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Pouvoir contre opposition au Sénégal: “Guerre froide” après le feu…. Par Mame Gor NGOM, Rédaction centrale, Le Devoir

En perspective de 2024, avec une Présidentielle qui pourrait être inédite, le pouvoir et l’opposition sénégalaise mènent une guerre sans merci. Après l’épisode du feu avec l’affaire Sonko, le temps est désormais à la “guerre froide” avec d’autres points de divergences.

Le pouvoir ne compte pas faire un chemin sans épines pour Ousmane Sonko. Après la “guerre chaude” qui a été au désavantage du camp présidentiel obligé de reculer dans sa tentative de “faire payer” le leader de Pastef, il est arrivé l’heure de la “guerre froide” sur fond de menaces et d’avertissements.

Macky Sall qui a clairement laissé entendre le 22 avril 2021, lors du “Forum sur l’emploi” de Diamniadio qu’il n’est plus question que les événements dramatiques de mars dernier se reproduisent au Sénégal s’adresse notamment à Sonko, sans le nommer. La veille, l’opposant, à l’origine de manifestations violentes à Dakar et ailleurs, avait mis en doute l’efficacité d’une telle rencontre et des initiatives qui en seront issues. “Ce que Macky Sall est incapable de faire en 9 ans, il ne peut pas le réussir en 3 ans”, a-t-il martelé dans une interview accordée au média de son parti Jotna Tv.

Les raisons d’une sortie…

La sortie de Mame Mbaye Niang constitue, dès lors, une suite logique dans un combat qui est loin de donner son verdict. En “remuant” le dossier de “viols avec menaces de mort”, le chef de cabinet du président de la République agit soit sur ordre de son patron, soit, il veut simplement se faire entendre après un long silence au moment où le ” pays brûlait” et que le régime était presque dans l’impasse.

Tout compte fait, il est clair que   cette sale affaire reste une arme à la disposition du pouvoir même si on peut s’interroger sur l’utilisation qu’on en fera après un premier coup d’essai qui a échoué.

D’autres points…de divergences

Au-delà de Sonko, d’autres goulots constituent des divergences entre le pouvoir et l’opposition dans sa globalité. La dernière en date est sans nul doute la décision de la cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui ordonne à l’Etat du Sénégal de supprimer sa loi sur le parrainage qui, selon elle, viole le droit de libre participation aux élections. Ce qui est considéré comme une victoire pour les pourfendeurs et victimes du parrainage. Particulièrement pour Me Abdoulaye Tine, qui avait saisi la juridiction sous-régionale en décembre 2018. Le leader de l’Union socialiste et libérale (USL) appelle même à la démission du président Macky Sall et à l’organisation d’élections libres et transparentes.  Une manière bien particulière de faire monter les enchères et de mettre la pression sur un président déjà préoccupé à gérer une crise inédite et surtout qui laisse planer le doute sur une éventuelle candidature pour un troisième mandat.

Sur la défensive…

Si le professeur Ismaela Madior Fall, ministre conseiller du président, connu pour son expertise en Droit, est monté au créneau, c’est que l’heure est grave. Ainsi appelle-t-il le Sénégal à “sauver le mécanisme original de protection juridictionnelle des droits de l’Homme par la Cour de la Cedeao en montrant, comme il l’a toujours fait, sa bonne foi à l’endroit de l’office de la Cour et en portant, politiquement et diplomatiquement, l’initiative de son indispensable réforme”. Une manière d’annoncer la couleur et de montrer que le Sénégal ne va pas suivre la Cour de justice de la Cedeao.  Des éléments de langage repris par les partisans de Sall qui s’en prennent à l’instance sous-régionale. L’opposition, elle, est aussi préoccupée par un calendrier électoral d’une élasticité décapante, avec ses nombreuses incertitudes.

A ces nombreux problèmes s’ajoutent les considérations socio-économiques dans un pays totalement secoué par une crise rendue plus aigüe par la pandémie du Coronavirus et ses nombreuses conséquences dramatiques. L’emploi des jeunes qui demeure une inquiétude affichée du président de la République est une équation difficile à résoudre ; le volontarisme et l’engagement ne sont pas suffisants pour éradiquer un mal qui ouvre la porte à toutes les colères. L’opposition, consciente d’un tel état des choses, exploite à fond le champ de la dénonciation pour espérer des dividendes et s’allier avec le parti de la demande sociale (Pds) pour venir à bout du parti l’Alliance pour la République (Apr) et ses satellites.

Une telle atmosphère de défiance, de coups et de contrecoups, sera de mise d’ici à 2024 qui marque la date de la prochaine présidentielle. En attendant les joutes intermédiaires et non moins importantes des locales et des législatives.

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