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Quadragénaires veuves ou célibataires: L’omerta des cœurs brisés Par Habib KÂ

Plaisantant avec une grande sœur, très joviale, très intelligente, sortie de son veuvage, ravissante, plus dynamique encore, je lui disais, un peu taquin, de se trouver un bon Alhadji.

La réponse de Daba, toujours la même, invariable, philosophique :

– Je suis sous autorité : Bathie ne m’a pas divorcé sur terre. Ce n’est qu’un au revoir. Je le rejoindrai Incha Allah dans l’au-delà.

Et Daba s’esclaffait de rire, très à l’aise, attendant d’autres sujets de discussion.

Daba était commerçante, couturière, aux ports élégants, aux allures de femme aisée. Elle a vécu toute sa vie à l’étranger, dans le luxe, aux côtés de son mari qui ne l’a jamais quittée, même pour un mois.

Un couple modèle au point qu’il servait de référence aux autres, tellement Daba et Bathie se complétaient, s’aimaient ; deux mois après, telle une prémonition, la joyeuse Daba nous faussa route pour rejoindre son adoré Bathie. Paix à son âme.

Daba, la soixantaine dépassée, avait de grands enfants et plusieurs petits-fils et petites-filles, une vie comblée, tout le contraire des veuves quadragénaires des villes et villages de sa région.

Diéwo, une mère d’une quarantaine d’années à peine, est traduite en conseil de famille par ses propres enfants et ses belles-sœurs pour avoir manifesté son intention de se remarier après cinq ans de veuvage. Le verdict est lourd, sans appel :

– Rends-nous notre maison et pars où tu veux, menacent-elles.

– Jamais je ne voudrais voir ici une figure d’homme, tranche net le fils aîné âgé de dix-huit ans.

Un dilemme cornélien.

Diéwo osera-t-elle franchir le Rubicon et s’attirer les foudres de tout son entourage ? Une communauté qui fonctionne avec ses paradoxes, ferme ses yeux sur des pratiques souterraines immorales, couvre le blâmable, le banni pour s’insurger contre les plus fragiles, les plus démunies (au sens religieux), les femmes.

Fidélité ? Abstinence ? Célibat à vie ? Allez-y comprendre.

Le cas de Diéwo n’est pas un fait isolé ; il est devenu un phénomène récurrent de société que les gens feignent de minimiser, d’ignorer.

Ses propres enfants l’accusent de vouloir souiller la mémoire de leur père. Sa belle-famille menace de la faire quitter la maison si jamais elle trouve un mari.

Quelle est cette société qui, au nom de la bienséance, ôte à l’individu sa liberté première, fondatrice de son essence, de son existence ?

Il n’existe pas une limite d’âge, une situation où aimer ne peut plus se conjuguer au présent de l’indicatif.

Elles sont jeunes, des têtes bien faites, resplendissantes, pleines d’enthousiasme, d’énergie de vie, ces veuves quadragénaires !

 

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