois années de pandémie et la multiplication des infrastructures, notamment à Kaffrine (Thierno Birahim Ndao), Kédougou (Amat Dansokho) et Touba, avec des réceptifs de dernière génération. Là aussi, la pacification observée depuis les accords du 25 avril reste liée à la réaction de solidarité du gouvernement avec la gestion financière des accords. Chanson connue d’un engagement sans suivi effectif en espèces sonnantes et trébuchantes, drame de l’éducation et de la politique syndicale du pouvoir depuis les accords de 2014.

Environnement international hostile

Certes, l’environnement international n’a pas été des plus favorables avec les différentes crises vécues par les populations sénégalaises appauvries par les plans de restructuration internationaux et qui se sont exacerbées avec les incohérences politiques d’un régime né de la démocratie qu’il veut renier : moins que les difficultés de gestion du temps et de l’espace que les Sénégalais ont subies avec dignité, l’angoisse d’un retour dans les années obscures a heurté la morale de populations à la densité morale accélérée par un besoin qui rend industrieux, selon les mots de Dumas-père.
La crise ukrainienne a révélé les tares congénitales des pouvoirs publics adeptes soudain de slogans éculés, aussi vieux que l’échec des termes de l’échange de la première décennie des indépendances avec la théorie du « bay doundé » : la politique d’importation-substitution aurait la préférence nationale si on avait mis à profit l’espace, le soleil, l’eau et la disposition des populations appelant à exploiter nos terres pour freiner une importation ruineuse et favoriser enfin l’éclosion de pôles de développement qui auraient aidé à lutter contre l’hydrocéphalie de Dakar.
Notre correspondant El Hadji Diop de Saint-Louis rappelle à ce propos qu’un« célèbre président des États-Unis, Théodore Roosevelt, a fait plus de deux mandats de 1933 à 1945 parce qu’il avait réussi un excellent programme économique appelé les 3A’s (Agriculural Adjustement Administration).
Ce programme avait relevé les prix agricoles pour augmenter le pouvoir d’achat des paysans. Le Sénégal n’a qu’à suivre cet exemple pour régler la question du troisième mandat présidentiel.
Après l’ Indépendance, le président Mamadou Dia avait mis en place un important programme intitulé : « La stratégie des filières industrielles » qui prévoyait l’industrialisation de toutes les régions du Sénégal à partir de leurs ressources agricoles disponibles.
Si un tel programme était mis en œuvre, on aurait moins d’exode rural et d’émigration.
Depuis, de bons programmes comme la Goana, les Agropoles n’ont pas encore atteint leurs objectifs. Malgré les milliards investis dans l’agriculture, les mêmes problèmes demeurent : pénurie d’engrais et de semences. Les problèmes de commercialisation sont récurrents. Pour notre souveraineté alimentaire, il nous faut des stratégies à court, moyen et long terme, et surtout développer des partenariats public-privé ».

Le bilan du président Macky Sall devrait ainsi mieux s’apprécier si l’on exclut le facteur dirimant des trois années de la pandémie que le Sénégal ne pouvait certes pas éviter, vivant dans espace planétaire fermé qui lui enseigne tous les jours à délocaliser son développement sur son sol.

Timide Abdou Diouf au niveau de l’État, Macky Sall a été un piètre Abdoulaye Wade sur le plan politique : le Pape du Sopi a été un père tranquille là où le président de la République s’est voulu éléphant dans un magasin de porcelaines ; s’il a eu tout pour réussir, il a aussi tout fait pour hâter son dépérissement à la tête du pays en renforçant la pénétration sociale d’individus sans relief bénéficiant du syndrome de la victimisation dont le Sénégal est le champion depuis Djibo Kâ…et qui a donné Macky Sall en 2012.
En ce sens, il aura accéléré l’isolement du Sénégal à l’intérieur et avec ses voisins immédiats dans son entêtement à entretenir des géants aux pieds d’argile isolés de leurs peuples par la fumée de la drogue ou l’exploitation de l’insécurité en abritant des bandes rétives à l’unité nationale.
Toutes les études basées sur des indices relevés après la présidentielle de 2019 concluent ainsi à une alternance certaine en 2024, perspective que le pouvoir n’envisage pas et qui suscite de légitimes inquiétudes.

P. MBODJE

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Orientations

 

(1) Sud Quotidien n°s 1701 du 07/12/98 et 1711 du 18/12/98, page 12.
(2) Le Soleil n° 10607 du 7 octobre 2005, page 4.

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