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Tournées économiques: Dieu reconnaîtra les siens P. MBODJE

Macky Sall a soigneusement choisi sa carte, lors de ses récentes tournées économiques, selon la terminologie officielle. Mais il aurait pu inverser, quitte à écouter d’abord, festoyer ensuite. D’autant que les zones “hostiles” ont une densité plus prononcée, ce qui révèle un souci politique.

Quel est le lien entre les réalisations à Kaffrine, à Kédougou, Sédhiou, Tamba et la zone nord ? Quelle en est la logique quand le neuf remplace un vieux qui a encore de beaux restes et qu’il suffisait d’un lifting ? Quelle est l’explication de la cartographie, la justification de la cartographie ? Car le tracé ressemble fort à un mur de contournement de certaines zones encore difficiles et qu’il faut éviter.

Par exemple, lorsque Dakar s’est révélé comme en 1993 hostile avec Abdou Diouf, certaines populations ont été punies par le gel de certains projets ; l’exemple le plus patent est celui du stade des Parcelles assainies dont la récente relance coïncide avec le retour du maire dans les bonnes grâces du pouvoir. Une visite dans la zone ne serait donc guère une promenade de santé, comme Matam le promet à son illustre hôte auquel il avait accordé un score stalinien lors de la dernière présidentielle.

Il faut alors reconnaître le génie de Macky Sall de faire du copier-coller partout, tel ce Petit Poucet voulant reconnaître son chemin au retour : Kaffrine est dans Kédougou, Ndaw dans Dansokho ; dans la représentation-maquette, on ne distingue l’un de l‘autre que par la différence des noms apposés sur le fronton : même la voiture et le mannequin esquissés sont les mêmes sur les deux dessins de présentation.

Les réalisations de Macky Sall qui nécessitent ces différentes tournées doivent en effet se lire plus en pourcentage électoral, donc sur le plan purement politique, au-delà de quelque 150 à 200 milliards débloqués pour la réalisation des infrastructures : elles vacillent entre 70 et 80% suivant les zones. Où il est prudent de fidéliser l’électorat face à une zone « hostile » où Macky Sall peine à avoir une majorité, même relative. Dakar, Diourbel, Ziguinchor, Thiès, les plus grandes villes à fortes concentrations électorales, en attendant sur Ziguinchor, Kolda, Sédhiou, Bignona, Ziguinchor avec un Macky Sall crédité seulement de 38,72 %, soit dix points de moins qu’à Dakar. Ailleurs, les coupes, découpes, couplages, découplages, découpages et recoupages territoriaux feront office de réalisations nouvelles, à Dakar qui regroupe les départements de Guédiawaye, Pikine, Rufisque et Dakar, où Macky Sall avait obtenu avec beaucoup de peine, grâce à Amadou Bâ, 48,90 % des voix : le 46ème département, celui de Keur Massar, pourrait peut-être aider.

Par contre, pour six régions de la zone Nord, le chef de l’Etat peut respirer : ses hommes qui y sont clairement identifiés et nantis assurent le service après vente après les plus de 50% : Dagana, Podor, mais surtout Matam.

Macky Sall a-t-il alors volontairement ou accidentellement accentué la grande fracture Nord-Sud tant décriée depuis les événements de mars ? La renommée y est pour quelque chose : quel est le pendant sud de Oumar Sarr, Cheikh Oumar Anne, Abdoulaye Daouda Diallo, Aïssata Tall Sall, Racine Sy ou Farba Ngom ailleurs qu’à Dagana, Podor et Matam ?

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