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2029 : Opération chirurgicale pour frères siamois

Présidentielle 2029

Ni Diomaye, ni Sonko

Le Devoir du 23 mai 2024

Le Devoir, 15 avril 2024

Du 9, en mai, au physique et au moral : la rencontre de Mbour pour encourager le président de la République à solliciter un second mandat, l’élection des jeunes au collège du Conseil consultatif.

Dans les deux cas, un défi et une bérézina de Pastef : ses candidats au Conseil consultatif de la Jeunesse ont été laminés, la contre-manifestation a été régulée, loin du théâtre des opérations. Inutilement : la rencontre de Mbour a engendré plus de doutes que de certitudes, les organisateurs n’ayant pu faire la part du feu par exemple entre le devoir d’État à la veille d’une rencontre internationale qui a retenu le président Diomaye à Dakar et l’espoir légitime des présents de trouver exutoire à leur attente en voyant leur vedette du jour. D’autre part, au-delà d’une volonté de pacification de l’espace social autour du stade Caroline Diop qui a justifié la régulation de la circulation, une confrontation physique entre les deux groupes aurait pu permettre de solder les comptes, définitivement, un échauffement en attendant la campagne électorale proprement dite, base d’un “Mortal Kombat” comme l’aime l’autre.

À Mbour comme ailleurs, on a cherché des explications par la difficulté de cohabitation à la tête de l’État entre le président de la République et son Premier ministre ; cette difficulté est assez vieille et assez dure pour rejeter toute idée de combine entre les deux hommes pour endormir une timide opposition face à 2027 et 2029. Khalifa Sall y a fait allusion le 10 mai dernier, à la suite de quelques points similaires. Explication commode.
Explication commode ? Les deux repères des législatives de septembre 2024 et les consultations sur le Collège consultatif, rapprochés de la Présidentielle du 24 mars 2024, ont révélé une érosion du bassin électoral de Pastef dans des proportions assez nettes : Présidentielle 24 Mars 2024 : Bassirou Diomaye Faye : 2.434.751, 54.3 %, Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité ; législatives 2024 : Pastef-Ousmane Sonko : 1.991.770. Certes, la taille de l’électorat n’était pas la même que dans le fichier électoral dans le dernier cas du Conseil consultatif mais le symbole est là : les candidats ouvertement parrainés par les ténors de Pastef sont passés à la trappe.

Plusieurs raisons peuvent être avancées et chacun peut trouver midi à sa porte. Le primat de la République sur les humeurs justifie peut-être ces soupçons de deal quand le protocole civilise les relations de cohabitants : les déclarations outrancières et irrévérencieuses de la semaine sont compensées par ces images balsamiques d’un conseil des ministres où tout le monde rame à l’unisson pour mener la barque à bon port où tout va comme dans le meilleur des mondes, au point d’en désorienter plus d’un observateur.

La querelle OusmaneTanor-Moustapha Niass avait ouvert la voie à Macky Sall en 2012 qui double leur score à eux deux réunis (26%). En France même, cet ego démesuré avait coûté le pouvoir à la Droite en 1981 avec l’élection de François Mitterrand : le différend entre le président sortant Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac est passé par là.

Les gouvernements sont souvent en retard par rapport à une densité sociale beaucoup plus en avance, d’où des frictions avec les populations prises comme cobayes de projets erratiques : elles en ressentent seules les effets, dirimants le plus souvent. Les politiciens reproduisent ainsi les mêmes schémas, avec des hommes cycliques qui croient innover alors qu’ils reviennent en arrière : toutes proportions gardées, le paysans d’aujourd’hui est le même que celui–là qui demandait en 1970 quant est-ce que l’Indépendance finira.

Les échappées solitaires

Des hommes politiques à la densité morale avérée sont restés constants dans leur combat au secours des Sénégalais. Deux sortent nettement du lot.

Thierno Alassane Sall figé dans ses certitudes aura été le plus constant à rappeler au pouvoir son slogan de Jub, Jubbël Jubanti ; il cherche toujours une énergie solaire pour allumer sa bougie en plein jour et n’en trouve pas. Il est à date, avec Tafsir Thioye du Parti démocratique sénégalais, celui qui a mis le doigt là où il faut. Il est malheureusement établi en politique les porteurs des meilleures thématiques sont très peu récompensés par une population à la recherche de la dépense quotidienne et qui ne se projette guère en avant.

Thierno Alassane Sall figé dans ses certitudes aura été le plus constant à rappeler au pouvoir son slogan de Jub, Jubbël Jubanti ; il cherche toujours une énergie solaire pour allumer sa bougie en plein jour, et n’en trouve pas. Il est à date, avec Tafsir Thioye du Parti démocratique sénégalais, celui qui a mis le doigt là où il faut.
Le représentant du camp libéral prêche dans le désert du temple mais ses sermons sur la tribune dépassent les murs de l’Hémicycle. Il sait démêler le vrai du faux. Sall et Thioye ne bénéficient pas, malheureusement, de formations politiques assez puissantes pour relayer leurs propos, à l’image de la puissante machine de Pastef.

C’est peut-être la raison pour laquelle Khalifa Sall veut transformer son mouvement en parti politique. Il aura réussi à refaire le tour de l’île en réunissant les Verts, son parti d’origine, qu’il peut aider à reconstruire, si Barthélémy Dias veut bien se joindre à lui.

Au total, les frémissements du champ politique n’emportent pas encore l’adhésion de populations qui se heurtent à des problèmes de vie honorable. De dépit, elles pourraient voter les yeux fermés pour se demander le lendemain, comme entre 2022 et 2024, qui est le nouveau locataire sans domicile fixe qui a trouvé domicile au palais de la République.

Pathé MBODJE