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Société: Les mythes et dogmes au Sénégal Par Khadidiatou GUEYE Fall

Les grandes personnes ont l’habitude d’interdire aux enfants certaines choses. Mais les jeunes développant un esprit critique procèdent toujours par le questionnement. Pourquoi ? Une question à laquelle les grandes personnes ont du mal à apporter une réponse. Nos grands-parents procédaient comme tel sans poser de question. Mais les jeunes refusent d’agir à l’aveuglette. Source de conflits entre les générations.

Chaque peuple évolue avec ses croyances et ses mythes. En Afrique, le peuple est conservateur et considère ses mythes comme un héritage. De génération en génération, cet héritage se transmet. Néanmoins, il y a toujours des conflits qui s’installent entre les relayeurs de ces croyances et la jeunesse. Cette dernière, armée de son esprit critique, fait appel aux interrogations parmi laquelle le pourquoi. Questions auxquelles les grandes personnes refusent de donner des réponses exactes. Annoncer une grossesse de quelques semaines, acheter du charbon ou du sel la nuit, faire la lessive le jeudi, s’asseoir au niveau d’une porte…sont à éviter d’après les croyances.

Soda Ndiaye est jeune âgée de 17 ans. Elle ne croit pas à ces mythes Elle a souvent des discussions houleuses avec sa maman à cause des mythes. « Ma mère est très compliquée avec ses croyances qui ne tiennent pas debout. Parfois, elle m’interdit d’aller à la boutique la nuit pour acheter du sel. Quand je lui demande le pourquoi, elle m’insulte. Elle dit qu’elle n’a jamais rouspété quand ses parents lui interdisaient certaines choses », peste Soda Ndiaye.

Ces sujets sont souvent à l’ongle ne cite jamais” ajoute-elle. Soda refuse d’être une marionnette des croyances sans fondement : “À mon avis, ce sont des interdits qui n’ont aucune conséquence néfaste sur notre vie. Je n’y crois pas vraiment. Je m’assoie devant la porte de la maison, j’achète en cachette du sel et depuis, rien ne m’est arrivé”.

Contrairement à Soda, cette dame croit en ces réalités et les vit sans souci. Assise dans son salon en train de grignoter de l’arachide grillée, Adama Lam est dans les quarantaines. Elle nous offre un accueil chaleureux. Elle croit aux mythes et croyances sénégalais et cite certaines interdictions sous-tendues par les croyances de ses grands-parents. « On m’a toujours interdit d’aller à la boutique la nuit pour acheter du charbon, du sel ou de l’aiguille. D’ailleurs, on n’avait pas le droit de prononcer leurs noms. Si c’est du sel, on nous obligeait dire “saf thiine” pour le nommer. Ce sont des choses qu’on respectait vraiment sans réfléchir”, fait-elle savoir.

Cette mère de famille refuse que ces croyances soient banalisées. Selon elle, ce sont des choses qui existent réellement : « Mes enfants me prennent pour une athée quand je leur dis de ne pas faire la lessive la nuit. Je crois en Dieu et son Prophète (Psl), je crois aux dires de mes parents aussi. Dès le crépuscule, on interdisait de sortir pour acheter ces genres de choses. Mais de nos jours, les enfants sont très têtus, ils n’en font qu’à leur tête. Quand on disait de ne pas faire ceci ou cela, on ne demandait pas le pourquoi, contrairement aux jeunes d’aujourd’hui qui posent toujours des questions ».

Adama Lam a du mal à communiquer avec ses enfants qui la tympanisent d’interrogations. « J’ai une fille qui est étudiante en Droit.. Elle pose des questions à ne plus en finir. Et personnellement, je ne sais pas le pourquoi ; je n’ai fait qu’exécuter quand on me l’interdisait. Parfois, ma fille me taxe de sans cervelle ».

Comprenant l’inquiétude des jeunes, elle développe l’empathie : « Je ne blâme pas les jeunes qui ne croient pas à ces croyances car l’école française les pousse à être très critiques ».

Mbayang Mbaye ne prend pas en compte ces mythes. Car cela pourrait l’empêcher de faire son travail correctement. Elle soutient qu’autrefois, ce genre de croyances était valable ; mais aujourd’hui, le monde a révolu. Il faut noter que la technologie a modernisé le monde dans sa globalité. « Je suis coutrière. Il m’arrive d’avoir des commandes à terminer. Si je dois acheter de l’aiguille la nuit je pars à la mercerie acheter de l’aiguille. J’ai fait plus de 5 ans de profession et je ne me rappelle pas avoir soupçonné un truc bizarre dans le cadre de mon travail », souligne-t-elle. D’un air taquin, elle affirme : Je me dis que, à l’époque, il n’y avait pas d’électricité et les parents avaient peur de laisser leurs enfants sortir la nuit. Pour moi, la raison était d’ordre sécuritaire ; les parents protégeaient leurs enfants, tout simplement. Ce n’est pas parce que je n’y crois pas à 100 %, mais respecter toutes ces croyances à la lettre n’est pas une chose facile. Personnellement, j’y vais avec ma raison ».

Issue d’une famille conservatrice, Nabouja, de son vrai nom Seynabou, embouche la même trompette de Adama Lam : « Moi, je suis jeune mais j’y crois vraiment. Chez nous, il est interdit de faire balayer la nuit ou de sortir au crépuscule. Même si on vaque à ses occupations à 18 heures, tout le monde se retrouve à la maison sans exception ». D’après elle, sa famille est très stricte par rapport à ce genre de croyances. De même, le pagne est une obligation pour porter son enfant sur le dos. « Quand on fait l’erreur d’utiliser le kangourou pour porter son bébé, mon père n’hésite pas à nous suggérer le « Mbotou », le pagne tissé », précise-t-elle.

La jeune étudiante nous donne l’exemple de « Alarbay Karé ». C’est une journée où il est interdit de se laver, de voyager, de déménager dans une nouvelle maison, commencer un travail ou autre, de se marier, de circoncire son enfant ou de se raser la tête. Selon notre interlocutrice, ce sont des réalités africaines qui commencent à perdre sa valeur d’antan.

Convaincue de l’existence de ces croyances, Nabouja porte la robe noire pour les défendre jusqu’au bout. « Pour moi, la raison pour laquelle certaines choses sont bannies, c’est de nous éviter certaines négativités dans notre vie. Mon papa me demande de rester à la maison au crépuscule pour que je ne rencontre pas les djinns à cette heure. On vit avec ces êtres au jour le jour ; donc il faut éviter les choses qui pourront les amener à nous nuire. Je crois entièrement à ces réalités malgré mon âge car cela y va dans notre intérêt », a-t-elle insinué.

Sous couvert de l’anonymat, cet homme assis dans son transat nous affirme qu’il y a certaines choses que nous impose la tradition et à la fin qui deviennent un dogme. Il incite les familles conservatrices de ces croyances à consulter leur religion et de procéder avec la raison qui est l’essence d’être humain.

Dans certaines familles, ces mythes conditionnent leur vie. Mais les jeunes gardent le plus souvent leur statut d’anticommunistes. Raison pour laquelle les conflits de générations ne manquent pas entre les parents et leurs enfants qui mettent en avant la réflexion puis l’action.

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