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Savez-vous garder un secret ? Une valeur qui se fait discrète au Sénégal, paroles donneurs ! Chérifa Sadany SOW

L’intervalle de 2019-2020, a laissé apparaître un total bafouement d’une des plus importantes valeurs enseignées au Sénégal : a discrétion. Que ça soit à travers les réseaux sociaux ou dans d’autres moyens de communications, certaines personnes n’hésitent plus à écrabouiller leurs prochains. Paroles donneurs !

Quelle explication ?

Ma vie en ligne !

Depuis que cette phrase est sloganisée, les problèmes ne cessent de s’accroître. En effet, le quotidien des Sénégalais se résume à partager de vidéos dénigrantes, d’enregistrements compromettants. Cette situation alarmante nécessite une interrogation sur les enjeux éthiques et moraux risquant d’éclater.

L’élan hâtif que prend cette nouvelle forme de vilipender autrui sur les réseaux sociaux est nourri par la concurrence, le vouloir paraître, le vouloir régner, diriger. D’habitude, la plus malchanceuse dans l’histoire est la personne qui, malgré zéro effort, réussit à prôner. Elle devient alors la cible à abattre. Elle retrouve par conséquent tous ses secrets au marché de l’étalage.

Libérer le secret d’autrui est la nouvelle tendance au Sénégal. Que ça soit sur le plan professionnel, sociétal, conjugal et même politique. Il est fréquemment noté chez les hommes politiques des scandales qui émanent de la divulgation de secret d’autrui. L’exemple de Moustapha Cissé Lô à Yakham Mbaye, de Mansour Faye à Ousmane Sonko avec toute l’histoire qu’ils ont faite sur une simple demande d’audience. Ces actes sont politiquement jugés de « bonne guerre »  mais culturellement par ce qu’on appelle l’indiscrétion.

En effet, la discrétion, qualité à garder un secret, est une identité pouvant se décliner de la façon la plus typée qui soit : non seulement les gens abandonnent cette valeur mais ils se réclament d’autres qui ne reflètent ni  la discrétion ni  l’invisibilité. Il faut constater dans les universités d’où est enseigné le développement personnel. Parfois le problème démarre de ce module lorsque par manque de pédagogie, le coach rature la discrétion de ses étudiants pour la remplacer avec la transparence, le marketing de soin ( l’art de se vendre). L’excès de cette incarnation peut souvent formater la personne quitte même à la pousser à devenir un frimeur, une personne indiscrète. Cette adjectif peut qualifier certaines personnes à travers leur accoutrement, leur communication, leur gesticulation, leur manière de vivre.

Par ailleurs, l’indiscrétion dont font preuve certains peut aussi s’expliquer par le manque de confiance en soi. Ce trouble de la personnalité qui par conséquent rend jaloux pousse les uns à étaler le secret des autres, dans le seul but de les voir anéantis, détruits.. C’est de mauvaise guerre !  Voilà pourquoi, sur les réseaux sociaux gorgés de scandales, il est fréquent de voir des couples séparés, des familles dispersées, des entreprises détruites, des institutions bafouées, insultées. C’est à peine si l’on reconnaît le Sénégal bâti par les grandes figures emblématiques qui se vêtaient de valeurs culturelles telles que : “Soutoura” (discrétion) “Djôm” (courage), “Foula (Personnalité), “Ngor (Dignité)…. Ces mêmes valeurs qu’ils n’ont cessé d’enseigner à travers leurs écrits.

Malheureusement, cet héritage semble être moulu et mis à la merci du vent dès l’instant qu’elles sont révolues, toutes les époques où ces mêmes valeurs s’incarnaient. Ainsi, plus rien ne se fait dans la discrétion. Cette dernière, ainsi définie par Louis Deniset comme étant une vertu silencieuse, doit s’apprendre dès le bas âge. C’est l’une des vertus qui contribue à la stabilité familiale, nationale, étatique. Sinon beaucoup d’institutions vont périr. Hommage au défunt Bruno Diatta qui, de Senghor à Macky Sall, incarnait cette vertu. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu ce graffiti méritant et ineffaçable d’homme d’État.

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